‹ Carmen et autre nouvellesChapitre 3 sur 88 · Mon père, mon père, ne me tuez pas · texte numérisé non relu

Mon père, mon père, ne me tuez pas

— Dis tes prières ! répéta Mateo d’une voix terrible.

L’enfant, tout en balbutiant et en sanglotant, récita le

MATEO FALCONE 85

Pater et le Credo. Le père, d’une voix forte, répondait Amen! à la fin de chaque prière.

— Sont-ce là toutes les prières que tu sais ?

GlUSEPPA PRIA AVEC FERVEUR Par Alexandre Lunois

— Mon père, je sais encore V Ave Maria et la litanie que ma tante m’a apprise.

— Elle est bien longue, n’importe.

L’enfant acheva la litanie d’une voix éteinte.

— As-tu fini ?

— Oh ! mon père, grâce ! pardonnez-moi ! Je ne le ferai

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plus ! Je prierai tant mon cousin le caporal qu’on fera grâce au Gianetto !

Il parlait encore; Mateo avait armé son fusil et le couchait en joue en lui disant:

5 — Que Dieu te pardonne !

L’enfant fit un effort désespéré pour se relever et embrasser les genoux de son père; mais il n’en eut pas le temps. Mateo fit feu, et Fortunato tomba raide mort.

Sans jeter un coup d’œil sur le cadavre, Mateo reprit le co chemin de sa maison pour aller chercher une bêche afin d’enterrer son fils. Il avait fait à peine quelques pas qu’il rencontra Giuseppa, qui accourait alarmée du coup de feu.

— Qu’as-tu fait ? s’écria-t-elle.

— Justice, t S — Où est-il ?

— Dans le ravin. Je vais l’enterrer. Il est mort en chrétien; je lui ferai chanter une messe. Qu’on dise à mon gendre Tiodoro Bianchi de venir demeurer avec nous.

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