‹ Carmina sacraChapitre 1 sur 36 · PRÈS DU CLOITRE · texte numérisé non relu

PRÈS DU CLOITRE

A Norbert Mersanne.

Près du cloître où la vigne est blonde de lumière, Oublieux du cruel passé qui fut le mien, J'abandonne, en priant, mon âme tout entière Aux attraits de ce beau printemps italien.

Dans mon ravissement je crois marcher à peine : Je sens comme bondir la terre sous mes pieds. Ce matin, dans la claire église franciscaine, J'ai compris le bonheur des cœurs sacriQés.

La jeunesse du monde, en sa candeur divine, Emplit autour de moi lair brûlant et vermeil : Une autre adolescence éclôt dans ma poitrine, Et je voudrais livrer ma poitrine au soleil.

J'ai respiré l'esprit de l'insensé d'Assise, Tenant, même aux oiseaux, des discours ingénus. Dans l'ardeur qui m'exalte à la fois et me brise, Je rêve de partir, sanglant, et les pieds nus.

Apôtre, que Jésus secrètement prépare, Pour qu'il porte la paix à ses frères humains, Au-devant de celui qui souffre ou qui s'égare, Je répandrais mon cœur à travers les chemins.

Je serais le semeur d'immortelle espérance. Dont l'hymne vibrant monte avec l'aube du jour : Et, saintement joyeux, môme dans la souffrance. J'irais, mon Dieu, j'irais vers l'extatique amour.

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