‹ Carmina sacraChapitre 25 sur 36 · A SAINT ÉPHREM · texte numérisé non relu

A SAINT ÉPHREM

Par milliers les printemps, les étés par milliers. Ont fait rire leurs fleurs dans les oasis calmes; Et les palmiers ombreux, chéris des chameliers, Ont plus de mille fois renouvelé leurs palmes.

Interminablement, sur le grand désert las, Les soleils ont versé leur flamme et leur tristesse ; Tout est mort, et l'obscur Syrien ne sait pas Qu'il foule dans Orfa la poussière d'Édesse.

Le prestige n'est plus, des illustres cités : Un souvenir confus, que nous gardons à peine A peine le renom de sites enchantés...

L'oubli s'est accroupi sur l'antique Osroène.

Mais toi, sublime Éphrem, à l'œil étincelant, Digne témoin du Verbe aux pays de l'aurore, Irradié d'extase, et de pleurs ruisselant, Sous ton vêtement blanc tu resplendis encore I

Avec sa poésie, où reviendra toujours Se rafraîchir la soif des grands coeurs ascétiques, Ton éloquence, tel un fleuve au large cours, A poussé jusqu'à nous ses flots parénétiques.

balut Colonne d'or, salut Ange de feu,

Qui, dans les saints combats guides les solitaires.

Ou qui, dans la nuée, enivré de ton Dieu,

D'un accent triomphal chantes les Saints Mystères !

Toi que parmi Tencens, au moment solennel, Où s'immole pour nous la Victime sacrée, Fit près de lui venir, aux marches de l'autel. Le sévère et puissant Docteur de Césarée;

Ascète qui, sans peur d'éveiller leur courroux. Caressais les lions d'une main familière, Et, quand ils appuyaient leur mufle à tes genoux, Regardais la rosée humecter leur crinière.

Ah ! contemplant le lys du jardin des Élus, La blanche Miriam, qu'on appelle Marie, Ton cœur a des élans que tu ne contiens plus, Et tu te meurs d'amour, colombe de Syrie

Puis, à l'heure où, là-haut, commence le concert Des astres merveilleux, que le Dieu vivant règle, Ému par le silence embrasé du désert, Dans l'éclatante nuit tu pousses un cri d'aigle 1

Lyre aux mille frissons, harpe de T Orient, Cithare, pour les doigts de l'Esprit toujours prête, Â.pôtre qui mêlais, combattant et priant, Les langueurs ae ia vierge aux ardeurs du prophète,

Èphrem, obtiens pour nous la tendresse du cœur, La grâce de lever vers le Christ des mains pures, La douceur qui rayonne et l'austère vigueur, Le don de pénétrer au fond des Écritures.

Fais que, dans le silence et l'adoration,

Un jour notre âme monte, au contact de ton âme,

A des sommets brûlants de Contemplation,

A travers l'oliban et parmi le cinname.

Ruche d'or, livre-nous le véritable riiiel ; Dattier chargé de fruits, donne sans fin tes dattes Aux pèlerins lassés, en marche vers le Ciel ; Remplis-nous de transports, vin mêlé d'aromates I

Mais, puisqu'ilfautencor moins nous ceindrede fleurs Que prier et gémir en de saintes alarmes, Pour que nous y mêlions amèrement nos pleurs, Saint Éphrem, ouvre-nous tes fontaines de larmes.

A Georges Dumesnil,

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