A UNE CARMÉLITE
Le seuil mélancolique, enfin, s'est refermé I Et tu peux contempler, d'un long regard d'épouse, Pâle sur une Croix, TÉpoux, le Bien-Aimé, Qui, de ton âme forte, et si douce, charmé, Fera peser sur toi sa tendresse jalouse.
Dun fervent, d'un vivace amour tu Taimeras, Et quand, pour t'exercer par de terribles feintes, Il semblera s'enfuir à jamais de tes bras, Vers ton cœur nuptial tu le ramèneras Par rhéroïçiue attrait des patiences saintes.
Il te l'a dit Lui-même : et lu n'as pas frémi I Il te demandera de ton sang pour les crimes, Dont l'enivrement lourd tient le monde endormi. Il te faudra répondre aux désirs de l'Ami, Qui, Victime, avec Lui ne veut que des victimes.
Afin que le Ciel trouve où décharger ses coups. Tu seras une hostie aimante et volontaire. Une vivante cible offerte à ses courroux. Entends tous les pécheurs te crier : sauve-nous I Et tombe dans la nuit, la face contre terre.
Lutte, lutte avec Dieu mystérieusement, Pour que ton siècle soit lavé de ses folies, Pour changer en pardon l'horreur du châtiment. Deviens un autre Christ et, sans tressaillement, BoiS; le regard au ciel, d'épouvantables lies.
Mais, ivre du vin fort de l'abnégation, D'abord, Fille du cloître, aime ta Règle dure ; Et, comme au jour sacré de ta Profession, En pensant à l'éclat de la sainte Sion, Sens ton cœur s'embraser sous la robe de bure.
Exulte sous le poids des austères devoirs. Chéris l'isolement dans l'étroite cellule. Le petit jardin clos, les blancs et sourds parloirs. Glisse, telle une morte, à travers ces couloirs, Où le clair midi même est comme un crépuscule.
Reviens, les pieds glacés, des matines d'hiver, Taciturne parmi toutes ces taciturnes Dont les reins sont serrés d'une chaîne de fer ; Et lève-toi, la Croix à la main, si l'Enfer Voulait t'épouvanter de ses terreurs nocturnes.
Et, même dans l'ardeur des plus mornes étés, Alors que le dégoût te fait la bouche amèrc Dans les tentations, dans les aridités.
Conserve le secret des candides gaîtés, Ainsi que le voulait ta bienheureuse Mère.
Puis un jour, t'élancant hors des stalles du chœur, Palpite à Tavant-goût de l'éternelle Vie : Que l'immortel Amour fonde sur toi vainqueur; Que ton visage soit de flamme, que Ion cœur, Jomme une cire, au feu d'en-haut se liquéfie.
MEDITATIONS ET CAiNTIOUES 169
Ainsi que dans une anse où se pressent ies flots, Laisse en toi déborder le grand Dieu qui t'assaille ! Les yeux, devant l'éclat qui l'environne, clos, Souris, le sein gonflé de sublimes sanglots. Et, d'une défaillance adorable, défaille.
Ou, vers les fulgurants abîmes de splendeur Qui creusent devant toi leur gloire illimitée, Dresse-toi brusquement, de toute ta hauteur; Et, dans l'air répandant une extatique odeur, Sois vers le vrai Soleil avec fougue emportée I
Et puis, tranquillement, retourne à Thumble efl'ort : Après tant de grandeur trouve-toi plus petite. Boucle autour de ta chair le cilice qui mord; Dis amoureusement : la souffrance ou la mort ! Sois celle qui combat sans trêve et qui mérite.
D'une corde aux nœuds lourds serre et meurtris ton flanc Et, pour l'éternité, que ton âme fleurisse Comme une belle rose ardente au cœur sanglant. Au sommet du Carmel solitaire et brûlant, Vierge thérésienne, ô Renonciatrice.