LA JOURNÉE DE TSARASAOTRA
Lettre cPun officier du régiment éP Algérie.
« Tsarasaotra, 5 juillet 1895.
a Quand vous recevrez cette lettre, les journaux vous auront déjà fait connaître nos exploits. Voici, quant à moi, ce q}xtfai vu.
« Depuis huit jours, nous étions aux avant-postes, avec une compagnie de tirailleurs, capitaine Castel, une section d^artillerie de deux pièces de canon et un peloton de 20 chasseurs d* Afrique. Nous passions notre temps à faire des reconnaissances et à ramasser dans la campagne le paddy ou riz en herbe, à installer notre camp un peu confortablement, puisque le séjour se prolongeait, enfin à travailler à la route qui n'avançait guère. Les journées, en dépit de ces occupations, du reste, peu variées, semblaient longues.
a En arrière de nous, deux compagnies, celles des capitaines Pillât et Pradal, étaient détachées à Behanana, à deux heures de cheval environ par un mauvais chemin.
balles sifflaient dans le camp. L'ennemi s'arrêtait à environ 400 mètres de nous.
a La compagnie se tenait rassemblée et dirigea sur les Ho vas des feux de salve. A six heures un quart, les tirailleurs ennemis apparaissaient, en nombre considérable, sur notre flanc gauche.
« Les deux pièces d'artillerie, qui tiraient au sud à 1 ,000 mètres sur des groupes ho vas toujours nouveaux surgissant à l'horizon, durent pourvoir alors au plus pressé, en mitraillant les assaillants de gauche.
« Le petit poste, incapable de tenir plus longtemps contre des forces cent fois supérieures, venait de se retirer. Les Hovas gagnaient du terrain ; ils cherchaient évidemment à nous envelopper. Le commandant Lentonnet suivait toutes les phases de l'action. Déjà, notre camarade Augey-Dufresse était tombé mortellement blessé ; un caporal était tué, cinq tirailleurs et un artilleur avaient été atteints par les balles malgaches.
« Il était urgent d'aviser.
« Le commandant disposait de 180 à 200 hommes, tous combattants ; il réunit 30 hommes avec un sergent énergique et leur fit mettre baïonnette au canon. Le capitaine Aube, de l'infanterie de marine, attaché à rétat-major du général en chef, et qui nous avait suivis à Tsarasaotra comme officier du service des renseigne-
« — Il est tard. Reposons-nous, dit le général, afin d^être frais demain matin. Nous nous mettrons en route à six heures.
a Avant le réveil du camp, nous sommes sur pied; le café est bientôt prêt. Nous rencontrons le général Metzinger sortant d'une case qui avait été promptement aménagée pour lui la veille au soir. Les chasseurs du 40' bataillon prennent les armes. Ils ont bonne mine etfière allure. Nous les avons déjà vus à l'œuvre à Mevatane. En route ! on sait ce que cela signifie à Madagascar, où les routes n'existent pas; mais aucun obstacle ne nous arrête. A huit heures et demie, éclatent les premiers coups de feu, puis la fusillade nourrie; les canons sont restés embourbés en arrière : ils ne sont en batterie qu'après neuf heures.
<c En face de nous, une montagne assez élevée, sur laquelle sont retranchés les Ho vas. Notre artillerie la couvre d'obus et de mitraille et prépare l'attaque. Enfin, les chasseurs et deux compagnies et demie de tirailleurs donnent l'assaut à la baïonnette, la bonne vieille arme de France. Les Hovas la redoutent plus encore que nos projectiles. Aussi s'empressent-ils de tourner le dos, abandonnant munitions, armes, provisions. C'est une débâcle inouïe.
<c Chasseurs et turcos mènent la danse avec un entrain du diable. Parmi nos tirailleurs, un seul homme
tents de nous ; ils sauront que, si nous supportons les marches pénibles et les rudes fatigues, nous sommes aussi toujours prêts à nous battre et à verser notre sang pour la patrie. »