‹ Caroline, comédie-vaudeville en un acteChapitre 17 sur 21 · SCENE XVI · texte numérisé non relu

SCENE XVI

LÉON , SAINT-GÉRAN

LÉON

Mon oncle , il faut que je vous parle. Vous connaissez mon attachement pour vous... il m'empêche de garder plus longtemps le silence j on vous à trompé.

SAINT-GÉRAN

Tu crois?

LÉON

Oui , mon oncle , et il est de mon devoir de vous avertir... Vous alliez vous marier avec confiance , parce que vous croyiez épouser une femme simple... Je dois vous prévenir qu'elle ne l'est pas.

Eh bien ! mon ami , je m'en doutais.

LÉON

Et moï; j'en suis sûr.

SAINT-GÉRAN

C'est cependant toi qui m'a dit...

*7 LÉON

C'est moi qui suis un sot... Vous alliez être dupe', si je ne vous avais pas averti à temps du danger.

SAÏ1NT-GÉRAN

Je te remercie... Mais je ne le crois pas si fgrand que tu le dis.

LÉON

Si mon oncle... bien plus encore. Vous ne pouvez vous imaginer quelle femme charmante! quelle réunion de grâces et de dignité! quel feu !.. quelle finesse ! quelle imagination!... Vous ne pouviez pas plus mal tomber, et le danger est réel.

SAINT-GÉRAN

Eh bien ! mon ami r çà m'est égal ; je me risque»

LÉON

Comment !

Ma foi oui.

SAINT-GÉRAN

Air : Qu'il est mince , notre journaL

Nous comptions rencontrer céans ,

Une fille gauche et muette;

Nous trouvons grâce, esprit, talens 5

Enfin une femme parfaite.

Ma foi , qu^y faire? que vcux-tu ?

Il faut se résigner, je pense;

Et je prends , j'y suis résolu,

Mon bonheur eu patience.

LÉON

Mais, mon oncle r ce que vous me disiez tantôt....

SAINT-GÉRAN

Je crois que je raisonnais mal... Car enfin, une femme sotte peut faire des sottises comme une femme d'esprit , tandis que la femme d'esprit peut quelquefois avoir celui de se plaire avec son mari. As-tu vu déjà quelles attentions la mienne a pour moi, comme dans tout ce qu'elle dit, elle cherche à m'attirer les égards et la considération.,. Mon ami, c'est fini... je me range du parti de la majorité... Je suis pour les femmes aimables.

LÉON

Eh bien! mon oncle, puisqu'il faut vous le dire, puisque vous ne voulez pas m'enlendre... je vous déclare, qu'il m'est impossible de donner mon consentement à ce mariage-là.

SAINT-GÉRAN

Qu'est-ce h dire?

LÉON

Oui , mon oncle ; je l'aime , je l'adore. . et j^ ne puis vivre sans elle.

Expliquons-nous, s'il vous plait. . . je te la donne pour femme, et lu n'en veux pas!... tu en aimes une autre; je te la donne encore ! . . . et voilà que maintenant ... ah ! çà , je vais croire que c'est à moi que tu en veux.

LÉON

Non , mon oncle ; mais rien n'égale mon désespoir; et si vous l'épousez je ne réponds pas de ce qui peut arriver.

SAINT-GÉRAN

Il n'arrivera rien , Monsieur ; je connais Caroline , et elle me préfère à vous C'est moi qui ai reconnu son mérite, qui ai su l'apprécier. Que diable! épousez votre Marianne, ou , si vous ne voulez pas vous marier , n'empêchez pas les autres 5 ainsi , prenez votre parti... Caroline sera ma femme, et tâchez d'avoir un peu plus d'amitié pour moi , et pas tant pour votre tante. . . si non , je vous déshérite. Adieu. ^ * (Il sort. )

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