‹ Carpeaux, 1827-1875Chapitre 20 sur 90 · Ugolin et ses enfants · texte numérisé non relu

Ugolin et ses enfants

Groupe plâtre, h. 2m, Don de l’auteur.

Ce groupe a été inspiré par un passage du chapitre XXXIII de /’ Enfer, de Dante, dont voici la traduction, telle que l’a lui-même donnée Carpeaux dans le catalogue de l'Exposition Universelle de 1867 :

« Lorsqu'un faible rayon eut pénétré dans le triste cachot et que, sur

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«quatre visages, je vis mon propre aspect, de douleur, les deux mains «je me mordis ; et ceux-là, pendant que c'était par l'envie de manger, «soudain se levèrent et dirent : « Bien moins de peine nous serait-ce « si tu nous mangeais ; tu nous a revêtus de ces misérables chairs, et toi « aussi dépouilles-nous en ! ».

« Lors je me calmai pour ne pas les affliger plus ; ce jour et les suivants «nous demeurâmes muets. Ah ! terre barbare, pourquoi ne t’ouvris-tu « point ?

« Quand nous fûmes au quatrième jour, Guaddo tomba étendu à mes « pieds, en disant :

« Père, pourquoi ne me secours-tu point ? ».

« Là, il mourut, et, comme tu me vois, je vis les trois autres tomber «un à un entre le cinquième et le sixième ».

C’est en 1857 que le sujet d’Ugolin commença à préoccuper Carpeaux, qui voulut le traiter d’abord en bas-relief. Lorsqu'il se fut décidé à en faire un groupe, il se heurta à l’opposition du peintre Schnetz, directeur de l’Académie de France à Rome, peu tenté de voir un de ses pensionnaires se lancer dans une entreprise aussi compliquée. Néanmoins Carpeaux en fit l’ébauche, qu’il avait déjà fort avancée à la fin de 1858. Mais alors, ennuyé de ce qu’il considérait comme d’injustes vexations et malade, il ralentit son travail et le suspendit ensuite totalement au début de l’année 1860, dont il passa une partie en France. Etant à Paris, 1l en modela une maquette dans un atelier qu'avait loué Soumy, derrière Notre-Dame-de-Lorette, et exécuta d’après elle un magnifique dessin sur la vue duquel il tenta, mais vainement, de vendre le groupe futur au baron de Rothschild.

Mais, présenté à M. Achille Fould, alors Ministre des Beaux-Arts, cette œuvre intéressa assez le Ministre pour valoir à Carpeaux l’autorisation de poursuivre son groupe à Rome. L'œuvre était achevée dans le second semestre de 1861.

En l’absence de Carpeaux, le capitaine Voisin avait pris soin d’entretenir la glaise.

Le groupe exposé à la Villa Médicis eut un succès prodigieux, mais lorsqu'il fut montré à Paris à la Chapelle des Beaux-Arts, au début de 1862, il ne fut guère compris. L’éloge fut loin d’être unanime, une Commission de l’Institut fit contre lui un rapport très défavorable, concluant à ce qu’il ne fût commandé au sculpteur ni en bronze ni en marbre. Par bonheur, un tel arrêt n’était pas sans appel ; des amis et des admirateurs de l'artiste s’entremirent ; M. Schnetz lui-même (ce dont Carpeaux n’eut jamais connaissance) écrivit de Rome en sa faveur ; et finalement, l’Ugolin acquis par l'Etat, fut coulé en bronze chez Victor Thiébaut.

Exposé au Salon de 1863, il valut à son auteur une médaille de 1e classe et prit place ensuite, vis-à-vis d’une copie du Laocoon, dans le Jardin des Tuileries.

Lorsqu'une Exposition universelle fut annoncée pour 1867, la maison Dervillé et Cie, propriétaire des carrières de marbre blanc statuaire de Saint-Béat (Haute-Garonne), dont les paillettes micacées rappellent le Paros, et dont néanmoins les sculpteurs contemporains faisaient peu d’usage, voulut y montrer, taillé dans ce marbre, un groupe monumental capable de fixer l’attention.

Par actes sous seings privés du 23 décembre 1865, elle traita donc pour l'exécution de l’Ugolin en Saint-Béat. Bernard Bernaert, ouvrier très habile, devait faire la pratique, et Carpeaux livrer le modèle, surveiller la mise au point et, de sa main, achever l’œuvre en temps utile.

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Exécuté dans ces conditions, le groupe parut à l'Exposition Universelle de 1867, où, avec d’autres œuvres moins importantes, il valut à Carpeaux une nouvelle médaille de 1e classe.

En 1873, Carpeaux réalisa son groupe en terre cuite. Cette pièce importante se trouve aujourd’hui au Musée de la Glyptothèque à Copenhague at la belle ct unique réplique du groupe de la Danse, exécutée la même année.

25. Louis-Maximilien Beauvois, notaire à Valenciennes. Buste bronze, h. 0,26.

Don de M. J.-B. Foucart.

Ce buste est une réduction par le procédé Colas, de celui de grandeur naturelle qui figura à l'Exposition Universelle de 1867, et qui fut acheté à la vente Beauvois par M. Foucart.

Le bronze original, coulé chez Victor Thiébaut, porte les inscriptions suivantes, d’un côté : « À mon ami Beauvois. J.-B. Carpeaux, Valenciennes, 1862 », et par derrière : « Non Ultimato ».

Dans une lettre à M. Beauvois, Carpeaux déclare que ce buste est l’œuvre dont il est le plus satisfait.

M. Foucart a fait don au Musée du Louvre de cette pièce capitale.

Le plâtre original figure au Musée de Copenhague.

26. Son Altesse Impériale, la princesse Mathilde (Mathilde- Lœtitia-Wilhelmine Bonaparte, comtesse Demidoff), née à Trieste, en 1820, morte à Paris, en 1904.

Buste plâtre, h. 0,98.

Don de l’Auteur.

Fille de Jérôme, roi de Westphalie et de la Princesse Catherine de Wurtemberg, la Princesse Mathilde fut la protectrice éclairée des Arts et des Lettres sous le Second Empire.

Artiste elle-même, élève du peintre Giraud, elle pratiqua l’aquarelle et le pastel.

L’original de ce buste est au Louvre.

Le marbre, payé 4.000 francs, figura au Salon de 1868.

Pour se préparer à l’exécution de ce buste officiel, Carpeaux avait modelé une étude d’après la tête seule. Cette étude, distribuée par Mme la Princesse Mathilde à certaines personnes de son entourage, ornait le cabinet de travail de Sainte-Beuve. Un bronze appartint à M. Alexandre Dumas fils.

Le plâtre original figure au Musée de Copenhague.

27. Pierre-Francois-Eugène Giraud, peintre et graveur français, né et mort à Paris (1806-1881). Prix de Rome en 1826. Buste plâtre, h. 0,65.

Don de M. Eugène Giraud.

Ce buste, exécuté par Carpeaux au commencement de l’année 1864, et qu’il échangea contre le portrait de sa mère, figura en bronze à l’Exposition Universelle de 1867.

Le plâtre original a figuré à la vente de l’atelier Carpeaux le 80 mai 1918, n° 49 du catalogue.

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