‹ Carpeaux; 48 planches hors-texte, accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 11 sur 53 · X. — L'UCOLIN (suite · texte numérisé non relu

X. — L'UCOLIN (suite

BRUNO CHÉRIER

Les difficultés commencèrent aussitôt. Schnetz, qui s'était d'abord intéressé au projet de Carpeaux, les aperçut soudain : le règlement prescrivait aux élèves de choisir leurs sujets dans les Écritures ou dans l'histoire ancienne et non dans l'épopée florentine; l'exécution du monument rêvé par le sculpteur devait dépasser tous les crédits accordés par l'Etat; enfin Carpeaux touchait au terme de ses années d'école et il ne lui restait pas le temps matériel d'exécuter son œuvre. Schnetz. après avoir vainement essayé de la persuasion, signifia au jeune homme un refus formel.

Comme témoignage de l'impression produite par ce refus nous reste une lettre écrite par l'artiste à son compatriote, le peintre Bruno Chérier (1819-1880), auteur consciencieux de compositions qui peuplent les églises du Nord de la France, mais peu goûté à Paris et que Carpeaux dut consoler plus d'une fois de ses déceptions. C'est à ce vieil ami, dont la sympathie lui était depuis longtemps connue, que le sculpteur écrivait de Rome à la fin de l'année 1858 : « Les contrariétés que j'ai éprouvées me retiennent encore à la chambre. Il se passera quelque temps avant que je puisse me remettre... Ce refus m'a serré le cœur; des étouffements en ont été la suite, puis

une inflammation de poitrine... Que faire?... Faut-il détruire ce grand travail et faire une œuvre ordinaire pour satisfaire les règlements que le directeur m'impose ? »

Carpeaux ne s'y résoud pas et son directeur, à bout de résistance, le laisse aller « à ses risques et périls ». A la fin de l'année 1859, l'artiste court à Paris, force la porte de Fould, ministre des Beaux- Arts, et parvient à faire prolonger de deux ans son séjour à Rome. Ses amis de Yalenciennes obtiennent en même temps du Conseil municipal un crédit de 2.000 francs pour couvrir les frais de son travail.

Dès lors l'artiste est pris d'une ivresse extraordinaire. Les lettres qu'il écrit en 1860 et 1861 à son ami Louis Dutouquet (elles ont été récemment publiées par M. Florian-Parmentier) sont un chant d'enthousiasme continuel : « Oh l'immense travail que je me suis donné à remplir!... Plein d'un feu que je ne me connaissais pas, j'ai parcouru en quelques mois tout ce que la sculpture offre de plus difficile. Exprimer les passions les plus violentes et y attacher la tendresse la plus délicate, par la science de la forme, c'est là, je crois, des contrastes qui m'ont bien agité et que ma persévérance m'a fait toucher... Mon travail me donne des transports de joie si vifs que mon courage augmente de jour en jour... Jamais pareille ardeur n'a embrasé mon âme... »

Et il confie à la même époque à son ami Bruno Chérier : « Je suis prêt à livrer au monde artisque l'une des œuvres les plus émouvantes du siècle... Mon âme est ardente comme un brasier. »

x. — Portrait de Br u n o-C h é r i e r

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