‹ Carpeaux; 48 planches hors-texte, accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 17 sur 53 · XVI. — LA PRINCESSE MATHILDE · texte numérisé non relu

XVI. — LA PRINCESSE MATHILDE

C'est par l'intermédiaiie de la marquise de la Valette que Carpeaux connut la princesse Mathilde, dont les salons, rue de Courcelles et à Saint- Cratien, furent le Heu de rendez-vous de presque tous les personnages marquants de l'époque.

Elle se trouvait être à la fois fille de roi (par son père, Jérôme Napoléon, le joyeux roi de Westphalie), petite-fille du duc de Wurtemberg (par sa mère l'austère Catherine de Wurtemberg) et nièce de Napoléon I". Par son mariage — malheureux d'ailleurs — avec Anatole Demidoff, fils de ce Paul Demidoff qui étonnait Paris par son luxe tapageur, elle était aussi parente de l'empereur de Russie. Deux fois elle faillit devenir impératrice, Nicolas ayant jeté les yeux sur elle pour son fils Alexandre et elle-même ayant esquissé à Arenenberg un roman avec un de ses cousins, le futur Napoléon III. Elle s'en consola d'ailleurs aisément, préférant aux grandeurs la conversation de quelques gens d'esprit et » sa perse avec de vieux amis assis dessus ». On lui a fait jouer un rôle de protectrice des arts auquel sa large hospitalité donne en effet quelque créance. Quant à ses goûts artistiques, ils n'allaient point sans quelque partialité. Elle n'aima jamais vraiment que l'art de cette Italie où elle était née. t La princesse Mathilde est remplie de préjugés m écrivait Vieil-Castel, qui lui reproche de s'extasier souvent

devant les œuvres très secondaires de certains de ses amis.

Mais grâce à sa spontanéité et à son naturel, grâce à sa conversation pleine de saillies imprévues, grâce à ce mélange étonnant de fermeté virile et de délicatesse féminine qui n'appartenaient qu'à elle, la princesse Mathilde séduisait tous ceux qui l'approchaient. Carpeaux dut se sentir attiré par ce visage énergique et plein de vie, par ces épaules dignes de la pourpre impériale.

Au salon de 1863, P. de Saint-Victor admirait « dans ce portrait de Largillière taillé dans le marbre, le port majestueux de la tète et l'intelligence des yeux ».

« Cette œuvre — disait P. Mantz — est largement et noblement conçue : le luxe des draperies qui l'entourent à la manière de Coysevox et de Coustou a quelque chose d'opulent et de princier )). Carpeaux renoue la tradition du xvm' siècle, précédé en cela par Clésinger, qui avait montré aux connaisseurs « quelques-uns de ces bustes de grand luxe où la chair palpite, où les bijoux et les fleurs jouent dans les chevelures, où les mille plis de l'étoffe font éclater leur froufrou joyeux. » (Gazette des Beaux-Arts de 1863 et de 1876.)

Le marbre, légué par la princesse Mathilde, est entré au Louvre en 1905.

Pour se préparer â cette œuvre d'apparat, Carpeaux avait modelé une étude saisissante de sincérité et de naturel. Le bronze appartenait â Dumas. Une épreuve en terre cuite, dédiée à Sainte- Beuve, est passée dans la collection de M. C. Bapst.

xvi. — La Princesse Mathilde

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