‹ Carpeaux; 48 planches hors-texte, accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 34 sur 53 · XXXIII. — VÉNUS DÉSARME L'AMOUR · texte numérisé non relu

XXXIII. — VÉNUS DÉSARME L'AMOUR

On a vu que personne n'avait reconnu dans la Danse cette noblesse et cette distinction de mouvements qui s'enseignent dans notre Académie nationale. Et il est vrai que l'esthétique chorégraphique de Carpeaux avait toujours été plutôt portée du côté de la gaieté. Il avait vingt-trois ans lorsqu'il avait fait ses débuts dans le monde, chez un sténographe de ses amis. Avec l'habit de noce de son concierge, qui ne datait que de l'année précédente, trois couches de vernis breveté sur ses souliers, des gants blancs premier numéro et son air des dimanches, le jeune sculpteur se sentait capable d'affronter tous les regards. « Il y avait dans cette réunion — racontait-il avec une bonhomie charmante à son ami Chérier — de jeunes élèves de Saint-Denis avec lesquelles j'ai été forcé de danser. Je dis forcé parce que je n'osais pas me faire remarquer. Tu connais mes entrechats ; il fallait dissimuler, car dans les salons on ne lève pas la jambe I »

En Italie, il avait trouvé avec joie des mœurs

plus conformes à ses goûts. « C'est un pays de cocagne — écrivait-il peu de temps avant sa mort — tout le monde est gai, on chante, on danse, en un mot on s'amuse. » Une danse de paysans surtout, l'enchanta tellement qu'il ne put s'empêcher d'y prendre place, et qu'il voulut en évoquer le souvenir — confia-t-il au prince Stirbey — lorsqu'il entreprit son groupe de l'Opéra.

Devant les critiques que cette hérésie souleva chez les puristes, il se piqua, dit-on, de fréquenter les coulisses, le crayon à la main, et de montrer que les grâces du corps de ballet ne lui étaient pas plus étrangères que celles des paysannes de la campagne romaine.

Il entreprit même, paraît-il, la statue en pied de M^e Fiocre, le modèle du beau buste reproduit plus loin. Mais le costume ne s'arrangeait pas à son gré. Il esquissa donc la vive et légère statuette dans laquelle la danseuse, à peine voilée d'une draperie à l'antique, enlevant son arc au bambin placé auprès d'elle, est devenue : Vénus désarmant l'Amour. L'œuvre eut pu le laver du reproche de chercher son inspiration dans le dévergondage des kermesses flamandes ou dans les entrechats de barrière. Elle est malheureusement restée à l'état d'intention.

Le plâtre original de cette esquisse appartient à l'Union centrale des Arts décoratifs. Un bronze a été acquis par la ville de Yalenciennes à la vente de l'atelier Carpeaux.

xxxiii. — l'Amour désarmé

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