‹ Carpeaux. 48 planches hors-texte, accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 12 sur 51 · ET A L'ÉCOLE DES BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

ET A L'ÉCOLE DES BEAUX-ARTS

Tout concourait à entretenir cet enthousiasme de Vartiste. Les débuts de l'Ugolin avaient fait quelque bruit dans Rome et chacun voulait être des premiers à découvrir le chef-d'œuvre naissant. Une visite à l'atelier de Carpeaux fut, en 1861, l'attraction imposée aux personnages de marque de l'aristocratie romaine et de la colonie française. Avec cette exagération naïve des amateurs qui craignent de ne pas se montrer suffisamment sensibles à la beauté, les derniers venus enchérissaient sur les louanges des premiers. Le fils de M. Thiers s'écria : « C'est digne du Dante I n. Le duc de Grammont, notre ambassadeur, déclara; « La France est orgueilleuse de l'œuvre de son enfant. » Dumas fils, pronostiqua un succès inouï et le Comte de Nieuwerkerque ajouta : « Votre nom est trouvé, vous resterez désormais : l'homme d'Ugolin. » Avec dix autres, la duchesse Castiglione constate : h Le génie de Michel-Ange, endormi depuis trois siècles, vient enfin de se réveiller. » La princesse Rospigliosi pleure d'émotion et la princesse Borghèse, descendante de la princesse Peschiera, qui fut aimée par Michel-Ange, s'évanouit. Il y avait à la porte, affirme A. Karr, une file ininterrompue de voitures, et le <( custode » revêtit de sa propre autorité la livrée des grands jours pour ouvrir à tant de beau monde.

« Il faut de la raison — constate Carpeaux —

pour ne pas se laisser emporter sur les nuages où l'on m'élève. Ces louanges me font devenir de plus en plus sévère pour moi-même. » Tout en se grisant de sa gloire avec une joie juvénile, le sculpteur continue à mettre tous ses efforts et tout son savoir dans l'œuvre que chacun, depuis six mois, déclare terminée.

La voici enfin exposée à Paris, à l'école des Beaux- Arts, en février- mars 1862. L'accueil du public est plus réservé ; celui de l'Académie est glacial. La commission compétente de l'Institut déclare formellement que le plâtre ne mérite pas d'être confié au praticien.

Voilà donc, après tant d'espoirs, les démarches à recommencer, les pouvoirs publics à émouvoir. M. Bracq, maire de Valenciennes, Nieuwerkerque, directeur des musées, Courmont, chef de division aux Beaux-Arts, s'emploient utilement en faveur de l'artiste. A défaut du marbre, un bronze est enfin commandé et le ministère accorde trente mille francs pour la fonte.

Cette fois Carpeaux peut respirer : les mésaventures de l'Ugolin sont terminées. Quelqu'un respire aussi : c'est l'excellent Schnetz dont le maudit groupe a si souvent bouleversé la conscience administrative, et qui, sans rancune, le déclare (( une des œuvres les plus capitales exécutées en sculpture de nos jours )>.

Notons parmi les esquisses de l'Ugolin, outre celle du Louvre, une maquette plus fiévreuse et plus dramatique encore qui est restée à la Villa Médicis.

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