‹ Carpeaux. 48 planches hors-texte, accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 18 sur 51 · XVII. — LE PEINTRE GIRAUD · texte numérisé non relu

XVII. — LE PEINTRE GIRAUD

Le peintre et caricaturiste Eugène Ciraud (1806- 1881) fut un des hôtes les plus assidus de la princesse Mathilde. Tous les habitués de Saint-Gratien, même les DU majores, Sainte-Beuve, Mérimée, Fromentin, Gautier, Dumas fils, Sardou, Daudet, Flaubert n'était que des convives, E. Giraud était le conseiller toujours écouté et, dit Vieil-Castel, « jamais satisfait )>. « Il possède à Paris — note-t-il avec aigreur — une maison qui vaut 200.000 francs et à Saint-Gratien une campagne qui vaut 70.000 francs, mais il crie toujours misère et chacun lui donne quelque chose ».

Un curieux ménage, racontent les Goncourt, que le ménage Giraud J « Père, fils et mère couchent dans la même chambre. Le père sur un fauteuil à côté du lit de sa femme, et le fils dans un lit de sangle en travers du pied du lit de la mère. » Quand vers deux heures du matin rentrent les deux noctambules, père et fils, elle se lève et prépare le café cependant qu'on devise à propos d'une lecture

faite dans un des innombrables livres dépareillés qui traînent dans la chambre. Vers quatre heures du matin, las de fumer et de babiller, ils finissent par s'endormir.

C'était à (( sa vieille draille » que la princesse Mathilde s'en rapportait du soin de guider sa main inexperte et de corriger ses dessins. Il avait un talent particulier de caricaturiste et c'était une de ses fonctions principales d'exécuter les charges des invités. (Le Cabinet des Estampes possède de lui un superbe Carpeaux en tenue de soirée et un Carpeaux en blouse modelant avec fureur le portrait de la princesse.) Enfin Giraud s'était employé à couvrir les murs de Saint-Gratien de panneaux décoratifs.

Cet artiste auquel les envieux ont attribué un rôle de plat courtisan gardait pourtant dans ce milieu son franc parler. Un Jour qu'ils l'avaient vu tenir tête à la princesse avec la plus tranquille opiniâtreté (elle affirmait précisément que Carpeaux pouvait bien attendre encore quelque temps la croix d'honneur), les Concourt se sentirent saisis d'estime pour cet homme qui à tout moment taisait passer la voix de la vérité sous le couvert de la blague.

Le buste de Giraud date de 1864. Le bronze fut acquis par le musée du Louvre en 1893 après avoir figuré à l'exposition universelle de 1867. Le plâtre a été donné au musée de Valenciennes par M. Eugène Giraud.

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