‹ Carpeaux. 48 planches hors-texte, accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 5 sur 51 · IV. — ABD-EL'KADER · texte numérisé non relu

IV. — ABD-EL'KADER

Tout en se prêtant assidûment à tous les concours de l'Ecole, le Jeune sculpteur pensait déjà à introduire la vie moderne dans la sculpture. Un événement récent le sollicita : la grâce accordée par l'empereur à l'émir Ahd-el-Kader. Afin de pouvoir étudier de près les traits de son héros, il verse le fond de sa bourse entre les mains du chef de claque de l'Opéra, un soir de représentation de gala ; il continue ses croquis à Notre-Dame, hissé sur les épaules de ses camarades, lors du mariage de Napoléon III ; il se faufile dans les fêtes et les cérémonies officielles pour approcher Magnan, Fould et autres personnages de sa composition .

Le bas-relief, exposé au Salon de 1853, est relégué dans un recoin obscur. L'artiste proteste auprès de Chennevières, écrit à Nieuwerkerque. Peine perdue ; l'œuvre passe inaperçue. Quelqu'un suggère alors à Carpeaux l'idée de l'envoyer à Valenciennes, où l'on attendait l'empereur. Celui-ci va s'arrêter devant le bas-relief, mais le sculpteur Lemaire, dont l'antipathie est toujours en éveil, détourne son attention. Carpeaux part pour Lille à la poursuite de Napoléon III. Le train déraille. A Lille, un plancher s'effondre. La fête est contremandée. Carpeaux reprend sa poursuite, s'endort dans le wagon et ne se réveille qu'à Arras. Quelques

heures de repos dans un poste de police et, à 2 heures du matin, le voici de nouveau en route dans un fourgon, avec son bas-relief.

Il rejoint enfin l'empereur à Amiens où le préfet trouve l'homme et la caisse suspects, les met l'un et l'autre sous séquestre, puis, la cérémonie terminée, envoie à tous les diables « l'artiste et son tombereau ». Carpeaux court chez l'archevêque, qui l'autorise à exposer son œuvre sous le porche de la cathédrale. Napoléon III passe sans rien voir. Nouvelles démarches. Quelques personnes de bonne volonté se laissent convaincre, et Carpeaux installe enfin son bas-relief dans l'escalier d'une exposition locale que l'empereur doit visiter. Pour plus de sûreté il se dissimule derrière le plâtre et quand le souverain vient à passer, il surgit, en s 'écriant : C'est moi qui l'ai fait I Napoléon III s'informe et fait la commande sur le champ.

Mais Carpeaux, par habitude, court encore après lui en criant : Sire l n'oubliez pas votre promesse T

L'œuvre, intitulée d'abord: Soumission d'Abdel-Kader, fut baptisée officiellement: L'empereur Napoléon recevant Abd-el-Kader au palais de Saint-Cloud. Ses mésaventures n'étaient pas terminées. Modifié à plusieurs reprises en cours d'exécution et enfin laissé pour compte au praticien, Capellaro, qui le conserva longtemps dans son atelier, rue du Chemin-Vert, le marbre a fini par entrer en 1897, au musée de Valenciennes. Echappé à tant d'aventures, le plâtre original a trouvé asile à Versailles.

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