Levasseur, op. cit,f t. I,p. 3iO
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parition et renouvelle de fond en comble les procédés de ifabrication, déterminant en même temps la manifestation de phénomènes économiques nouveaux : la concentration de Tindustrie et l'application, à un degré encore inconnu, du principe de la division du travail. Avec ce nouveau régime l'équilibre séculaire des forces productives va se trouver rompu et une ère de concurrence à outrance, telle que le monde n'en avait pas encore connu, va s'ouvrir.
Cette influence décisive des grandes transformations industrielles du xix® siècle sur le mouvement des prix a été très nettement mise en lumière par M .André Liesse dans son ouvrage : Le travail au point de f «e scientifique, industriel et social [^. 201). Les moteurs puissants, écrit cet auteur, ont été des centres *a d'attraction ; mais ils n'ont pu exercer leur puissance qu'à la condition de faire mouvoir un nombre assez grand de machines ou de métiers... On ne conçoit pas une locomotive traînant un poids de 10 à 15 tonnes. L'utilisation productive du moteur suppose un emploi correspondant de sa force totale, une transformation de cette force en autant de travail utile qu'il est possible d'en obtenir ». Contrairement à ce qui a lieu sous le régime du travail à la main, les frais de fabrication à la machine ne croissent pas en effet en raison directe de l'augmentation de la production. Il existe un minimum de frais généraux (location ou achat d'un immeuble, constitution d'un outillage) qui s'imposent à toute exploitation grande ou petite. Toute fabrique qui ne produit ou ne vend pas assez pour couvrir ce 'aiinimum de frais se ruine fatalement.. Toute fabrique [ui produit et vend plus que la quantité nécessaire >our se rembourser de ce minimum s'enrichit, car les narchandises en excédent ne lui coûtent plus que le
prix de la matière première et de la façon ; leur vente laisse ainsi au fabricant un bénéfice beaucoup plus fort. Tout industriel a donc un intérêt évident à produire beaucoup, intérêt d'autant plus grand que les machines puissantes et perfectionnées sont précisément celles qui coûtent proportionnellement le moins cher. Une machine susceptible de produire dix fois plus qu'une autre machine coûtera beaucoup moins de dix fois plus cher que cette dernière.
Les conditions nouvelles de la production favorisaient donc puissamment les progrès de la grande industrie en même temps que la création du type des sociétés à responsabilité limitée (anonymes ou en commandite par actions) mettait à leur disposition les immenses capitaux nécessaires à leur fonctionnement et que l'épargne publique leur apportait. Mais il ne suffit pas de fabriquer. Il faut vendre et pour assurer l'écoulement de ses produits, la grande industrie était obligée d'étendre au loin ses débouchés, de conquérir au dehors de nouveaux et de vastes marchés. Les chemins de fer lui ont permis d'atteindre ce but en diminuant dans des proportions considérables le coût des transports.
Dès lors là petite, puis la moyenne industrie locales étaient condamnées. L'une après l'autre, de 1840 à 1870, les anciennes fabriques qui avaient été si longtemps des centres de production régionale disparurent, tuées par leurs redoutables rivales. Mais leur écrasement devait être dans tous les pays industriels le signal d'une lutte beaucoup plus âpre entre les grandes entreprises sous les coups desquelles elles avaient succombé. Les adversaires combattaient cette fois à armes égales. Leurs frais généraux étaient sensiblement les mêmes et le prix de revient de leurs produits différait peu. Il
devait donc arriver fatalement que Tun des concurrents, afin d'obtenir la préférence sur le marché de la consommation, consentît à diminuer son bénéfice et abaissât ses prix de vente. Mais ce rabais provoqua un rabais plus fort de la part de son concurrent et les prix de vente se rapprochèrent de plus en plus du prix de revient. Quelques industriels cherchèrent dans une augmentation de leur fabrication une compensation à la diminution de leurs profits ; ce faisant, ils encombrèrent le marché; d'où baisse nouvelle, puis crise entraînant la chute de nombreux établissements jet dégageant momentanément le marché par la raréfaction de Toffre. Les cours se relevaient alors, mais la hausse même stimulait de nouveau la concurrence. D'autres entreprises se fondaient; le phénomène ci-dessus décrit et que Ton peut comparer à une adjudication par voie de rabais se renouvelait, préparant une nouvelle crise.
Dans cette bataille économique pour la conquête ou la conservation des marchés, les fabricants avaient encore à compter avec la concurrence étrangère. Lorsque celle-ci devenait plus particulièrement menaçante, ils s'unissaient pour réclamer rétablissement de droits protecteurs de Findustrie nationale. Ces droits, une fois obtenus, entravaient un moment l'importation étrangère. Les cours se relevaient mais cette hausse déterminait l'entrée en lice de nouveaux compétiteurs indigènes et les cours baissaient de nouveau.
L'Union des proâncteura «nvi«agé« comma i aux excès de la coacurrence. — NalHiaDoe di miars cartells et trusts.
Au mal endémique dont soufiFrait l'iadustrie, tait cependant un remède. Puisque la concun outrance risquait de ruiner les producteurs en '. çant à vendre à des prix désastreux, n'était naturel à eux desonger a restreindre cette conçu en s'engageant à observer ceiOaines convention: pas fabriquer plus d'une certaine quantité c ou à ne pas vendre au-dessous d'un certain pi désunion des industriels avait été la cause i faiblesse. L'union ferait désormais leur force. I où cette idée germa dans l'esprit d'un fab le principe de l'organisation du syndicat in<: était trouvé'. Selon le mot de l'économiste ail Brentano, le cartell a été un produit de la site '.
L'entente industrielle [cartell, pool ou compti donc le résultat d'un mouvement de réaction
1. H. Karl WilIgcDBteiD, directeur de la CompagDie méUllu^ Prague, a spiriluellement conté iSthriften des Verein» fur Soiit t. LXi p. 34) comment ridée de jbnnerua carleli des fabricant! lui fut maladroitemenl suggérée par le directeur même d'uni gnie de chemina de fer, son principal client, qui, saial par 1 concurrents d'olTres de rabais successirs, partages entre eux maude. Pourquoi, ae dirent les fabricants de rails, ne pas noua ■ noas-oiêmca pour nous partager les ordres et pour tenir les pr [ut l'origine du premier corlell autrichien.
t. D'après Brentiko (Schriflen îles Vtreins fâr Soiialpolit p. 116-177) la formadoQ du cartell aurait eu pour cause l'accroisE l'époque moderne du capital Uie par opposition à l'ancienne ] nance du capital mobile. CcUe tliése, combattue par Woirr(fbfd et par Biicber(p. «II-S43), est jugée trop absolue par Liefmanni temtliiiurverbâniie.p.*0). Cet auteur propoaeuu« rormule plus cartell serait le produit de la divergence croissante entre te licDéllceel l'importa ace du riique couru par te capital (Die ou
les excès de la concurrence. La fusion industrielle ou trust procède à Torigine des mêmes causes, mais sa portée est tout autre. Le trust n'est pas, comme le cartell, un syndicat, un traité d'alliance entre producteurs. C'est l'intégration de toutes les entreprises d'une même catégorie ou de la majorité d'entre elles en vue de faire prévaloir sur le marché des prix une volonté unique et de le gouverner souverainement. Dans l'ordre des phénomènes économiques le cartell apparaît encore comme une fédération d'intérêts, comme une institution d'essence parlementaire. Le trust est, au contraire, une manifestation de l'esprit autoritaire et impérialiste qui tend à prévaloir dans l'industrie américaine. II est armé non seulement pour la défensive, mais pour l'attaque hardie et pour la conquête. Il a pour but avoué la concentration et l'unification de chaque industrie, la constitution dans chaque branche de la production d'un véritable monopole de fait. Puisque la science etTexpérience ont démontré au point de vue industriel comme au point de vue politique les inconvénients et les dangers du morcellement des forces et la supériorité des vastes organisations puissamment centralisées, pourquoi ne pas tirer parti d'un si précieux enseignement? Pourquoi ne pas obéir jusqu'à la fin à la loi d'attraction qui régit l'univers? Le corps qui présente la plus grande masse avec le maximum de cohésion des éléments qui le composent est aussi celui autour duquel viennent se grouper et dans lequel s'absorbent finalement tous les autres. Telle est l'ambition du trust; nous verrons plus tard quel est son programme d'action.
Ces considérations historiques et économiques ont mis suffisamment en évideince les causes qui ont déterminé la naissance, puis l'accélération et la crois-
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sance du prodigieux mouvement concentration industrielle dont les < constituent la plus récente manifei maintenant possible d'aborder de [ ces organisations.