STRICT
Voici la série chronologique de toutes les anciennes Cartes de la Louisiane, dont j'ai pu jusqu'à présent avoir connaissance , prendre des extraits ou des facsimile, et dont je parlerai avec plus de détails dans l'édition américaine de cet ouvrage.
Et d'abord, je n'ai point à insister ici sur les cartes manuscrites ou imprimées dressées sur une trop petite échelle, et représentant seulement les traditions vagues et légendaires de la découverte de la Louisiane. Ce n'est point la légende, mais bien l’histoire positive de sa géographie , qui doit nous servir de guide. Je commencerai donc par mentionner, à cet égard, et afin de n'y plus revenir, quelques catégories de Cartes simplement curieuses.
1° La belle Cartographie américaine, en cours de publication à Munich, par M.F. Kunsimann, ne peut jusqu'à présent servir qu'à l’histoire des découvertes faites dans le golfe Mexicain , antérieurement à celles qui nous occupent. Les premières livraisons de cet ouvrage n'ont paru que le 28 mars 1859. Néanmoins, les anciennes cartes espagnoles qu'on y trouve ont pu être connues de Robert De la Salle, contribuer dès-lors à son entreprise, et il importe de les mentionner. Le fait est qu’elles lui signalaient tantôt un Rio escondido, tantôt un :Rio de gigantes ou bien un Rio de loro (l'oro), vers l'emplacement:où le cours du Mississipi vient aboutir au golfe du Mexique.
2° La Mappemonde de Sébastien Cabot, publiée en 4844 pour l'empereur Charles- Quint, représente également, vers les bouches actuelles de ce fleuve, un Rio de loro ( rivière de l'or ); tandis que d’autres cartes nomment de plus , entre le Texas et la Mobile, la Costa Bllanca (Côte-Blanche ), l’un des points distinctifs du littoral. Quant au Rio de l'oro, dont rien en ces parages n'a jamais justifié l'appellation ,”ne la reçut-il point par l’altération d'une simple lettre, :par le changement d'un d'en'r, qui l'aurait ainsi transformé de Rio de lodo'(rivière’de‘bot: | ; d'où l'ôn'aurait fait plus tard Cabo de lodo (cap boueux ), qu'on retrouve dans ‘+ cartes espagnoles, ét qui ‘expliquerait aussi comment ‘les navigateurs du XVI- siècle n'avaient point alors pénétré par l'embouchure de la rivière boueuse?
3° Quoi qu'il en soit de cette conjecture, nous touchons aux préludes de la découverte complète du Mississipi. L'existence en avait été vérifiée par Jolliet et le Père Marquette, et c'est le Père Hennepin, qui en fit connaître le cours supérieur, au moment où son chef d'exploration, De la Salle, venait d'en découvrir
l'embouchure, C'est avant que la relation de cette dernière découverte fût parvenue en France, que la carte suivante y fut publiée : « Carte de la Nouvelle France et » de la Louisiane nouvellement découverte, dédiée au Roy, l'an 1683, par le R, P. » Louis Hennepin , missionnaire Recollet et Notaire apostolique. »
Ceite carte, qui ne représente que le cours supérieur du Mississipi , et où le cours inférieur du fleuve ost seulement ponctué, confirme la relation authentique de l'auteur, et-dément l'imposture ridicule qui lui aurait fait plus tard disputer à De la Salle l'honneur d'avoir découvert les bouches du fleuve. Un exemplaire c'e ce document est conservé (Porte-feuille 406, N° 35), à la Bibliothèque impériale, à Paris, dans le Département géographique , fondé sous la direction de M. Jomard, et dont on ne saurait proclamer trop haut l'utilité.
Sous le N° 34 du même porte-feuille, est une autre carte qui viendrait à l'appui de l'imposture, mais imaginée bien plus tard, soit par le Père Hennepin, alors chassé de France et de son couvent, soit probablement par un autre faussaire, qui l'aurait mise sous son nom, En voici le titre
« Carte d'un très-grand pays nouvellement .écouvert dans l'Amérique Septentrio- » nale, entre le Nouveau Mexique et la Mer Glaciale, avec le cours du grand » fleuve Mescnasiri. — Dédiée à Guillaume IT, roi de la Grande-Bretagne, par » le R. P. Louis de Hennepin ; chez Broedelet, à Utreght, »
Cette seconde carte n’est remarquable sous aucun rapport, si ce n'est pour servir à dévoiler les imposteurs : question à examiner plus tard.
4 Parmi les autres documents sans rapport très-direct avec notre sujet, un seul reste à citer, pour la représentation qu'on y trouve du grand delta du Mississipi : c'est le Globe terrestre du P. Coronelli, cosmographe de la république de Venise. Ce globe, qui fut donné à Louis XIV, a 42 pieds de diamètre, dimension prodigieuse pour son époque. Il fut terminé en 1687, deux années après la mort de l'infortuné De la Salle, et un an après que la lettre de Tonti eut appelé de nouveau l’attention sur le cours inférieur du Mississipi. Ce fleuve, tel qu'il est représenté sur le Globe et sur les cartes qui en ont été publiées, vient déboucher vers le Rio Bravo, au sud du Texas : grossière erreur de latitude et de longitude. Mais, sauf cette erreur, alors très-pardonnable, le cours du fleuve, avec ses deux bras principaux, y donne une assez juste idée du delta primitif, On y remarque, en outre, le bayou Manchac, nommé Rivière aux Risques, sans doute à cause de ses nombreux embarras qui obligèrent plus tard Iberville d'y faire plus de 80 portages dangereux. Ce même globe de Coronelli indique très-bien le Gulf-Stream, qu'il nomme Canale de Bahuma c'ha sempre il corso a setlentrione; et il en montre en même temps la direction à travers l'Atlantique, suivie par les navires qui retournaient des Indes-Occidentales en Europe. Ainsi, le Gulf-Streum, depuis long-‘2mps découvert et pratiqué par les navigateurs espagnols, était parfaitement connu en 4687; mais
Le
Franklin ne s'en était pas occupé, le capitsine Maury ne l'avait point décrit, le professeur Bache ne l'avait point sondé , et l'on en parlait beaucoup moins.
Rentrons maintenant dans le sujet de nos cartes spéciales, Leur nomenclature raisonnée est comme un dictionnaire, où l'histoire et la géologie de la Louisiane se donneront la main.
« Carte de la Louisiane, ou des voyages du sieur De la Salle et des pays qu'il a » découverts depuis la Nouvelle-France jusqu'au golfe de Mexique, les années » 1679-80-81 et 82, par Jean-Baptiste-Louis Franquelin, l'an 41684. Paris, »
(Archives scientifiques de la marine : No 2 de la boite 29v,)
Celte précieuse carte, conservée au Dépôt des cartes et plans de la marine, dont le titre seul indique la valeur, et que je suis le premier à faire connaître au monde savant, est de 4" 80c de long sur 4m 40c de large.
Le trail caractéristique en est dans les bouches du Mississipi , telles qu'elles apparurent à l’époque de leur découverte. Or, on ne saurait mieux se les représenter aujourd’hui qu’en les supposant près des forts Juckson et Saint-Philippe, au détour des Plaquemines, là où le bayou Ligrd ouvrait jadis une passe occidentale , les bayous Plaquemine et Carrancro une seconde passe vers le nord-est, et où le cours central du fleuve formail, à perte de vue, de longues traînées d'tlots. C’est bien là du moins ce que représente la carte en question, et ce que De la Salle dut aussi apercevoir en pénétrant, durant l'éliage du fleuve et avec son canot d'écorce, parmi ces terrains de formation nouvelle, / Fig. I, PI. I.)
Quant à sa valeur générale, cette carte , faite à Paris l'année même où De la Salle y organisait sa seconde expédition, peut, à bon droit, être considérée romme l'expression géographique de la première. L'importance en est d’ailleurs accrue par le fait que l’auteur, Louis Franquelin, s'était trouvé en 1681 à Québec , en la Nouvelle- France, dit-il, traçant alors une autre carte où il faisait déboucher le Mississipi dans la baie du Saint-Esprit ou de la Mobile".
Celle-ci n’était sans doute qu'un document préparatoire pour le prochain voyage ; mais rien qu'à ce titre elle est encore intéressante, car la question géographique à résoudre était de savoir si la Grande Rivière n'aboutissait point à la baie de Mobile. Cette question, enfin, se compliquait d'une autre, polilique et commerciale, sur laquelle De la Salle avait mis en éveil le comte de Frontenac et le gouvernement de France.
1 Voici le titre complet de cette première carte , d’où le P. Hennepin semble avoir copié le cours inférieur du Mississipi pour sa carte de 1683, mais en ayant soin de l’y poncluer :
« Partie de l'Amérique septentrionale, depuis 270 jusques à 44 degrés de latitude, et depuis 269 » degrés de longitude jusques à 300v, prenant le premier méridien aux Isles Açores...
» À Québec, en la Nouvelle-France, par Jean-Louis Franquelin, 1681, »
« M. De la Salle a veu, disait-il dans son Mémoire de 1680 , des sauvages des trois » nations par où passa Fernand Solo , savoir : Sicachia, Casein et Aminoya d'où » ses gens allèrent dans le Mexique , et qui asseurent y auoir une belle nauigation » do Crèuecœur chez eux, 1! est important d'acheuer cette découuerte, parce que la » rivière sur la quelle demeurent les Sicachia et qui probablement est le Sukakoa , » prend sa source proche de la Caroline, où sont les Anglois, à 300 lielies à l'est » de la riuière Colbert, dans la Floride Françoise, proche de Palache, d'où les » Anglois pouroient venir en barque jusqu'aux Ilinois, aux Miamis et proche de la » baye des Puans et du païs des Nadouessioux, et attirer par là une grande partie » de notre commerce. »
La découverte de l'embouchure du Mississipi à l'ouest de la Mobile dissipa toutes ces appréhensions, et De la Salle ne manqua pas de dire qu'il croyait cette embouchure à l'ouest de la baie en question. C'est ce que Franquelin marqua , de son côté , sur la seconde carte de 1684.
« Carte de la Louisiane avec l'embouchure de la Rivière du Sr De la Salle. » Canada. (May 1685), par Minet.
(Archives scientifiques : No 3 de la botte 29b.)
Cette carte, non moins précieuse que la précédente , en est la confirmation et le complément. On y lit: A. Embouchure de la rivière, comme M. de la Salle le marque dans sa carte. — B. Costes et lacs par la hauteur de sa rivière, comme nous les avons trouvés.
Cette dernière expression se rapporte aux côtes du Texas, où De la Salle cherchait alors la branche occidentale du Mississipi. L'auteur de cette carte en a laissé plusieurs autres d'un grand intérêt pour celte vaine et inalheureuse recherche. Minet paraît, en outre, avoir été l'ingénieur hydrographe de cette seconde expédition, d'où il revint avec M. de Beaujeu. Le nom de la baie Minet, que nous retrouverons plus tard dans l'æstuaire de Mobile, ferait croire également qu'il accompayna ou suivit de près l'expédition d'Iberville, en 1699, et aurait sans doute alors relevé la carte du véritable Mississipi. Celle qui suit ne serait pas indigne d’être sortie de ses mains.
(1700.) « Carte de l'entrée du Mississipi » (sans nom d'auteur), mais au dos de laquelle on lit: Envoyé à Paris en 1700.
( Archives scientifiques : Boîte 158%.)
‘Cette carte correspond parfaitement avec l'hydrographie des bouches du fleuve, telle que Franquelin l'avait esquissée d'après De la Salle. Elle confirme ainsi pleinement la découverte de ce dernicr.
Bb
Nous en avons publié un extrait comme premier témoignage détaillé sur l'aspect général du pays qu'iberville venait de reconnaitre. La fidélité en est frappante ; et la grande Île formée par le Mississipi et le bayou Lafourche , comme la sône de terre-ferme séparant le fleuve des lacs, y est on ne peut mieux caractérisée.
Les trois cartes qui précèdent, jointes aux relations des témoins oculaires, résument tous les préludes de la colonisation ; et nous en avons publié, dans la plancho 1°, les extraits relatifs à l'embouchure du Mississipi. Ce point, étant le plus important pour apprécier, soit la découverte de 1682, soit la reconnaissance de 4699, se trouve de la sorte entouré de tous les documents propres à l'éclairoir.
« Les costes auæ environs de la Rivière de Misisipi, découverte par M. De la Salle, sen 4683, et reconnues par M. le Chevalier d'Iberville en 4698 et 1699, par »N. de Fer, géographe de Monseigneur le Dauphin , 4704,»
Cette carte de N. do Fer, est combinée de deux autres; la première est celle envoyée à Paris en 4700 et dont la Planche I ( Figure 3) reproduit un extrait. La seconde est également conservée aux Archives scientifiques de la marine; mais la coinbinaison des deux cartes, au lieu d’en avoir fait une troisième meilleure , en a fait, comme il arrive le plus souvent , uno bien inférieure. Ceci n’est vrai toutefois que sous le rapport géographique; car la carte de N. de Fer a le mérite de donner la statistique, peut-être la plus complèle que l'on ait, des tribus indiennes contemporaines de l'expédition d'Iberville.
Le seul exemplaire imprimé, que j'en connaisse, fait partie de ma collection Louisianaise.
« Carte de la rivière du Mississipi, dressée sur les mémoires de M. Le Sueur, qui sen a pris avec la boussole tous les tours et détours depuis la mer jusqu'à la »rivière Saint-Pierre, et a pris la hauteur du pôle en plusieurs endroits ; par » Guillaume De l'Isle, géographe de l’Acadéinie des sciences , 4702, »
(Archives scientifiques de la marine, Pf. 138 vie. )
Le Sueur, mentionné par Delisle, était un intrépide Canadien, C’est en remontant le fleuve jusqu’à 700 lieues de son embouchure qu'il en fit le beau relèvement en question , et dès l’année 1700 ; ce qui prouve combien l'esprit d'observation scientifique marchait alors de pair avec celui des aventures.
Le bayou Plaquemine est très-bien indiqué sur cette carte, mais comme se jetant dans le bayou Lafourche. 8on cours s'y termine d'ailleurs par une ligne ponctuée signalant la présence d'un embarras vers son affluent,
« Carte nouvelle de la Louisiane et de la rivière de Mississipi, découverte par feu
» M. de La Salle, ès-années 1681 et 1686 , dans l'Amérique septentrionale , et de
» plusieurs autres rivières, jusqu'ici inconnues, qui tombent dans la baie de
» Saint-Louis; dressée par le sieur Joutel, qui était de ce voyage, 1713.»
(Imprimée. Bibliothèque impériale, porte-feuille 106, No 46.)
Joutel, n'ayant fait partie que du second voyage, celui de 1686, n'a raconté que ce dernier, durant lequel De la Salle, après avoir manqué par mer l'embouchure du Mississipi , alla s'établir et périr au Texas. La carte y indique assez bien la baie de Saint-Louis, celle où se trouve aujourd'hui l'île du même nom, et qui, dans la pensée de Joutel, comprenait sans doute aussi la baie actuelle de Galveston.
Cette carte est également curieuse par le tracé des nombreux cours d’eau que Joutel dut traverser pour se rendre du Texas aux Arkansas. Les annotations qui l’accompagnent semblent enfin sssez précises pour permettre de reconnaître et vérifier les lieux où débarqua l'expédition de 4685. Tous ces motifs font regretter que William Darby ait parlé de la carte de Joutel sans en avoir vu l'original, ni même une reproduction qui en fût tant soit peu fidèle (chap. 4er, pag. 4 et 2).
« Carle nouvelle de la Louisiane et pays circonvoisins, dressée sur les lieux pour » être présentée à Sa Majesté Très-Chrétienne, par F. Le Maire, prestre parisien set missionnaire apostolique, 1716. »
(Manuscrite. Bibliothèque impériale, collection Morin, No 316.)
Une note de l’auteur indique que ce qui nous intéresse le plus en ce moment sur celte carte, est malheureusement ce qu'il y a de moins exact. «Il faudra , dit-il, » s'attacher à cette carte pour le dedans’des terres, pour la coste de la Caroline et » pour la baye de Saint-Bernard (ou Saint-Louis }; mais pour l'entrée du Miciscipi, » aussi bien que pour les lacs de Pontchartrain, Maurepas et Manchac , il faut » consuller les deux autres cartes pour en dresser une qui soit exacte, »
Cette carte n’est qu'une esquisse de peu de valeur à cause de la petitesse de son échelle. Quant aux deux autres cartes à consulter, encore inconnues pour nous, elles servirent probablement aux deux géographes Guillaume De l'Isle et N. de Fer, pour dresser les deux cartes de 1718.
« Carte générale de la Louisiane ou du Miciscipi, dressée sur plusieurs mémoires » el dessinée par le sieur Vermale, cy-devant cornette de dragons, 1747. »
Le ci-devant cornette n’était pas fort en géographie ; il n'avait pas vu les lieux, et sa carte n’est ici mentionnée que pour mémoire.
: (Juin 1718.)
« Curte de la Louisiane et du cours du Mississipi, dressée sur un grand nombre r de mémoires, entre autres sur ceux de M. Le Maire; par Guillaume De l'Isle, » de l’Académie royale des sciences. À Paris , chez l'auteur, le sieur Délisle, sur v le Quai-de-l’Horloge, juin 4748. »
(Imprimée. Bibliothèque impériale, collection Barbier, 30.)
Cette carte intéresse particulièrement sous le rapport historique, à cause des nombreux itinéraires dont on y trouve letracé : entre autres ceux de Fernand de Soto (1539-42) et de Saint-Denis (1713-16). L'hydrographie du golfe du Mexique y est, au contraire, très-défectueuse ; quant à celle du fleuve, elle est d’un grand intérêt pour le double delta que forme le Mississipi avec les bayous Lafourche et Iberville. Le bayou Plaquemine y est très-neltement indiqué sous le nom de Rivière des Ouachus; mais la carte le dirige à l’ouest, entre le plateau des Opelousas et la Rivière Rouge, et à travers le bassin de l'Atchafalaya qui, faute de communiquer uvec le Mississipi, était alors et resta long-temps encore totalement inconnu.
Ces mêmes bayous s’y trouvent reproduits, sur une plus grande échelle, dans un cartouche comprenant les Embouchures du Mississipi et de la Mobile. En voici le titre complet :
« Les costes de la Louisiane , depuis la baye de l’Ascension jusqu’à celle de Saint-
» Joseph, où se trouvent les embouchures des rivières Mississipi ou de Saint-
» Louis, je la Mobile, de Pascagoula, etc., avec les îles, ports et habitations
» ou possessions des Français. »
L'extrait que nous en donnons Planche 11) comprend tout le bayou Lafourche, dont l'embouchure, nommée Baye de l'Ascension, n'offrait encore aucun delta. C'est de-là que le cartouche s'étend jusqu’à la baie de Mobile, qui n’est elle-même à présent qu'un æstuaire non atterri.
« Le cours du Mississipi ou de Saint-Louis , fameuse rivière de l'Amérique septen- » trionale, aux environs de laquelle se trouve le pays appelé Louisiane; dressée » sur les relations et mémoires du père Hennepin et de MM. De la Salle, Tonti, » Laontan, Joutel, Des Hayes, Joliet et Le Maire , etc. ; par N. De Fer, géographe » de Sa Majesté Catholique. Tous ces mémoires , relations et découvertes, se sont » faites depuis 1681 jusques en 4717, qui est l’année de l'établissement de la Com- » pagnie d'occident et pour laquelle cette carte a été dressée. A Paris, chez » l'auteur, Isle-du-Palais, à la Sphère-Royale, 1748. »
(Conservée au Dépôt géographique de la Bibliothèque impériale, et marquée Pf.9.AB."70 )
Cette carte est plus remarquable par les itinéraires et souvenirs historiques *
qu'elle relate , que par les notions géographiques dont elle dote la science. Dans la partie qui intéresse la Louisiane, elle montre, au centre, les bouches du Mississipi avec la grande île du bayou Lafourche; vers l’est, elle s'étend jusqu'à la Floride , en indiquant les îles et les sor dages du golfe du Mexique, et vers l'ouest jusqu’au Texas, où l'établissement français sur la baie Saint-Louis et la fin tragique de M. De la Salle se trouvent très-bien indiqués.
Cette carte de De Fer et la précédente de De l'Isle avaient été dressées à propos de l'établissement de la Compagnie française d'Occident. Mais l’une et l’autre seront à vérifier et à corriger sur les documents originaux, quand il s'agira de publier la carte générale de l'ancienne Louisiane pour l'édition américaine de cet ouvrage.
« Fleuve Saint-Louis, ci-devant Mississipi, relevé à la boussole par lesieur Diron » l'an 1719, depuis la Nouvelle-Orléans , en montant jusqu'au village Cahokia , » pays des Illinois, distante de 230 lieues en ligne directe et de 400 lieues » suivant les circuits et détours. A Paris, le 20 mai 4732. » Longue de 2m 75e,
(Manuscrite. Bibliothèque impériale, C. 4139.)
Cette carte, très-curieuse pour l'histoire des contours du fleuve et dont les relevés datent de 1719, résout pour la troisième ou quatrième fois la question soulevée à propos du bayou Plaquemine. Elle ne permet plus, en effet, d’en nier l’ancienne existence ; car elle le nomme Rivière aux Plaquemines, et le place dans sa vraie situation par rapport au Manchacq , aussi bien qu'au bayou Lafourche , appelé sur celte même carte petite rivière des Chelimakas.
Un autre fait à y signaler , c’est la mention du Grand Goufre et du Petit Goufre, à cinq lieues l’un de l'autre et chacun à dix lieues environ, celui-ci des Natchez, l’autre de la rivière des Jazous. Ce sont ces deux désignations, travesties et non traduites par les cartographes anglais, qui sont plus tard devenues les Grand Gulf et Petit Gulf de la carte de Lafond (1806), puis les Crand Gulph et Petit Gulph (sic) de la carte de W. Darby (1816).
Ainsi verrons-nous les cartes les plus récentes de la Louisiane n'être, à certains égards , que de médiocres compilations, et sous plus d’un rapport devenir de plus
en plus incorrectes.
« Carte des côles de lu Louisiane depuis les bouches du Mississipi jusqu'à la ba:e » de Saint-Joseph ; dressée sur les relèvements faits par M. De Sérigny, en 1719 »et 1720.»
( Archives scientifiques de la marine, Pf. 138, No 9.) Cette carte de Sérigny est, sans comparaison, la plus importante pour l'étude des côtes de la Louisiane et du littoral appartenant aujourd'hui aux États du
Mississipi et de l’Alabam: nous l’avons reproduite jusqu'à la baie de Pensacola inclusivement / PI. 1.1. :ortion plus à l’est étant sans intérêt pour la Louisiane. Elle donne à l'Ile à La Co: :# le nom d'Ile à Bienville, qui mériterait bien de lui être restitué, et montre l'étonnante longueur qu'avait alors l'Ile Dauphine. Celle-ci, dont l'Île Petit Bois n'avait point encore été détachée, comptait plus de vingt milles de long , en attendant d'être coupée en deux par quelques tempêtes, comme nous le verrons représenté sur la carte du chevalier De Noyan , en 1769.
Quant aux sondages de la carte Sérigny, il ne faut point s'étonner de leur nombre, car ils indiquaient le seul moyen qu'on eût alors de se reconnaître en approchant des bouches du Mississipi. Les navires allaient droit d'abord dans ce qu'on appelait l'enfoncement du golfe du Mexique, et après avoir reconnu la côte , ils venaient se présenter en vue des îles au Vaisseau et Chandeleurs. C’est ainsi qu'ils évitaient « le risque de tomber dans l’ouest», comme l’avaient fait De la Salle et M. de Beaujeu.
La note, relative à ce mode de reconnaissance, est tirée d'un mémoire manuscrit des mêmes Archives; et je l'ai guillemetée sur la carte, pour indiquer qu'elle ne fait point partie de l'original. J'en dis autant de tout ce qui est, ici ou ailleurs, entre deux parenthèses : ce sont des extraits de cartes et documents contemporains, dont je me réserve de citer exactement les sources dans l’édition américaine de ce travail,
Un dernier trait caractéristique de la carte Sérigny, et le plus important de tous, est la forme qu'offraient alors les bouches du Mississipi, d'après le relèvement de cet ingénieur. Ainsi, une passe sud-ouest était ‘nettement tracée, mais beaucoup plus courte que celle d’aujourd’ui et en outre impassable. Quant à la bouche actuelle du sud, elle était encore à sortir du chaos des radeaux et des terrains mouvants, et les colons songèrent encore moins à elle qu'à la précédente. Sérigny, qui avait donné son nom à la première passe, parce qu'il l'avait découverte, n'y avait trouvé que 7 et 40 pieds d’eau. Or, à la différence de celle-ci, la passe de l'est avait 10 ,44,16, 48 pieds d’eau ; ce qui la fit considérer, dès le début, comme la seule bouche du Mississipi , et fit passer les autres sous un complet silence.
Les conditions impraticables de ces dernières , firent que les cartes espagnoles appliquèrent tantôt à celle du sud-ouest , tantôt à celle du sud, ou bien à toutes les deux réunies, la dénomination de Cabo de lodo ou Cap de boue. 11 était difficile, à coup sûr, d'y mieux caractériser les monticules boueux / Mud-lumps), qui n'ont jamais cessé d'y créer des embarras à la navigation.
Ajoutons, quant à la passe de l’est, qu’elle n'était encore formée que par de petites îles en pleine mer, sentinelles avancées de la formation du terrain actuel.
« Carte anglaise de la Louisiane , par Henri Moll. » C'est une copie de celle publiée par Delisle, en 1718. {Voir l'appréciation de cette carte, ci-dessus, chap. er, pag. 3.)
(Novembre 1790.)
« Carte nouvelle de la partie de l'ouest de la province de la Louisiane, sur les » observations et découvertes du sieur Bernard de La Harpe, commandant sur » la Rivière Rouge , et où paraisse ses routes coloriées de jaune et établissement » relalif à son journal. Dressée par le sieur De Beauvilliers, gentilhomme ser- » vaut du Roy et son ingénieur ordinaire; de l'Académie royale des sciences. » (A:Paris,en novembre 1720. )
L'année 1720 était celle où, après la fondation de la Nouvelle-Orléans depuis 1747, on songeait à la protéger en fortifiant l'entrée du fleuve. Aussi est-ce en vue de:ces grands-intérêts que semble avoir été dressée la carte en question. C’est du moins ce qu'indique son cartouche, représentant la cité naissante et les bouches du fleuve, où il s'agissait d'établir le port et la place maritime dont la carte suivante
donnera le plan détaillé. (1724.)
« Cartes particulières de la Baie des Biloxy et du Font Maurepas , avec les projets » d'établissement et de fortification du nouveau Biloxy.»
(Archives scientifiques de la marine.)
D'après la carte du vieux Biloxi par l'ingénieur Le Blond de la Tour, cet emplacement comptait, outre « la direction, magasins et le logement de M. Bienville , la » baraque pour loger les filles de l'hôpital de la Salpetrière, les:baraques des sœurs » dudit hôpital, enfin les baraques es. officiers, soldats, forçats, tout meslé en- » semble; le 49 janvier 1724. »
C'est probablement pour éviter un pareil mélange que: plusieurs colons demandaient la fondation du nouveau Biloxy, là où est aujourd'hui la jolie petite ville de ce nom. D'après d’autres relevés topographiques, une briquéterie y fournissait déjà des matériaux, sur l'arrière de la baie ; quant à l'escarpement maritime, il abondait en sources d’eau douce, et un ruisseau voisin d’une eau excellente pouvait, en outre, passer au milieu de la ville projetée, Tout près de ce lieu , l'Ile au Chevreuil , qui lui fait face, avait alors. ses cabanes d'Indiens, tandis que l'Ile au Vaisseau offrait dans son intérieur et au,sud même du mouillage , un; « étang où l’on fait provision d’eau. » Cette dernière Île était, en outre, connue comme inondant par un gros vent.
| (1729.) « Carte particulière des Natchitoches, levée par J.-F. Broutin , ingénieur, en 1722.» (Archives scientifiques de la marine, No 28 de la boîte 29.)
On y lit sur le titre : « Les Natchitoches sont à 7 lieues et à l’est de l'établissement des Espagnols , appelé les Adayes. Entre deux sont de grands coteaux couverts de pins avec des prairies aux environs des Espagnols, dont le pays est.très-beau. »
di
« Nota. Toutes les terres le long de la Rivière Rouge, des Natchitoches à son entrée dans le fleuve Mississipy, noyent partout à l'exception de quelques petites hauteurs à droite et à gauche, et sont pleins d'embarras d'ar!ires qu'on est souvent obligé de couper pour passer les voitures. |
» 4. Hauteur appelée la Butte à Musler, où il convient de placer le fort, elle commande l’île, où est actuellement le fort, de 20 pieds, et n'est commandée d'aucun endroit. Cette butte est escarpée du côté de la rivière et en pente douce du côté du lac. »
On lit au dos: Louisiane. Carte du pays des sauvages Natchitoches , par J.-P, Brontin, 1722,
Et au-dessus : 27 août 1735. Joint à la lettre de MM, De Bienville et De Salmon du 27 août 1735.
Ceite carte est une des. plus belles et des plus importantes pour la. connaissance
de l'ancienne Louisiane, dans le bassin de la Rivière Rouge. Nous l'avons repro= duite, en même temps que le cours inférieur de cette rivière, dans la Planche VI.
« Entrée du Mississipi en 1722, avec un projet de fort et de place maritime » marqué en ligne jaune » ; par Leblond de la Tour.
Une copie de cette carte se trouve au Dépôt géographique de la Bibliothèque impériale, sous la date de 1723, et dédié à S. A. S. le Comte de Toulouse. Le
Dépôt des cartes et plans de la marine en conserve l'original , et c’est de celui-ci: qu'est tirée la Fig. 1 de la PI. III. Les deux autres figures y représentent les:
conditions de l'entrée du fleuve en 1724 et 1731 : rapprochement dont il serait superflu de faire ressortir l'intérêt.
Quant à la carte de 1722, elle est de la plus haute importante pour l'histoire des bouches du Mississipi. Elle en donne, de la manière la plus précise, toutes les conditions pour cetle même année : ce qui en fait un vrai point de départ pour l'étude des changements ultérieurs et le calcul des atterrissements.
Les documents hydrographiques ne peuvent, au surplus, se passer de commentaires. Or, voici ce que, dans une lettre datée de l'embouchure du Mississipi, le 25 janvier 1722, l'ingénieur Pauger écrivait à M. de Bienville :
« J'ai passé, dit-il, en canot par la passe du Sud , qui est plus droite que l'ancienne. passe , mais plus étroite, sans endroit propre à fortifier, et une barre à sa sortie... Cette sortie est à trois lieues .et demy de la véritable embouchure du Mississipi. » Et il ajoute, à propos de l’fsle de la Balise , « qu'elle est à habord à cinq cents loises en dedans. »
On a donc, avec la Balise, un point fixe pour calculer le progrès des atterrissements; plus la barre qui était alors à trois lieues et demie de la véritable embouchure du fleuve.
coca te Lee OA AR RER EEE NS T ASS
« Plan particulier de l'embouchure du fleuve Saint-Louis ( Mississipi) ; avec les » sondes prises à mer basse, marqués par pieds. »
On y lit au bas : « A la Nouvelle-Orléans , le 29° may 1724.
« De PAUGER. »
L'entrée du Mississipi, dédoublée par le courant et sondée dans ses deux branches au moment même de cette transformation, est une notion précieuse donnée par cette belle carte hydrographique /{ PL. IIT, Fig. 11). L'échelle en est exactement la même que celle du plan de 1722. Sauf le dédoublement de la passe , il est facile aussi de voir que les deux plans sont reproduits d’un même relevé. Celui de 1722 ayant été fait, sinon en commun , au moins en même temps, par De Pauger, l'ingénieur du Roy , et De la Tour, ingénieur de la Compagnie des Indes.
« À map of Carolana and of the River Meschacebe. » Elle accompagne la description de la Carolana, publiée par Daniel Coxe. (London, 14727.)
Cette carte, où l’auteur anglais s'ingénie à comprendre Ja Louisiane dans le domaine britannique de la Caroline, est très-curieuse par la forme qu'il donne au delta d'alors, par les noms britanniques dont il affuble différents lieux , par l’importance, alors très-réelle , qu’il donne au bayou Manchac; enfin , par la multitude de petites Îles marquées autour des diverses bouches du fleuve, et qui rappellent si bien les Mud-lumps d'aujourd'hui.
(Mars 1751.)
« Cartes des iles de l'Amérique et de la terre-ferme autour du golfe du Mexique, » par Danville, géographe ordinaire du Roi. » (Mars 1731.) Danville y représente, vis-à-vis la bouche sud-ouest du Mississipi, le Cabo de lodo ou Cap de boue, qu'il mentionne d’après les cartes espagnoles.
(20 Avril 1731.)
« Carte des embouchures du fleuve Saint-Louis ou Mississipi et du port de la » Balise, au 20 avril 1731, exécutée au Dépôt des cartes et plans de la marine,
» par P. Buache, mars 1732 ; reproduite par N. Bellin, ingénieur de la marine, 01744,»
La carte manuscrite du 20 avril 4731 est conservée aux Archives scientifiques de la marine, porte-feuille 158 bis, f. 9.
« British Empire in America, with the French el Spanish Settlements adjacent » therelo, by Hen. Popple. »
(Bibliothèque impériale, Département géographique.)
Ce bel atlas, sans date, est dédié à la Reine d'Angleterre, est dit avoir été entrepris avec l'approbation des Lords commissaires du commerce et des plantations, et avoir élé fait avec grand soin, d'après la comparaison de toutes les cartes que l'auteur avait pu se procurer, Outre la carte générale qui porte le même titre que l’atlas , il en est vingt autres particulières dont la dernière seule accuse une date, London, engrav'd, by Witim Henry Toms, 1733. C'est la neuvième de ces cartes qui représente la Louisiane, en la copiant de l'original français publié dès 1718, par Guillaume Delisle,
(1740.) « Carte de la province de la Louisiane, autrefois le Mississipi » (postérieure à 1739). (Dépôt de la marine, porte-feuille 138 bis, pièce 17.)
Cette carte, faite par Dumont de Montigny, est des plus médiocres quant aux contours géographiques. Mais la Stalistique suivante y est annexée et mérite une reproduction. Ce sera une preuve de plus que toutes les cartes de l'ancienne Louisiane sont presque autant historiques que géographiques.
«{° Ile Dauphine, premier établissement de la colonie française en 1716, sous la direction de la Compagnie des Indes.
»2 Fort de Pensacola aux Espagnols, pris par l’escadre du Roy commandée par le sieur De Chamelain, le 7 septembre 1719.
» 3e Second établissement de la Compagnie en 1720.
»4o Troisième établissement, id. en 41721.
»5* Quatrième, id. en 1722, nommé la Nouvelle-Orléans. C'est la capitale présentement du pays. Elle a été faite par le sieur Leblond de La Tour, chevalier de Saint- Louis, lieutenant-général et brigadier des ingénieurs *. Les {les ou quartiers des bourgeois sont entourés d'eau pendant trois mois de l'année , vu le débordement des eaux du fleuve depuis le 25 mars Jusqu'au 24 juin. Devant la ville il y aune levée, et pur derrière un fossé et d'autres découlements. Dans cette ville il yaun état-major, un commandant-général , un intendant et des conseillers. La paroisse est desservie par les RR. PP. Capucins; les maisons sont faites de briques , etc.
» Go Fort de la Balise construit par le sieur de Paugé en 1723. Ce fort servait de
! Cette assertion de l'auteur vers 1740, nous surprendra moins si l'on remarque que dans l'histoire de la Louisiane, Leblond de La Tour s’est trouvé maintes fois en opposition avec Bienville. Quant aux lignes suivantes, nous les avons soulignées, pour rappeler d’où elles provenaient, sur notre Planche IT, en dessous de la vue de la Nouvelle-Orléans, Cette vue a été prise de la carte envoyée par Bernard de La Harpe et dressée à Paris en 1720.
clef pour empècher l'entrée du fleuve. Les vaisseaux n’entrent plus par là , mais par la passe de l'est.
»7° Poste des Français aux Natchez, à 100 lieues de la capitale. C'est le meilleur endroit du pays, mais il a été détruit en 4729. Il y a toujours garnison, et fort peu d'habitants,
»8* Poste des Arkansas, établi dès 4686 par le sieur De Tonti du temps-du fameux et malheureux De la Salle. 11 subsiste toujours, quoique éloigné de la capitale de 200 lieues. [1 y a toujours une petite garnison. Les sauvages de ce lieu ont toujours été amis des Français.
»9o Fort Saint-Charles des Illinois, poste aux Français à 500 lieues de la capitale. Les RR. PP. Jésuites y sont missionnaires et curés. Les sauvages de ce lieu sont la plupart mariés avec des Français. 1] y vient de très-bon et beau froment,.
» 10° Fort Louis de la Mobile, Ilest bien construit de briques, a 4 bastions, demilunes , fossés , chemin couvert et glacis. Il a été fait en 1722.
» 11° Fort de Tombecbé, qui a servi d’entrepôt à l'armée du pays allant en guerre sur les Chicachas, qui avaient donné retraite aux sauvages Natchez, après le massacre qu'ils ont exercé sur les Français au fort Rosalie, Marqué, en l'année 1729, le 29 novembre.
»420 Fort des Chicachas, sauvages attaqués par les Français le 26 may 1736, et dont on n'a pas su se rendre maître.
»13° Fort de Saint-François, qui a servi d'entrepôt à la même armée allant en guerre sur les Chicachus, en 1739.
» 440 Fort de l’Assomption, où l'armée a resté tenter pendant six mois, au bout desquels on a donné la paix aux ennemis. Les chiffres 41,13, 14, marquant trois postes , ont été détruits et ont servi de feux d’artifice pour la paix.
» N. B. Dans la rivière des Naquitoches, il y a un poste et fort français, ainsi que sur la rivière des Allibamons, qui vient se jeter dans la Rivière de la Mobile, ctc. »
« Carte de la Coste et Province de la Louisiane avec les sondes le long de ladite » Coste. » Nouvelie-Orléans, 5 octobre 1746.
(Manuscrite sur velin. Bibliothèque impériale. Reg. B. 2497.)
Cette carte, fort médiocre, mais faite sur place, est d'accord avec plusieurs autres pour montrer les bouches du Mississipi dans une complète désorganisation par rapport à son état actuel. On y dirait une dislocation complète du sol déjà formé sur les rives inférieures, et par suite une formation ou déplacement entièrement nouveau des alterrissements du fleuve. Un autre fait à signaler est l’étymologie de Rio Perdido actuel, entre la Mobile et Pensacola. [l est nommé Rivière Perdrix ou Perdrides, c'est-à-dire des perdrix ; ce qui montre qu’il se nommait Perdrido et non Perdido (perdu).
Lans sa carte de 1744, l'ingénieur Bellin la nomme Rivitne Penvioe, dont on ne connait pas le cours ; observation qui n’a pu que confirmer l'oubli du premier et
véritable nom.
« Carte de la Louisiane et des pays voisins , dédié à M. Rouillé , secrétaire d'État,
»ayant le département de la marine; par le sieur Bellin, ingénieur ordinaire » de la marine, Paris, 4750. »
Le petit atlas maritime du même ingénieur publié en 1764, par ordre du Duc de Choiseul, contient diverses autres cartes de la Louisiane, dont les originaux manuscrits sont conservés au Dépôt des cartes et plans de la marine, et dont la date est bien antérieure à leur publication. Le plus ancien de ces originaux, qui est de 1722, est intitulé : Embouchure du fleuve St.-Louis ou Mississipi; mais Bellin, en le reproduisant, l’a modifié et aliéré par le mélange des motions postérieures : ce qui en amoindrit la valeur pour l'étude du progrès des atterrissements.
Une deuxième carte très-fidèlement reproduite dans le même atlas, est celle que nous avons publiée sous le titre de Bassin inférieur de la Rivière Rouge à l’origine de la Colonisation ( Planche VI). Enfin, une troisième carte est celle intitulée : Cours du fleuve St.-Louis depuis ses embouchures jusqu’à la Rivière d'Iberville et des costes voisines. On y remarque le sondage de la Baie de Barataria, depuis la passe qui avait 48 pieds de fond , jusqu'à l’île du même nom, où les navires trouvaient 42 pieds d’eau. Ces sondages avaient eu probablement pour but de faciliter le transport des bois de construction navale dont cette île était alors si abondamment pourvue. Les anciennes branches du Mississipi qui venaient aboutir à la Baie Barataria, méritent également d'y être remarquées, car c'est par elles que les alluvions du fleuve sont venues atterrir toute cette portion de la Basse-Louisiane.
« Le litiorul de la Louisiane en 1757. »
Carte publiée par le Page Du Pratz, en 4757, dans son Histoire de la Louisiane. (Mentionnée pour mémoire. ) (1769.)
« Carte de lenfoncement du Golfe de Mexique, donnée par le chevalier De Noyan . » enseigne de vaisseau , en 1769. »
Cette carte est des plus curieuses et très-importante par les sondages du go!fe, par la division en deux de l'Ile Dauphine , le progrès des atterrissements aux bouches du Mississipi, les débordements du fleuve en plusieurs endroits de ses rives ; enfin , par une île nouvelle qui se (rouve vers la latitude du Ship island Shoal ,
lequel ne peut être que le dernier reste de cette île disparue sur la route gpnduisant à Galveston.
N'oublions pas que la Rivière des Praquemines et la Fourche des Scitimachas y réunissent leurs cours et vont ensemble se jeter dans la baie de l'Ascension.
Enfin, l’Atchofalaya y est représenté comme un Bayou qui se rend à la Rivière Rouge, mais au confluent de cette dernière avec le Mississipi.
« Carte de la Floride et de la Louisiane, depuis son embouchure jusqu'à la » Rivière Rouge » , publiée par ordre de M. de Sartine, ministre de la marine, Paris, 1778.
C'est la première carte, à ma connaissance, où l’Atchafalaya, déjà représenté en 1769 comme un bayou qui se rend à la Rivière Rouge, figure comme branche directe du Mississipi à la mer. Encore y est-il nommé Rivière du Vermiou, comme si l’on eût cru que la rivière actuelle du Vermillon en était le cours inférieur. Ajoutons pourtant que l'Atchafalaya se caractérise beaucoup mieux sur cette même carte, par l’embranchement qui le réunit au bayou Plaquemine d'abord , et ensuite au bayou Lafourche. Sa jonction avec ce dernier se fait vers l'emplacement actuel de Napoléon-Ville : ce qui intéressera peut-être les planteurs et capitalistes qui pensent à réunir maintenant par un canal le bassin de Lafourche à celui de l'Atchafalaya.
On a cru généralement qu'atchafalaya signifiait, en indien, grande eau. William Darby affirme, avec beaucoup plus de vraisemblance, que ce mot veut dire eau perdue : ce qui serait à la fois plus pittoresque et plus conforme au passé de cette branche actuelle du Mississipi.
« Carte manuscrite du cours du Mississipi, par le général Collot (4796). » Précieux rouleau de la Bibliothèque impériale, département géographique.
« Carte d’une partie du cours du Mississipi , depuis la rivière des Ilinois jusqu'au- » dessous de la Nouvelle-Madrid comprenant , la Louisiane supérieure, connue » sous le nom des Ilinois , et la partie des Ilinois dépendante des États-Unis » d'Amérique , 4797 et 1798; par Don Nicolas de Finiels, ingénieur extraordi- » naire au service de S. M. C. à la Louisiane. »
Rapportée de la Louisiane en 4805, par M. de Laussat , préfet colonial. (1798.)
« Littoral de la Louisiane et rives du Mississipi, l'Ile Barataria en 1798. » Baudry"ües Lauzières, dans son premier voyage en Louisiane fait de 1794 à
1798 , parle de l'Ile de Rarataria, située au milieu d’un lac, à quelques lieues de la Nouvelle-Orléans (page 328). « Elle offrait de si beaux bois de construction » qu'elle aurait pu, disait-il, fournir les flottes entières, » C'est ce qu'on voit très-bien indiqué sur la carte espagnole de 1799.
« Carta esferica que comprende las Costas del Seno Mexicano, construida de » orden del Rey, ano de 1799. »
( Bibliothèque impériale, dépôt géographique.)
C'est une belle carte hydrographique indiquant tous les sondages faits autour du golfe du Mexique, et donnant spécialement ceux de la Louisiane, Ainsi, ceux des lacs Borgne, Pontchartrain et Maurepas d'un côté ; de l’autre , ceux de l’Atchafalaya- Bay, qu’elle fait communiquer avec le bayu ( sic ) Plaquemine ; enfin, ceux de tous les lacs du littoral jusqu'aux bouches du Mississipi.
Le bayou Lafourche n’y est point indiqué; mais on lit près d’une vaste baie : Grand Cayu, et plus vers l'est, £l Cuyu. D'où l'on a peut-être fait depuis le Grand et le Petit Caillou.
Les bouches du Mississipi , à l’exception de la passe de la Balise et de la passe à la Loulre, reposent toutes sur le Cap de Boue / Cabo de Lodo), que Danville avait remarqué dès l'an 1734, sur le témoignage de cartes espagnoles antérieures. Ainsi, quand les sondages de la pleine mer, vis-à-vis les deux preinières passes, marquent 25, 17, 25 brasses, on ne voit qu'une seule brasse sur le plateau boueux, dont la branche Sud-Ouest n’a pas encore dépassé les limites; ce qui sûrement l'a tenue hors d'usage jusqu'au moment où elle a pu atteindre la mer libre.
« Cours du Mississipi comprenant la Louisiane, les deux Florides, une partie »des États-Unis et pays adjacents, par J.-B. Poirson, ingénieur - géogra- » phe (1803). »
Poirson a copié cette carte de plusieurs autres, la plupart espagnoles, et loutes médiocres, dont il paraît en avoir fait une plus mauvaise. Il importe, néanmoins | d'y remarquer, à propos des bouches du Mississipi, que tout en donnant le tracé des passes à la Loutre et de l'Est , et marquant la passe du Sud comme la continuation du fleuve, il nomme seulement la passe Sud-Ouest, sans en tracer le cours. Gelte passe ne fut, en effet, reconnue navigable que vers 1810, quand les mesures de l’embargo prises par le Gouvernement Fédéral forcérent plusieurs navires à s'échapper à l'improviste par cette issue.
En allant vers l’ouest , la même carte nomme l'E! Cayu, nom très-probablement d’origine indienne, et, comme nous l'avons dit, sans rapport avec les lieux où on ne trouve pas le plus petit caillou ni le moindre galet.
D ten ns
Eofo, plus à l'ouest, au-delà du Vermillon , il nomme la Rivière des Loups marins Rivière de Lobos, lesquels s'appelaient aussi Lamentins, ou en patois français Lamantaou, dont on a peut-être fait le Wementaou de la Louisiane moderne,
« An accurate chart of the coast of west Florida and the coast of Louisiana, » describing the entrance of the river Mississipi, Bay of Mobile, Pansacola, etc,» relevée par George Gault , de 1764 à 1771, et publiée par l'Amirauté britannique, en 1803,
{ Voir à ce sujet la note de la page uv.) Un point essentiel, et beaucoup trop oublié sur d'autres cartes, y est marqué : c'est la distinction de l'ancienne et de la nouvelle Balise.
« Plan de l'entrée du fleuve du Mississipi », par À. Dugay, capitaine de la Sophie; d'après les renseignements des pilotes de la Balise et de Ronquille, pilote major (1803).
« Nota. La mer ne monte que de 18 pouces à deux pieds. 1! ne reste dans la passe que 13 pieds.» C'était la passe de l'Est dont il est ici question.
Ce plan, relevé par des hommes pratiques, ne peut rester sans valeur pour le calcul des atterrissements. Le raccourcissement de la passe Sud-Ouest en est un «les traits distinctifs. Ajoutons, à ce propos, que la carte suivante de Lafon ne diffère, au fond, de celle du capitaine Duguay, qu'en ce qu’elle allonge beaucoup plus celle même passe, tout en la maintenant bien plus courte que celle de l'Est, C'est l'inverse qu'on voit aujourd'hui sur les cartes du Coust-Survey, la passe Sud- Ouest y dépassant en longueur toutes les autres. Ce qui nous donne la mesure de la marche des alluvions du Mississipi.
« Carte de la Louisiane, par Lafon (4805), » imprimée à la Nouvelle-Orléans en 4806.
Je n'ai qu'à répéter sur cette carte le témoignage qu'en a porté William Darby :
« Lafon's map, published in 1805, considering the then state of geographical » knowledge respecting Louisiana, possesses much real merits. »
Lafon fit ce travail en se: lant de plusieurs cartes antérieures à la sienne ; ce qui donne à celle-ci beaucoup plus de valeur qu'on ne lui en attribue généralement. La carte précédente, conservée au Dépôt de la marine, semble, entre autres, lui avoir servi pour les bouches du Mississipi. Lafon a aussi manifesté dans son travail des intentions géologiques ; indiquant, par exemple, près du cours supérieur de la
rivière Sabine, des montagnes sulfureuses , où se font de temps à autre des explo=
sions bruyantes, (1818,
« A map of the state of Louisiane with a part of the Mississipi territory ; from » actual survey by William Darby. | Euterrod according to act of Congress the » 8 april 1816). — Philadelphia, 4" may 1816
Cette carte n'est guère aujourd'hui curieuse que par la série de buttes, de collines et prairies détachées qui distinguent la région Sud-Ouest de ln Louisigne, et reparaissent au-delà de la Rivière Rouge, le long de la Rivière auæ Bœufs et du Washita. L'auteur les représente d'une manière plus correcte et un peu plus complète que ne l'avait fait Lafon dans s6 carte de 1805,
Les bouches du Mississipi mériteraient aussi d'être signalées, si Darby n& leur
ait consacré un travail spécial dans la % édition de sa carte de la Louisiane.
« Louisiana from Darby's map published ut Philadelphia, 1816. — London , » published 3rd January 1817, by A, Arrowsmith, hydrographer, »
C'est une pâle copie, et sur une moindre échelle, de la carte précédente, publiée
par Darby en mai 1846.
« Map of Louisiana, by G. W. R. Bayÿley, civil engineer, 4853. » (1864.) « Map of Louisiana, by Colton New-York, 48B4, » (1984.)
« Map of Louisiana representing the several land distriots, prepared to accompany » the Surveyors general annual reports », by W. 3, M, Cullob, surveyor general, Donaldsonville. La, October 1865.
« Map of a part of the state of Louisiuna exhibiting the route of the New-Orleans » and Opelousas Rail Road », by G. W.R. Bayley, chief engineer.
Pour laisser m@ins incomplète cetle nomenclature de Cartes [générales ou particulieres de la Louisiane, n'oublions pas celles que les ingénieurs de l'État ont l'habitude de joindre à leurs rapports officiels. La collection de ces dernières est conservée à Baton-Rouge , et je remercie M. le colonel Louis Hébert d'en avoir mis
plusieurs à ma disnosition. Malheureusement, comme il l'a remarqué lui-même, ces dernières cartes, faites à la hâte et pour satisfaire à des demandes spéciales de la Législature, se copient trop les unes les autres, quant aux relèvements généraux de la contrée C'est d'ailleurs le même reproche qu’on pourrait adresser à la plupart de celles mentionnées ci-dessus, chacune d'elles n'étant guère utile que pour les relèvements spéciaux qu'elle s'était proposés. Cet état de choses prouve qu’une bonne carte de la Louisiane reste encore à faire , et qu'il serait difficile de la réaliser, sans demander aux documents antérieurs ce que chacun d'eux a pu nous transmettre de plus exact.
« Relèvements du Corps des ingénieurs topographes et du Coast-Survey. »
Je ne saurais mieux terminer cet Appendice sur la Cartographie de la Louisiane, qu'en rappelant, avec gratitude, les magnifiques cartes hydrographiques du capitaine Andrew Talcott et du Coast-Survey, distribuées avec tant de libéralité par le Gouvernemeut fédéral des Etats-Unis.
Celle du capitaine Talcott est d’abord le travail spécial le plus complet que nous ayons sur les bouches du Mississipi; elle en donne une représentation des plus exactes pour 1839, époque de sa publication. Depuis lors, la reconnaissance des mêmes lieux , faite en 1851-32 par le Coast-Survey , sous la direction générale du professeur Bache, y a constaté des changements et des progrès notables dans la marche des alluvions. Or, par la comparaison de ces cartes, nous avons le moyen précis et mathématique d'y calculer les atterrissements durant la même période. C'est à cette fin que nous en avons publié des extraits, et avons rapproché, dans la même planche, le relevé de 1839 et la reconnaissance de 1851. La différence y saute aux yeux, et permet d'y mesurer au compas l'accroissement des alluvions.
Rappelons toutefois, à ce dernier sujet, que la reconnaissance dirigée par le savant M. Bache, dans un pur intérêt d'hydrographie nautique , n'a pas été faite en vue de la géologie de la Louisiane. Il ne faut done pas être surpris qu'on y ait négligé certains alterrissements survenus depuis 1839 dans l'intérieur du delta, entre autres la portion de terre-ferme qui a surgi en tête de l'embranchement de la Passe-à-Loutre et de la passe Nord-Est. Un groupe d'étoiles signale, dans notre planche comparative, cette formation alluviale, dont nous donnerons plus tard le relèvement , et qui, d’après certains pilotes, aurait depuis 15 à 20 ans contribué à dévier le courant du fleuve et accroître l'importance de la Passe-à-Loutre. Nous y avons indiqué de même la station des bateaux remorqueurs , et le lien voisin où nous sommes allé visiter trois Hud-Lumps en cours de formation. Ajoutons que cette planche , destinée à l'édition américaine de cet Essai, n’est qu’un fragment d'un
travail d'ensemble sur les bouches du Mississipi. Elle peut servir aussi de spécimen, quant à notre méthode d'investigation, qui prend toujours la Cartographie pour base et en fait son point de départ essentiel,
Il nous resterait à parler , sous un dernier rapport, des travaux en cours d'exécution auprés du Corps des ingénieurs topographes *, et des relèvements hydrographiques, déjà publiés par le Coast-Survey, en vue d'améliorer les conditions du Mississipi. Qu'il suffise d'ajouter à ce propos que, malgré les subdivisions compliquées des bouches de son delta, le fleuve peut être maintenant considéré comme ayant seulement deux embouchures essentielles : celle du Nord-Est nommée la Passe-à-Loutre , et celle du Sud-Ouest. Une troisième , celle du Sud , qui était jadis la seule entrée du fleuve, est à moitié comblée ct perdue pour les gros navires.
Quant aux deux précédentes, elles se suppléent l'une l’autre, selon la direction des vents : ce qui combine leurs avantages, au profit de la navigation , sur un des points les plus importants dun monde commercial, La principale de ces branches est, pour le moment, celle du Sud-Ouest, qui, restée impraticable jusqu'à vers 4810, décharge maintenant un tiers environ de la totalité des eaux du fleuve. Elle offre, en outre , à l'intérieur comme au-dehors de sa barre , un encrage et un port excellents. Cette barre, dont la profondeur est assez récente, ne fait que se déplacer, comme si elle roulait sur elle-même, sous l'impulsion des eaux qui creusent l’intérieur du chenal et rejettent les sédiments au-dehors. C'est ainsi qu'elle avance dans le golfe, à mesure que la branche fluviale s’y prolonge elle-même. Les progrès actuels de cette Passe-Sud--Ouest, maincenant la plus allongée, ne doivent point nous faire oublier combien long-temps les anciennes cartes nous l’ont montrée relardée par rapport à la marche des autres passes. Son importance présente est un autre changement inattendu dans l’histoire des bouches du fleuve.
Cependant le commerce du Mississipi est devenu une des merveilles du Nouveau Monde, et la question s’agite toujours. Comment mettre les bouches de ce fleuve en rapport avec les progrès de sa navigation ? Dès l’origine de la colonisation de la Louisiane, Bienville se préoccupa de ce problème. Ainsi, le 20 avril 1722, il écrivait, du fort Louis, à la Mobile, pour faire comprendre au Gouvernement Français la nécessité, non-seulement « d'abandonner l'établissement de Biloxi, dont l'abord » était si difficile, mais de se transporter sur les bords du Mississipi, où tout vais- » seau arrivant de France serait, disait-il, déchargé en deux jours ! » A cette facilité de débarquement si importante pour le commerce, il ajoutait « que des vaisseaux, » ne tirant pas plus de 13 pieds d'eau, pourraient entrer dans le fleuve à pleine
1 Voir, à ce sujet, le Rapport du capitaine À. A. Humpbrey : Nature and extent of the investigations and Surveys of the Della of the Mississipi river. « Made under the act of Congress directing the topographical and hydrographical survey of the Delta of the Mississipi river, with such investigations as might lead to determine the most practicable plan for securing it from inundation. » (Washington, D. C. 1858.)
» voile sans toucher, et qu'il ne serait pas difficile de rendre la passe praticable » pour de plus gros navires, le fond n'étant qu'une vase molle cet mouvante. » C'est exactement ce qu'on voit aujourd’hui ; de sorte que la nature, comme la profondeur des bouches du fleuve , n'a presque pas varié depuis Bienville.
Plusieurs commissions d'ingénieurs ont présenté leurs vues sur cet important sujet. Pour creuser la Passe-N.-E. et S.-O., faut-il resserrer les embouchures, afin d'y accroître la force du courant? Ou bien faut-il les draguer, quand une seule inondation remplit tous les vides artificiels? Enfin, faut-il labourer le fond avec des charrues marines? Tous ces projets se valent en théorie : mais c’est le plus applicable qu'il faut découvrir. Or, le fait bien établi que depuis 140 ans les passes conservent à très-peu de chose près la même profondeur, semble indiquer que la nature règle ici (toute chose et devrait être prise pour premier guide.
Voilà du moins ce qui résulte à première vue de la Cartographie et d'un aperçu historique des lieux. Mais ce n'est point un simple aperçu qui doit suffire en matière aussi grave; aussi in'appliquerai-je, dans l'édition américaine de cet Essai, à marquer avec les plus grands détails les transformations des bouches du fleuve, pour y démèler ce qu’il y a de permanent et découvrir ainsi leur véritable loi, Ce n’est en effet qu'après la découverte de ce régime, qu'il sera permis d'émettre un avis sérieux sur les futures améliorations des passes du Mississipi. Or, comme une Cartographie complète et raisonnée donnerait la clef de ce problème, on comprend une fois de plus l'importance de ces documents , et la place que j'ai tâché de leur donner dans cet Appendice.
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