‹ Cartouche drame nouveau en cinq actes huit tableauxChapitre 34 sur 91 · TABLEAU III, SCÊNB III · texte numérisé non relu

TABLEAU III, SCÊNB III

Oui, lui! l’espoir de ma vieillesse ! l’honneur de mes cheveux * blancs !

DE GRANDLIEU

Mais où? quand? par qui ce crime a-t-il été commis ?

Dans la forêt de Saint-Germain, la nuit dernière, par l’exécrable Cartouche !

DE GRANDLIEU

Le fléau des familles ! oui, Monsieur, c’est lui qui m’a ravi mon neveu, l’espoir de ma vieillesse, l’honneur de mes cheveux blancs !

DE GRANDLIEU

Parlez, Monsieur, donnez-moi vite tous les renseignements, tous les détails.

Oui, Monsieur, oui; puisse ma douleur m’en laisser la forcel Nous traversions la forêt, mon pauvre neveu Hector et moi, lorsque tout à coup nous fûmes assaillis par une troupe de bandits qui entouraient notre carrosse. Nous mîmes l’épée à la main... Mais, hélas! que peut le courage le plus héroïque contre des ennemis vingt fois plus nombreux?... Le malheureux Heetor fut bientôt criblé de blessures, et je vis tomber, expirant à mes pieds, ce noble et beau jeune homme, l’espoir de ma vieillesse, l’honneur de mes cheveux blancs !

DE GRANDLIEU

Il était mort ! (ils sc lèvent.)

Mort!... A cette vue, mes forces me trahirent, et je tombai privé de sentiment.

DE GRANDLIEU

Que se passa-t-il ensuite?

Les misérables crurent rjue j’avais cessé d'exister, et lorsque je revins à moi, je vis l’infame Cartouche s’emparer des papiers de mon infortuné neveu... Il les prit tous, Monsieur, jusqu’à des lettres d’amour qu’Hector se plaisait à me lire quelques instants avant.

DE GRANDLIEU

Enfin, Monsieur? (U présente, par distraction, la tabatière, dans laquelle Cartouche laisse tomber une petite balle de plomb, en feignant de prendre une prise. Cette balle est peudue à un fil de soie, qui lui-mème est attaché aune bague que Cartouche porte au doigt.)

Enfin, le scélérat dit à ses complices, avec un rire infernal que je crois toujours entendre, qu’il allait rentrer à Paris, et qu’en choisissant les gens dont mon infortuné neveu ne pouvait

être connu que de nom, il ferait de nouvelles dupes, de nom- • brcuscs victimes, et parviendrait à tromper longtemps encore monsieur le chevalier du guet. (En disant ces derniers mots, il fait, au moyen du fil, sortir la tabatière de la poche de M. de Graudlieu et la met dans la sienne.)

lia osé dire cela?

11 l’a osé, Monsieur.

DE GRANDLIEU

Eh bien ! il faut qu’à nous deux nous nous emparions de ce grand criminel... Ce n’est pas impossible.

Non, certes, ce n’est pas impossible!... .le suis convaincu que si nous le voulions bien. , nous l’arrêterions très- vite à nous deux.

DE GRANDLIEU

Les signalements de ce Cartouche varient à 1 infini, et se contredisent d'une façon déplorable... Vous, Monsieur, vous l’avez vu de près?...

Je l’ai vu aussi distinctement que si je me regardais dans une glace.

DE GRANDLIEU

Renseignez-moidonc, alors.

Volontiers, Monsieur... Ah! vous ne pouviez mieux vous adresser qu’à moi.

DE GR ANDL1EU

On le dit de grande taille...

Non... il est de taille moyenne.

11 est vigoureux, il a de larges épaules...

Non, non, il est assez délicat.

DE GRANDL1EU.

Son œil est noir, ses cheveux sont bruns.

Non, non, non, il a l’œil bleu, et les cheveux blonds.

DE GRANDLIEU

En vérité!... (prenant un papier qu’il relit.) On m écrivait cependant : taille haute, larges épaules, les cheveux et les yeux noirs... et vous dites...

Taille moyenne, complexion délicate, les yeux bleus et les cheveux blonds... A cela près, Monsieur le chevalier du guet, votre signalement est parfaite ment exact, (il joue avec un riche cachet qui se trouve sur le bureau et qu’il glisse dans sa poche.)

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