TABLEAU IV, SCÈNE III
Cela ne te dérange pas ?
Non, j’avais quelque chose à faire... mais ça peut se remettre...
Assieds-toi donc là, et causons, François.
FRANÇOIS
Causons, Minique...
De notre enfance, du collège, de ce bon vieux passé...
FRANÇOIS. 0
Oh ! je le veux bien !.. Oui, nous avons commencé ensemble... l'un était beau, brave et spirituel... l’autre était laid, poltron... et... bète... l’autre c’était moi...
Allons donc... lu exagères...
FRANÇOIS
Oh ! je me connais... c’est le seul mérite que j’aie , Dominique, il ne faut pas me l’ôler...
Tu étais d’une nature honnête et laborieuse...
FRANÇOIS
Ça n’a pas changé... mais où cela pouvait-il me mener?.. Tandis que toi!., tu peux arriver à tout avec tes brillantes qualités!..
A tout .. c’est-à-dire... Parlons d’autre chose. Nous faisions une fameuse paire d’amis, t’en souviens-tu?.. J’étais aussi paresseux que tu étais piocheur, et pour la peine que tu te chargeais de mes devoirs, je t’avais mis sous la protection «le mes deux poings... Ah! je les avais déjà solides, et on ne se serait pas avisé de te faire des niches!.. Tiens, François, c’a été un des bons instincts de ma vie que cette protection accordée à un être plus faible et meilleur que moi!..
FRANÇOIS
Quel malheur que nous nous soyons si longtemps perdus de vue?..
Pour qui le malheur?
FRANÇOIS
Dame!., pour moi.
Ah! tu trouves?
FRANÇOIS
Dis donc, Minique, tu as joliment fait ion chemin, n’esl-ce pas?
Moi?., oui, oui... pas trop mal... au collège, j’avais des dispositions/..
FRANÇOIS
Pas pour le latin, toujours...
Oh! non... mais pour le...
FRANÇOIS
Pour le... quoi ?..
Eli! tu sais bien... tu n’as pas oublié la rafle de bonnets de coton qpe j’ai faite un jour dans le dortoir?..
» FRANÇOIS
Un bon tour d’espiègle !.. Ce qui te fit découvrir, c’est que lu n’avais laissé que les deux nôtres...
Je m’en suis assez voulu de cette maladresse.
FRANÇOIS
Je suis sûr que tu serais plus habile aujourd’hui...
Je t’en réponds... et les pots de miel de Narbonne que j’avais dérobés au principal?..
FRANÇOIS
. Pour le coup, c’était pousser trop loin la gourmandise.
Tu en as mangé, de ce miel-là?
Ne me le reproche pas... c’était du bien volé; aussi, j'en ai été malade! C’est au point qu’aujourd’hui encore je ne peux voir une abeille... sans émotion!
Une chose bien étonnante, c’est que je ne t’ai jamais rien pris, à toi?
FRANÇOIS
Comment, étonnantel... Pourquoi donc m’aurais-tu pris quelque chose?... Voilà qui eût été beau, par exemple!
Je me rappelle cependant un objet dont la possession me tentait si fort que je n’en dormais plus...
FRANÇOIS
Il fallait me le demander, mon Minique...
C’était un joli petit couteau à manche de nacre, avec une lame anglaise, et un écusson d’argent au milieu.
FRANÇOIS
Mon petit couteau que j’aimais tant!., (a part.) Un cadeau de Louise !..
Un jour, ne pouvant plus résister à mon désir, je m’étais