SCÈNE VIII
JEANNETTE, puis FRANÇOIS.
JEANNETTE, suivant Cartouche des yeux»
Sa femme! sa femme!.. Oh! oui, c’est bien un rêve, un beau rêve qui s’accomplit pour moi. Il ne saura jamais à quel point je suis heureuse. Je voudrais pouvoir dire mon bonheur à tout le monde.
FRANÇOIS, arrivant du côté oppo*é.
Bonjour, mademoiselle Jeannette!
JEANNETTE
Votre servante, Monsieur.
FRANÇOIS
Tu m'appelles: Monsieur, à présent!
JEANNETTE, lu regardant en face.
François!
FRANÇOIS
Oh! tu me reconnais donc?.. Alors, je vais te dire bonjour en ami, eu frère, (u l’embrasse.) Bonjour, Jeannette.
Toi, ici ?.. et comme tu es changé!
FRANÇOIS-
Vraiment?
* JEANNETTE
Tu es bien mieux qu’autrefois... et ce bel habit! cette tournure...
FRANÇOIS
Oui, oui, l’habit est changé, mais le cœur est toujours le même.
JEANNETTE
Et je t’en félicite...
FRANÇOIS
L’esprit aussi... et tu ne m’en félicites pas.
JEANNETTE
C’est l’amour qui t’a transformé comme ça, n’est-ce pas?..
FRANÇOIS
L’amour? Allons donc!., j’ai chassé bien loin ces sottes idées-ià...
JEANNETTE
Ouf, oui, on les chasse de son esprit, mais elle rentrent par le cœur.
FRANÇOIS
Chez les autres, c’est possible: Mais pas chez moi, la porte est fermée... je suis guéri.
Vraiment?..
FRANÇOIS
Tout à fait guéri... Tiens, la preuve: je demeure chez M. de Grandlieu, qui m’a pris dans ses bureaux; je vois tous les jours mademoiselle Louise de Grandlieu , et je ris bien souvent avec le père et la fille de la ridicule folie du petit paysan qui s’avisait d’ètre amoureux, lui si laid, si pauvre et si bète, d’une fille riche, noble et belle ; ça les amuse quand je leur raconte les rêves stupides que je faisais, et quand je dis à M. de Grandlieu la najiveté que j’avais de m’imaginer qu’un jour mes gros petits enfants en sabots, tout barbouillés de raisinel, auraient pu être les enfants de sa fille à lui, le marquis de Grandlieu, ça l’amuse!/, ça le fait rire! ça le fait rire comme un fou.
JEANNETTE, tristement.
Et toi?