CHARLES, CARTOUCHE
CHARLES.—Tu détournes 12 vue... tu redoutes de rencontrer mes regards...
CARTOUCHE.—Que viens-tu chercher ici?
CHARLES.—Toi.
CARTOUCHE.—Moi !.…
CHARLES.— Oui, toi ! je ne saurais te craindre, et tu peux, si tu veux, ajouter encore à tous les titres odieux que t'ont mérités tes forfaits, celui de fratricide ; mais tu m’entendras.
CARTOUCHE.— Parle donc, mais dépêche-toi.
CHARLES.—Tu sembles t'enorgueillir de commander à des brigands, tu es fier d’être l’opprobre de ton pays !... Malheureux !... Ton nom, depuis longtemps, est voué à l’exécration publique ; maïs moi, qu’ai-je donc fait pour partager l'horreur que tu inspires?... On ne s’informe pas si j'ai des vertus ; je suis ton frère, et ce titre suffit pour qu’on me repousse avec mépris. Désespéré, maudissant
ES SE a
VAT PR LR TONER ME TT
D TR et 00e Ce se NE EU PNR TT ON ee
mon existence. 1] m'a fallu fuir, changer ce nom que nos pères étaient fiers de porter, et qui. ALJourd'hui n’exprime plus que meurtre et infamie 1... J'avais enfin trouvé un asile.., un ami qui reçut un jour mon affreuse confidence, ,. lui seul ne me repoussait pas.,, il savait distinguer et le criminel et la victime des préjugés ; 1l redoubla de: soins d'amitié, pour me faire oublier les maux qu m'accablaient,,, Il avait un frère si m’accordait aussi une amitié franche et loyale!.., Contraint de m'éloigner pour quelques jours de ceux qui m'étaient si chers.., je revenais presque heureux.,, Je cherche les lieux qu'habitait mon ami,., je ne retrouve plus que ruines, que cadavres horriblemert mutilés,,, Cartouche . avait passé par là!..,
CARTOUCHE.—Ah ! fais-moi le plaisir de m'épargner de semblables récits. |
CHARLES.—Tu ne trembles donc pas au souvenir de tes hauts faits! ., Les mânes de Saint- Alban demandent vengeance...
CARTOUCHE.—Saint-Alban, dis-tu ? C'est Saint- Alban qui était ton ami?..,
CHARLES.—Ou1... Pourquoi cette surprise?
CARTOUCHE.—Allons, va-t'en, et ne m'interroge pas.
CHARLES.—Consens donc à me suivre,
CaARTOUCHE.-—Tu veux que je t’'accompagne t Quel est ton but? Pourquoi vouloir sans cesse auprès de toi celui qui te fait horreur ?
CHARLES.—Tu ignores donc que ta tête est mise à prix.
CARTOUCHE.— Je le sais.
CHARLES.— Et tu demandes le motif qui me porte à t’engager à fuir ?.. Après avoir mis toute ta gloire à faire périr tes semblables, en attache-
ns” O4
rais-tu aussi à subir ton supplice devant ceux quif ont échappé à tes coups? Voudrais-tu porter tal tête sur l’échafaud, au milieu de tout un peuples | t'accablant de ses malédictions ? Notre nom n’est. il donc pas assez flétri?. Ah! ce n’est pas rer!
moi qne je timplore... je n'ai plus rien à espérer
sur la terre; mais pense à notre père qui, au lit de
la mort, te pardonna les premières fautes où t'en:
traînèrent ta vanité et ton fatal désir de briller. : Grâce !,,.. grâce pour son nom qu’il ennoblit par tant de vertus!... Consens à me suivre ; nous” échapperons peut-être encore. Fuyons bien loin ;" cherchons des lieux où nous soyons, s'il se peut, k inconnus. Tes mains ne conwaissent plus l’usagek du travail ; eh bien! je travaillerai pour toi; leh ciel doublera mon courage, et si le pain qui ten nourrira est baigné de ma sueur, il ne sera plusk du moins humide de sang et de larmes... Par, pitié !.. viens, viens.,, c’est à genoux que jeh vimplore.,, À
CARTOUCHE.—Tu me presses en ce ; je nek puis t’accorder ce que tu me demandes. s
CHaARLES.-—Songe à l'infamie qui t'attend...
CARTOUCHE.—II est trop tard pour l'éviter.
CHARLES.—Au supplice qui se prépare...
CARTOUCHE.—Je saurai m'y soustraire.
CHARLES.—A la mort !
CARTOUCHE.—Je ne la crains pas.
CHARLES.-—Au juge terrible quit'attend.,, {À
CARTOUCHE.—Depuis longtemps il m'a maudit !
CHARLES.—Par ton xepentir, du moins, implorek sa clémence.
CARTOUCHE.—Jamais ! Mon destin est fixé, 1 doit s'accomplir... Cesse donc tes prières; aban donne au plus tôt un être qui ne peut, qui ne veut pas t’entendre. Eloigne-toi promptement de cette
maison; plus tard, je pourrais t’y retenir malgré moi... Je le devrais pour ma sûreté, pour celle de mes compagnons... je te permets encore d'en partir ; mais ne tarde pas.
CHanLes.—Pourquoi me repousser. ?”
CARTOUCHE.—Tu m'as entendu... va t'en!
CHARLES.—Par pitié |...
CARTOUCHE.—Va-t'en !
CHARLES.— Dominique !..
CARTOUCHE (/e repoussant et fuyant epre — Va-t'en !...(7/ rentre dans la ferme.)