GENEALOGIE
La famille de Cassard descend de guerriers maures qui, pendant l'invasion sarrasinoise, s'établirent dans les montagnes orientales de la Provence, aux confins du Dauphiné ; ces mécréants furent hommes de grande rapine et agriculteurs émérites/, habiles à construire des aqueducs et, à flanc de coteau, à aménager des jardins étayés par des murettes de pierres sèches. Une vaste maison-forte, qui couronnait un pic inexpugnable, fut leur entrepôt et leur lieu de refuge ; pour cette raison ils se surnommèrent, dans leur langue barbare, les gens de la citadelle, Nas'al-ksar ; les doux chrétiens du voisinage, à répéter ces termes qu'ils avaient des motifs plausibles de Juger diaboliques, les dépouillèrent de leurs aspérités, et d'abord les prononcèrent Nas-al'kassard : peu à peu, par élision et pour commodité plus grande de leur pharynx, ils changèrent ces vocables en celui de Cassard^, qui devint, dès la fin du xv* siècle, un patronyme de montagnards.
Les gens-de-la-citadelle étaient fort méchants et vin-
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dicatifs ; les nobles, dont les domaines touchaient les leurs, las d'être pillardes, recherchèrent leur alliance ; ils récompensaient de leurs services équivoques ce» associés par des dons de terres dans le plat pays ; gros propriétaires, les infidèles ne persévéraient point dans la foi de leurs aïeux ; catholiques, ils ne cessèrent de prospérer ; par judicieux courage et droit de la force, ils furent un jour seigneurs à haute et basse justice ; toutefois, les clans, qui s*obstinaient à ne point quitter les montagnesi, demeuraient de mauvaise compagnie, et, au cabaret, jouaient volontiers du couteau ; ils cultivèrent, de père en fils, leurs jardins ; à cette heure ils y récoltent encore les plus beaux melons du monde. Issu de cette souche de vilains, Cassard, notre héros, eut certains de ses ancêtres qui préférèrent les risques d*une vie active aux maigres profits d'un potager.
Tallemant des Réaux, dans le Supplément inédit aux historiettes, parle dignement d'eux au chapitre intitulé: De quelques resveurs provençaux. Romaine Lavieux, sœur de Cassard, fière de sa race, en dressa la généalogie; des documents multiples qu'elle réunit, il appert :
Qu'un Cassard porta le sobriquet de le Pieux, il y a cinq cents ans, à cause de l'amour de latrie voué par lui aux objets du culte,, pourvu qu'ils fussent d'or ou d'argent ; il périt victime de sa passion ; quelques moines crasseux le firent rôtir vif, à petit feu, sur bois vert, comme larron et sacrilège;
Qu'un Cassard, dit V Alchimiste, gourmet et franc de gueule, après s'être ruiné à souffler et y avoir ruiné ses amis, se procura de non négligeables ressources à battre monnaie au nom du bon roi René ; mieux que ce monarque, il fut adroit à fricasser de faux grands blancs; jeté d'abord en un cul de basse-fosse, il n'en