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De toutes les parties de la face, le globe oculaire est tout particulièrement accessible aux plaies pénétrantes. À l’état de
veille cet organe se compose de deux portions très différentes
au point de vue exposition jaux traumatismes : d’abord une
portion inférieure et supérieure largement recouverte par les
paupières et par conséquent assez bien protégée ; ensuite, une portion moyenne complètement découverte, comprenant la cornée dans sa presque totalité et les parties externes et internes de la partie antérieure de la sclérotique — celles-ci, du reste, de plus en plus cachées sous les paupières au fur et à mesure qu'on se rapproche des canthus externe et interne.
Ainsi en pathologie de guerre s’explique combien fré-
quentes et graves seront les blessures au niveau de la cornée.
La mince épaisseur de cette membrane, eneffet,n offre qu'une
barrière insuffisante à la pénétration de corps étrangers. Le
cristallin est, dès lors, lui aussi, presque toujours lésé, avec, comme conséquence, l'apparition d’une cataracte traumatique.
Le siège de la blessure peut du reste n’être pas cornéen, il
est alors situé au niveau du limbe ou de la sclérotique. Plus le projectile pénètre loin de la cornée, plus son axe de direc-
__tion doit être oblique en avant pou arriver à rencontrer dans
son trajet le cristallin. -, ‘© | De tout cela il ressort que, dans une plaie pénétrante, qui atteint l'œil dans son segment antérieur, surtout au niveau de la partie moyenne, le cristallin a les plus grandes chances d’être lésé, d’où la fréquence des cataractes traumatiques. Les observations, que nous avons pu recueillir au Centre : 1
ophtalmologique de la IX° Hé grâce à RU de de son chef, le professeur agrégé Terrien, n'ont pu que confirmer ce fait et il nous a paru intéressant de réunir des documents précieux et d’en tirer les conclusions nécessaires. A côté des cataractes par éclats se place tout naturellement k le groupe des cataractes par contusions et commotions. Si, RE jusqu ici, leur nombre dans la littérature ophtakmologique avait - paru modeste, la guerre actuelle a permis d’en recueillir une assez grande quantité de cas, pour nous décider à reprendre té quelques points particuliers d’une aussi. importante question. : er Tantôt le traumatisme agit sur les paupières et la répercus- | sion sur le globe est He Tantôt, au contraire, l'action du corps vulnérant porte sur la paroi osseuse de l'orbite et Le globe ne reçoit plus que le contre-coup de P ébranlement produit par le choc.
La fréquence des complications a attiré particulièrement notre attention. Celles d’origine infectieuse se rencontrent plus habituellement dans les cataractes par plaies pénétrantes et leur cause reconnait beaucoup plus la présence même du Dre corps étranger dans le globe que la pénétration de germes “infectieux entraînés avec l'éclat. C’est, du reste, une preuve de plus apportée pour affirmer que les corps étrangers intra-ocu laires ne pénètrent qu'avec une vitesse minima, que, s'ils arrivent à traverser la cornée, ils s’incrustent parfois dans le cristal lin ou dans la régionciliaire,ne parvenantqu’exceptionneilement FA à perforer les membranes internes de l'œil. Tout au contraire | dans la cataracte par commotion ou contusion, l'infection est |: la rareté; la complication mécanique est avant tout à rédouter. En effet, si un léger traumatisme au niveau des paires peut déterminer des opacités du cristallin, pour qu'une blessure au niveau de la tempe puisse provoquer une cataracte, un choc très violent est nécessaire ; il n’aura en outre aucune raison de se localiser au segment antérieur du globe, et tout l'organe sera plus ou moins ébranlé. Dans ce cas, la cataracte est un des symptômes de la commotion de l'œil, au même titre que l’hémorragie du vitré ou le décollement rétinien par exemple. La résorption des cataractes traumatiques, qui est toujours à l’ordre ou jour depuis de nombreuses années, est le propre
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des cataractes par. plaies pénétrantes, alors qu ’elle semble:
exceptionnelle, dans les cataractes par commotion ou contu-: sion. Ce fait s ‘explique aisément par la -seule raison de la différence des lésions de la capsule dans l’un et l’autre cas. Dans
la commotion, il s’agit le plus souvent tout au plus d’une simple
félure de la cristalloïide rapidement oblitérée, s’opposant à limprégnation par l'humeur aqueuse : dans sa pénétration, le corps étranger, au contraire, arrache une plus ou moins grande étendue de la capsule et laisse ainsi uné brèche large-
ment béante pour permettre l’infiltration de l'humeur aqueuse
au milieu des fibres cristalliniennes. \
Quant au traitement, enfin, de ces cataractes traumatiques, il.s’applique, plus /que jamais, aux cas où l'intégrité des milieux ou des membranes profondes permet d'espérer un bon résultat opératoire. Malheureusement, trop souvent, celui-ci est annulé par l'apparition d’une cataracte secondaire. Semblable évolution est du reste PEquente dans les opérations de cataracte sénile. Dans la cataracte traumatique, la date d’apparition de l’opacification de la cristalloïde est encore plus précoce. Ellé remonte au jour même du traumatisme. En tout cas, il y a là un fait grave de conséquences pour la chirurgie Seuloiie des cataractes traumatiques. Il a attiré lPattention des ophtalmologistes dès les premiers jours de la guerre, mais il ne semble pas qu’on soit encore arrivé à préconiser une technique opératoire, capable-de donner des résultats définitifs. “
Dès lors se confirme l'opinion émise par le professeur
de Lapersonne et reprise par M. Terrien et nous-même sous
la forme suivante : « Le globe oculaire est un organe particulièrement vulnérable en temps de guerre, parce que mal D Éibtées dans ses parties essentielles ; les éclats, qui le pénètrent, sont toujours petits, d’un poids de quelques müligrammes et doués d’une force de pénétration minime. Cependant les lésions, qu'ils produisent, sont, le plus souvent, graves et définitives. [Il importe donc, par des moyens appropriés et efficaces, de préserver les soldats contre ces traumatismes oculaires d’un pronostic si sérieux pour l'avenir fonc-
tionnel de cet organe. » J
— Ce DÉPINITION
Avant d'entreprendre une étude d'ensemble sur les faits cliniques qu’il nous a été donné d'observer, il nous semble indispensable de préciser le cadre du sujet de cette thèse. Qu'un projectile ait pénétré dans le globe oculaire en lésant plus ou moins gravement le cristallin, il ne s'ensuit pas fatalement qu’il s'agisse d’une cataracte traumatique de guerre proprement dite. Il faut encore que les lésions observées ne fassent pee de la cataracte un symptôme secondaire, qui vienne s'ajouter à un ensemble de signes autrement important à considérer tant au point de bed pronostic que du traitement. La cataracte existé cependant indéniablement dans ces cas, elle est d’origine traumatique, elle appartient néanmoins au cadre plus vaste des plaies PÉUCEARNE du globe ‘ oculaire.
Il faut aussi savoir éliminer les opacités inflammatoires 2 cristallin dans un œil préalablement traumatisé. Là, en effe il ne s’agit plus de cataracte traumatique, mais la nature infectieuse des lésions cristalliniennes peut être difficile à apprécier. Le seul recours, qu'ait pour lui l’ophtalmologiste, Repose à peu près complétement sur les renseignements fournis par le premier billet d'hôpital.
Dans leur rapport sur les indications opératoires de la cata- . racte traumatique chez les blessés de guerre, rapport présenté devant la Société d’ophtalmologie de Paris, Rollet et Velter | : donnent de la cataracte! traumatique la définition suivante *: par ce terme, «nousn entendons pas les cas d’opacification du cris-
tallin dans les blessures du segment antérieur avec altération profonde de la; cornée, hernie de l'iris et du corps ciliaire,
hémorragie intra-oculaire profonde, aboutissant à la perte totale de l'organe: ce sont des cas où la cataracte est une lésion accessoire, sa présence ne modifiant en rien Le pro-
nostic ni les indications thérapeutiques, la gravité de la
blessure conduisant le plus souvent tôt ou tard à l’énucléation. Mais nous avons en vue... lés cas, où la blessure de l'œil,
d’étendue et de gravité De iointis a déterminé une cataracte,
qui est la lésion primordiale et “abirielle les lésions cor- | néennes, iriennes ou du fond de l’œil, si elles existent, étant minimes et passant au second plan ».
Tout en acceptant dans leur sens général tout au moins, les
termes de cette définition, il nous parait indispensable d'y
apporter quelques précisions. Il est en effet assez difficile, surtout chez un soldat; répondant mal aux questions qu’on lui pose, de pouvoir affirmer, par exemple, l’étendue des lésions du fond d'œil, alors que la présence d’une cataracte enlève la possibilité d'un contrôle rigoureux. Il existe par ailleurs des cas, où la cataracte se complique de glaucome aigu; dans quelle classe faudra-t-il les ranger? Est-ce le glaucome,
qui l’emportera sur la cataracte ou vice-versa ?
C’est pourquoi nous n’hésitons pas à recourir à une définition, peut-être un peu moins exclusive dans les faits qu’elle embrasse, mais certainement d’une application beaucoup plus simple au point de vue clinique. Nous dirons donc qu'il y a
cataracte traumatique de guerre, lorsque l’opacification du
cristallin est le symptôme important, quise présente à l’examen de l’ophtalmologiste, et reconnait comme cause un traumatisme produit par un engin de guerre.
Nous éliminons ainsi les vastes délabrements oculaires avec opacité du cristallin, les panophtalmies primitives, etc..…., mais, par contre, nous maintenons dans cette étude les lésions cornéennes, tant qu’elles ne s'étendent pas à peu près à la surface totale de l'organe, ou qu’elles ne viennent pas complétement oblitérer la pupille, les ruptures et déchi-
rures de l'iris, Les hémorragies intra-oculaires, les déchirures
choroïdiennes, etc...
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C’est en nous rapportant aux termes mêmes de cette définiion, que nous avons cherché dans les archives du Centre . d’ophtalmologie de la IX° Région les observations, susceptibles d’être cataloguées sous le nom de « cataractes traumatiques de guerre ». ve"
Un (2 ÉDIOLOGIE
La fréquence des cataractes traumatiques e en temps de guerre est assez difficile à déterminer exactement, attendu que, jusqu'ici, le service de santé n’a encore Dubite aucun document
officiel, indiquant le pourcentage des blessures pour chaque
région en propre. Nous en sommes donc réduits aux seuls documents, publiés par les chefs de centres d’ ophtalmologie, ou ceux recueillis par nous-même. Sur 1.500 blessés, hospitalisés au Centre de la IX° région, nous relevons 163 cataractes traumatiques, ce qui donne un pourcentage de 10,8 p. 100etencore, sur ces 163, 123 seulement rentrent dans le cadre de cette étude.
Sur 698 blessés traités à Lariboisière, Morax donne un chiffre de‘ 70 cataractes traumatiques, d’où pourcentage de 10 p. 100.
Au Centre de la XIV: région, sur 4.820 hospitalisés, 227 présentent une cataracte; d’où le pourcentage de 4,9 p. 100. Ce
chiffre est beaucoup plus faible que celui des deux premières.
statistiques. Notons, du reste, qu'il s’agit d’un pourcentage portant cette fois sur le chiffre total des hospitalisés. De sorte qu’en admettant même, que le chiffre de 10 p. 100 soit un peu fort, il est indéniable, que le pourcentage des cataractes traumatiques sur le chiffre des blessures du globe oculaire est nettement supérieur à 5 p. 100.
Division. — Les 123 cataractes traumatiques de guerre soignées à l'hôpital 30, à Tours, de juillet 1916 à juille t 1918, se répartissent ainsi :
Cataractes fraumatiques, suite de contusions ou de commotions. 31 (21 sans complications , 10 avec complications.)
Qt
Caractères traumatiques par plaies pénélrantes. . : : : . 92
(51 sans complications ; 41 avec complications.) Causes. — Les différents agents vulnérants, qui sont à incriminer, se classent comme suit au point de vue fréquence :
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Éclats d'obus 7e PRISONS GER AE ER CT Éclats dé grenade eine AE Re este
Éclats de détonateur 10 0 PRESS Sn RTE Ricochetsidetpalles en Cent SEEN NE AICE 4
Éclats - de torpilles 94 VER. AP ANA ARTE Éclatements/délimines: 2220 Pme ar PPS
Éclats'de fusées a ER MELRRnIee 2
Balles
( Éclatement de Ro balise | Éclats de bombe. se RENE Pearl l Éclats de pétard dé cavalerie. . . + : . . 1 Éclatement d’une cartouche. { Éclatement d'un canon de 75. 1
Les éclats d’obus tiennent la place la plus importante dans cette statistique, donnant une proportion de 50 p. 100 sur toutes les cataractes traumatiques de guerre.
I s’agit toujours de corps étrangers extrêmement petits, à force de pénétration très limitée. Il arrive même, qu'ils s’incrustent dans les paupières, déterminant cependant un choc suffisant pour produire une cataracte par contusion. |
Quand il s’est agi d'éclat plus volumineux, c’est qu’il venait. s’incruster dans de paroi osseuse de Loppite déterminant alors une cataracte par commotion.
Les éclats de grenades (25 p. 100) méritent une mention spéciale, de ce Poe que plus de la moitié des cataractes, qu’ils ont provoquées, sont dues à des imprudences de soldats, sachant mal manier ces engins. Si on ajoute du reste à ce oibre le chiffre de 15 cataractes par éclats de détonateurs, on arrive ainsi à réunir une trentaine de cas, où l’insouciance ou l’ignorance du soldat ont été la seule cause de sa blessure oculaire. Nous rappelons pour mémoire simplement, que des soldats ont été ainsi blessés en manipulant un détonateur, qu’ils venaient de trouver dans un cantonnement, ou même en frappant dessus . à coups de marteau.
SE RL | ; f 4
AGE. — Toutes les classes mobilisées, ayant pris part à la bataille, ont eu leur part de blessés oculaires. On trouve des | cataractes es échelonnées chez le soldat de 20 à 41 ans. FE Ho
Le tableau que nous publions ci- done n'a d’autre but que de montrer qu’il n’y a pas d'âge de prédilection pour la cataracte traumatique en temps de guerre.
Les territoriaux ont été blessés, comme de jeunes recrues, plus ou moins loin de la ligne de bataille; mais l’obus porté assez loin ses effets à l'arrière, pour que tous ceux, qui sont dans
la zone de tir puissent être touchés : cependant c’est de 20 à
39 ans que la fréquence de la cataracte traumatique de guerre est la plus grande: R |
Agé Engin de guerre Age Engin de guerre LU CPR LME LE dr le 31 ans 5 21 8 32 (4 22 2 33 | 5 23 8 ae” 1 24: PAT $ 3 1 25 sit 36 3 26 18 31 1 ar Hi. 38 D 28 à] 39 Ve 29 6 \ 40 3 30 6 A 2 ARMES. — L’infanterie, — sous ce titre nous comprendrons
toutes les armes à pied ayant le fusil — donne de beaucoup le plus gros pourcentage de cataractes traumatiques de guerte.
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