CHAPITRE V
Dans quelles cireonstanees les importations
font accroître ou diminuer la richesse évaluée d’un pays.
Comment un pays paye^t-il ses importations? Les importations d’un pays sont payées tantôt avec des matières premières, tantôt avec
des marchandises manufacturées, tantôt avec des immeubles nationaux ou des hypothèques.
qu’il p a û paper l’import plutôt oorr its mot-
fljonîiiofo monuforturrro qu’oorr îrrs motièrro prtmirreo.
Les divers modes de payement rapportés eidessus exercent-ils la même influence sur la
richesse évaluée d'un pays qui s'ouvre à Vimporlation ?
Tant s’en faut. La richesse évaluée de ce pays se développe beaucoup mieux lorsque l’on paye l’importation plutôt avec des marchandises manufacturées qu’avec des matières premières.
Pour quelles raisons ?
Celle-ci nous paraît décisive *. si l’on consulte • la statistique officielle de France et que Ion considère, dans chacune des professions qui sont exercées dans ce pays, les travailleurs en même temps comme capitalistes, patrons , employés et ouvriers, on verra, en comprenant parmi ces travailleurs les enfants, les femmes et les vieillards, que le gain annuel et moyen d un individu, avec un capital d’environ 3,000 fr. , s’élève \ d’après les chiffres officiels :
1® Dans l’agriculture , à. . 250 fr.
Notons que les viticoles n’ont point ete distraits des agriculteurs, et que, si cette dis-
1 Voyez note R.
jonction avait eu lieu, le chiffre ci-dessus ne s’élèverait peut-être qu’à 200 fr., surtout s’il ne s’agissait que des producteurs de grains.
2® Dans la réunion des industries textiles à 600 fr.
3® Dans le cotonnage. . . . 560
4® Dans le lainage 965
5® Dans les houilles .... 1 ,300
6® Dans la soierie 1 ,040
7"* Dans l’orfèvrerie parisienne 4,300 fr.
Or, ces 'gains plus ou moins élevés étant le résultat du bilan que chacun fait de sa fortune, après l’échange des diverses marchandises qu’il a produites, il s’ensuit que la production des malières premières, ou plutôt que le travail des agriculteurs est moins rémunéré en France que celui des industriels *, surtout lorsque ces derniers confectionnent des objets de luxe. Et comme ce résultat, loin d’être spécial pour la France, s’observe dans presque tous les pays
de l’Europe, on doit en conclure qu’il est plus avantageux à notre époque de solder les importations avec des marchandises manufacturées qu’avec des matières premières, et qu’ainsi une nation accroît beaucoup plus sa richesse évaluée en échangeant les marchandises qu’elle importe contre celles qu’elle fabrique qu’en opérant cet échange au moyen des matières premières qu’elle produit.
Comment vous expliquexr-vous que les travailleurs d*un pays industriel f considérés à la fois comme capitalistes, propriétaires , directeurs, employés et ouvriers, trouventmoins de bénéfices dans Vagriculture que dans Vindustrie, bien qu'ils soient toujours aidés du même capital ?
1° L’ouvrier agricole est plus facile à trouver (voyez page 110), et reçoit par cela même un salaire moins élevé que l’ouvrier industriel.
2" La possession du sol est recherchée avec avidité, d’un côté, par les cultivateurs, attendu que cette possession les met à l’abri d’un chômage dans leurs travaux , et d’un autre côté par les capitalistes, comme un placement des
plus sûrs ; de plus un certain honneur s’attache à ce genre de propriété. Voilà des raisons bien suffisantes pour que de toutes parts les économies aient une grande tendance à se porter à l’achat de la terre , et que le capital qu’elle représente produise un plus faible intérêt que celui qui est placé dans l’industrie.
3'^ Le monde entier se fait concurrence pour la production des denrées agricoles; et comme les contrées où le sol est presque sans valeur prennent part à cette concurrence, il en résulte que les cultivateurs, dans les pays même les plus riches, sont contraints de tenir ces denrées à des prix très-modiques, ce qui restreint singulièrement leurs bénéfices.
4“ Plus la production industrielle s’acroît, plus les frais généraux diminuent, et, si elle double en quantité, les profits suivent à peu près la même progression. Qu’il est loin d’en être ainsi pour la production agricole ! Avec la duplication des produits, les frais généraux se triplent presque , en sorte que les bénéfices ne s’accroissent guère que d’un quart ou d’un tiers de ce qu’ils étaient précédemment.
5® L’industriel, à tout instant et à sa volonté, accroît ou diminue ses fabrications. Il profite ainsi des bonnes occasions qui se présentent et a la possibilité de se prémunir contre bien des sinistres. Le cultivateur, au contraire , est obligé d’attendre une année entière pour essayer de mettre la quantité de ses produits en harmonie avec les besoins des consommateurs. Encore ne peut-il, comme l’industriel, se procurer les renseignements qui le guideront avec sûreté à cet égard. Et quand même cela lui serait possible, soumis comme il l’est à toutes les intempéries des saisons , il ne pourrait prendre le stock de la place pour base de ses opérations , car il faudrait alors qu’il pût prévoir les capricieuses éventualités qui menaçant les récoltes L
Cette substitutmi des articles manufacturés
^ On ne peut attacher trop d’importance à ces diverses déductions, car la véritable théorie de la protection et du libre échange résulte en grande partie de ce qu’à égalité de capital, les industriels et les agriculteurs, par les échanges qu’ils font entre eux, augmentent d’une manière inégale leur valeur évaluée.
aux produits agricoles dans le payement des importations n'est-elle pas très-favorable aux produits de r agriculture ?
Certainement. En effet, ces produits sont en général d’une translation très-onéreuse, eu égard à leur prix. Or qu’arrive-t-il lorsque les exportations se font en matières premières ? Il arrive qu’un hectolitre de grain expédié de Russie en Angleterre pour solder un article importé se vendra bien dans ce dernier pays un haut prix, par exemple celui de 18 francs l’hectolitre ; mais que dix francs seulement reviendront au producteur russe, en raison de ce que les frais de transport ne sauraient être évalués à moins de 8 francs.
Qu’il en serait différemment si, afin de solder les importations anglaises, des industriels confectionnaient en Russie même des objets manufacturés ! Les nombreux travailleurs que nécessiterait cette fabrication consommeraient sur place les céréales russes, en élèveraient les prix peut-être au cours de l’Angleterre , et feraient bénéficier l’agriculteur régnicole de
cette élévation. Bien plus , ils ne travailleraient pas seulement pour l’étranger; ils approvisionneraient encore la Russie , et voici , en définitive , les avantages qu’elle en retirerait :
1® Ces industriels offriraient sur place , comme nous venons de le dire, de nouveaux débouchés aux matières premières indigènes, soit en se les assimilant, soit en les façonnant;
2® Ils feraient bénéficier la Russie des profits que l’on trouve dans les fabrications , profits que nous avons reconnus comme étant supérieurs à ceux de l’agriculture.
Ne compromet-on pas V avenir d*unpays en exportant ses matières premières?
En exportant les matières premières , on prive le sol des détritus résultant de leur consommation, et l’on perd le ferment créateur qui ravive constamment sa fécondité. — Aussi en en Amérique et aux Colonies, qui générale-
ment expédient en Europe leurs matières premières, et reçoivent seulement en échange des objets manufacturés, remarque-t-on que nombre
de terres deviennent de plus en plus stériles.
D'après vous, un pays ne devrait donc jamais exporter ses matières premières ; et cependant il en résulterait que, contrairement aux j)ues de la Providence, aucune nation ne serait appelée à jouir de l'intégralité de ses dons?
Nous repoussons de telles conclusions. Notre but est seulement d’établir que , d’après les règles de la justice générale, il faudrait que les diverses nations ne se démunissent de leurs matières premières que dans une certaine proportion relative à la densité de leur population, à la grandeur et à la fertilité de leur territoire. Et dans le cas où quelqu’une se résoudrait à outrepasser le quantum résultant de ce calcul , elle devrait faire entrer (sous peine de déchoir) dans son prix de vente celui du guano qu’elle aurait à importer pour remplacer dans le sol le principe générateur que cette vente lui ferait perdre. Il est bien vrai que dans nombre de pays agricoles on exporte constamment des
matières premières sans que le sol s’appau-
vrisse ; mais on a soin de réserver une partie
des produits de la terre pour les convertir en fumiers. Néanmoins, si tous les produits du sol étaient consommés sur place , il gagnerait en fécondité, et l’on verrait s’accroître et ses productions et la richesse évaluée publique.
On sait du reste que les campagnes voisines des villes où se consomme une grande quantité de denrées agricoles deviennent toutes, grâce aux principes régénérateurs quelles peuvent en tirer, d’une fertilité extraordinaire.
N e pensez-vous pas qu'un pays peu habité, dépourvu de capitaux , et où cependant se trouvent en abondance des terres très-fertiles , n'accroît pas plus sa richesse évaluée en exportant des denrées agricoles qu'en fabriquant luimême les objets qu'il se procure au moyen de cette exportation?
Sans contredit ; et, dans un pays aussi arriéré, les tendances industrielles ne peuvent être encouragées avec profit que lorsque la population commence à avoir une certaine densité.
31 n’Mt paô inbifférent pour un popo (^ue oco importotiono
6’rcl)ûngfnt ronlrr telle ou telle moreljonbioe manufoc-
turée.
Parmi les marchandises que fabrique un pays et qu'il échange contre Vimport, n'y a-t-il pas un choix à faire pour que sa richesse évaluée soit la plus grande possible?
Certainement : car parmi toutes les marchandises fabriquées faisant partie du troisième terme de la richesse évaluée , et qui par conséquent ont action sur cette richesse , il en est qui habituellement, et surtout dans les moments de crise, sont, bien plus que d’autres, difficiles non -seulement à conserver, mais encore à écouler à leur prix. — D’abord, les dentelles , les soieries façonnées , les objets de mode, les frivolités de toute sorte , en raison des caprices de la mode, s’avilissent, comme on le sait, avec une grande rapidité.
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Ensuite , que Ton vende aux enchères ces sortes de marchandises concurremment avec des tissus communs en laine, chanvre, coton, etc., on verra que les premières, objets de luxe, descendront beaucoup au-dessous de leur cours normal, tandis que les secondes, objets de grande utilité, seront à peine dépréciées.
Nous ajouterons qu’il est d’autant plus utile d’écouler les marchandises de luxe avec une grande rapidité , qu exigeant pour leur confection de 1 habileté, de l’adresse, le sentiment de 1 art, et en meme temps beaucoup de façons, elles sont en général très-lucratives dans l’échange , relativement au capital employé.
En recourant au tableau des richesses que nous avons donné au commencement de ce Catéchisme, on pourrait, à chaque époque et dans chaque pays, déterminer l’ordre dans lequel il y aurait le plus de bénéfices à faire servir au payement de l’import les diverses marchandises manufacturées.
DE L’ÉCONOMIE POLITJQÜE.
Cf nui rfôultf îiu payfmcnt be l’importation fait aoff bfo mrtaur prâifuf.
La richesse évaluée d’un pays est-elle en souffrance parce que Vimpoiq est paye' en espèces?
Généralement non , pourvu toutefois que la somme en numéraire que possède ce pays ne se réduise pas brusquement d’une quantité trèsforte, comme il arrive dans certaines années de disette , où l’on est forcé de se démunir, en un temps très -court , de sommes considérables , pour acheter au comptant des grains à l’étranger. — Dans les circonstances ordinaires, si, par suite du payement de l’import, les métaux précieux ne sont plus en harmonie avec les besoins du pays, une nouvelle exportation de ses produits annuels ou bien une hausse dans l’intérêt des capitaux aura bientôt fait revenir la quantité de numéraire essentielle à la circu-
lation des valeurs. Du reste, avec le progrès du crédit et l’institution des valeurs fiduciaires, le numéraire devient chaque jour moins indispensable. Ainsi, un milliard en espèces suffit maintenant à l’Angleterre pour opérer ses innombrables transactions.
Vous semblez attacher très-peu d’importance à V import ou à l’export des métaux précieux : cependant, s’ils deviennent plus rares chez un peuple, est-ce que les prix des marchandises n’en seront pas affectés de manière à diminuer sa richesse évaluée?
Nous avons déjà vu (page 105) que le prix des marchandises dans un pays n’était influencé que faiblement par la rareté ou l’abondance des métaux précieux qui s’y trouvaient, attendu qu’en tenant compte des frais de transport, une marchandise se payait à peu près le même prix partout. — Il n’y aura donc déjà pour ce motif qu’une variation peu sensible dans le prix des marchandises, et conséquemment dans la richesse évaluée du pays. Ensuite, quant à l’action directe de la présence d’une plus ou moins
grande somme en numéraire pour constituer le capital d’un pays, nous allons encore montrer que c’est à peine s’il faut s’en occuper.
Considérons la France, par exemple. Cette nation possède des capitaux engagés et circulants pour une somme d’environ 160 milliards. Quelle est la part du numéraire dans cette énorme valeur? — Environ 4 milliards. — Or, ajoutez ou diminuez un milliard en espèces à ces 160 milliards, est-ce que l’effet en est appréciable ? — Bien plus , en accroissant la quantité des métaux précieux que détient une nation d’une somme de un milliard, par exemple, souvent vous faites perdre annuellement à cette nation une rente de 50 millions qu’elle pourrait obtenir en plaçant ce milliard à 5 0/0 à l’étranger. — Ce ne sont donc pas des masses de métaux précieux qu’une nation civilisée doit convoiter pour constituer chez elle une grande richesse évaluée , mais bien , comme nous l’avons déjà vu, de fortes valeurs en capitaux engagés.
Cependant, parmi les capitaux circulants, le
numéraire étant celui qui tout à la fois est le plus persistant dans sa valeur et le plus susceptible d'un emploi immédiat, soit dans Vintérieur d’un pays, soit à l’extérieur, on ne peut disconvenir qu’en général, lorsque l’on ne trouve pas un grand bénéfice à échanger l’importation contre des espèces, il est préférable dans cet échange de se servir des marchandises manufacturées. — Du reste , il est certaines circonstances dont il faut tenir compte. Lorsque le numéraire est en trop grande abondance pour servir à la circulation, comme en Californie, il est convenable de le troquer contre toutes sortes de marchandises. — Suffit-il à peine aux transactions, il doit en être différemment.
Pourquoi payer les importations avec un numéraire qui vous est utile, quand pour le faire rentrer il faudra supporter les frais d’un double transport et solder une prime à l’étranger? — Dans les transactions internationales on pourrait peut-être assimiler l’or aux matières premières.
On croyait autrefois que les espèces for-
maient la première des richesses , peut-être même la seule ; mais , grâce aux travaux des économistes , cette question est aujourd’hui parfaitement élucidée.
Du papemcnt îre l’import ou moyen b’immeubleo
ou b’l)ypotl)èquc8.
Doit-on s’opposer, si ce n’est lors d’une nécessité absolue, comme aux époques de guerre ou de disette , à ce que les importations soient payées avec des ventes d’immeubles ou avec des hypothèques?
Evidemment, ce mode habituel d’échange serait désastreux. Si les immeubles d’une nation venaient en masse h cesser de lui appartenir, que serait-elle alors? Une véritable nation tributaire. Qu’un peuple se garde donc de consommations exagérées , qui pourraient le conduire à une situation aussi désastreuse.
Cette question sera traitée, du reste, avec
plus de détails, lorsqu’il s’agira de l’absen téisme.
€c qui résulte î)f la pluô-uûlue be l’importation
our l’orportotion.
Vous venez de nous montrer quels étaient les modes de payement des importations d'un pays les plus favorables au développement de sa richesse évaluée ; mais n est-ce pas un malheur si ses importations dépassent ses exportations?
En premier lieu, si cet excédant est faible , c’est un résultat tout naturel et dont il ne faut pas s’inquiéter. L’importation ne doit-elle pas payer non-seulement l’exportation, mais encore et les frais de transport sous pavillon national, et les soins donnés aux transactions? Mais ce serait un malheur si cet excédant était considérable et provenait de ce que les habitants d’un pays, dans leurs dépenses, consommeraient plus qu’ils ne produisent , et consé-
quemment entameraient leur? capitaux. 11 est toutefois nombre de circonstances dans lesquelles un excédant des importations sur les exportations accroît au contraire leur richesse évaluée. Voici quelques-unes de ces circonstances :
1° Lorsque cette plus-value est occasionnée par les remises en nature que l’on envoyé aux étrangers qui habitent ce pays; 2® lorsqu’un pays possédant des colonies, cette plus-value provient des revenus qui appartiennent aux métropolitains, revenus que l’on importe sous forme de denrées coloniales ; 3® lorsque cette plus-value sert à payer les bénéfices que l’on a faits avec les exportations. Ainsi, par exemple, supposons que des marchandises valant dix millions en France aient été vendues vingt millions aux États-Unis : une plus-value de dix millions de francs dans l’importation sera le solde de cette opération.
ittorfl)ûnl>i0C3 î>om l impcrtation Itt plus ouantogeuee O la rifl)Cô5c éoalu^ î)’im paj)6.
Quelles sont les marchandises dont Vimportation contribue le plus à accroître la richesse évaluée d'un pays ?
Les besoins du jour font souvent varier leur nature; mais si, dans un classement, on veut tenir compte de la plus ou moins grande influence habituelle des marchandises importées sur Taccroissement de la richesse évaluée d’un pays, on peut s’arrêter à l’ordre suivant : 1® les matières premières qui servent à l’alimentation de tous, ou celles qui peuvent donner du travail à nombre de manufactures ; 2® les articles de fabrique qui aident à la production, comme les machines, les acides qui servent aux manufactures , etc. ; 3® les objets
manufacturés , d’un usage commun ; 4® les objets de toutes sortes qui ne servent qu’à flatter notre vanité ou notre sensualité.
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