II. Moyens de fortifier la volonté
a) Mater le corps.
Pourquoi est-il nécessaire de mater le corps pour fortifier la volonté?
La pureté étant une victoire, la volonté qui mène la lutte la conduira d'autant plus facilement à une fin heureuse,
(Il J. GUIBERT. Op. Cit., p. 2l3.
l'éducation morale S 399
qu'elle aura devant elle un ennemi plus affaibli, un corps plus sérieusement maté.
Par quels moyens arriverat-on à mater le corps sans lui nuire?
1° Par certains remèdes.
2° Par l'hygiène.
3° Par la mortification.
Y a-t-il donc des remèdes qui calment les ardeurs de la concupiscence?
Certains médecins le prétendent, quoique d'autres le nient.
En tout cas, il est permis d'y avoir recours, « pourvu que la prudence du médecin qui les ordonne soit une garantie de leur innocuité » (I).
Quels sont les avantages de l'hygiène par rapport à la discipline de la chair/
1° Par sa nature mèuie, elle établit L'équilibre dans le tempérament : or, l'équilibre favorise la vertu, ou tout au moins prévient les délires extravagants de la sensibilité.
2° L'hygiène impose un régime de table sain, modéré, d'où sont exclus les excitants ; des exercices physiques qui vont jusqu'à la fatigue; des lotions d'eau froide qui favorisent la circulation et empêchent toute congestion nuisible.
Quelles sont les mortifications que l'on peut utiliser pour mater le corps ?
1° Retrancher ce qui serait un aliment à la volupté : vins fins, liqueurs, vêtements soyeux, lits amollissants, attouchements sensuels.
2° Se priver même de ce qui est permis, en se rappelant la parole de Clément d'Alexandrie : « qu'on est vite entraîné à faire ce qu'on ne doit pas, quand on fait sans retenue tout ce qui n'est pas interdit ».
3° Affliger la chair par de rudes pénitences.
(i) J. Guibert, op. cit. p. 2iS-2iy. — Il va sans dire que ce traitement ne regarde pas le confesseur.
h) Fuir les occasions.
Quelle est ht ligne th conduite tracée par l'Église par rapport aux occasions de péché?
i L'occasion prochaine et volontaire de péché mortel doit être absolument évitée : l'obligation est grave.
2- L'occasion prochaine et physiquement nécessaire doit être rendue éloignée par tous les moyens.
3 L'occasion prochaine et moralement nécessaire doit être évitée, si on n'a pu la rendre éloignée, après un temps raisonnable accordé à l'épreuve.
4° Pour le reste :
L'Église traite de pièges insidieux toutes les sympathies et familiarités entre les sexes, veut autour des femmes fortes, comme autour des villes fortes, une zone interdite, met toute la sûreté dans la garde des approches, et la plénitude de la vertu dans le sacrifice des" joies même innocentes ili.
Quelles sont les occasions qu'il faut plus spécialement éviter? 1° Les spectacles lascifs:
2° Les lectures légères;
3 Les camarades pervertis;
4 Les amitiés amollissantes; o° L'oisiveté.
Pour les trois premières occasions, voir ce que nous vous avons dit à propos de la surveillance.
nue faut-il penser des amitù
Il en est d'excellentes, qui inspirent les plus généreux dévouements, et sont une sauvegarde pour la pureté ellemême.
Mais à côté de. celles-là, il y a les amitiés de contrefaçon, lés amitiés de la chair et des sens, qui s'expriment en termes excessifs, qui se plaisent en des conversations déplacées, qui s'alimentent de familiarités inconvenantes.
On voit trop où cela peut conduire pour qu'il soit nécessaire d'insister (2).
i E L\my, La femme de demain, « La femme et les penseurs », iv. ^ Lire dans l'Introduction à la vie dévote, de saint François de Salks, leschapitres xvii et suivants (III* partie), qui traitent des amitiés.
l'éducation morale 40!
Comment l'oisiveté est-elle occasion de péché/
L'oisiveté crée l'ennui: l'ennui est la terre abandonnée ou £erme le rêve; or. comme on t'a dit. la mauvais»' action est fille du rêve >i'.
c) Occuper l'esprit.
Pourquoi est-il important d'occuper l'esprit?
Pour que les images malfaisantes, qui en solliciteraient l'entrée, trouvent la place prise et soient condamnées à rester au dehors.
Comment peut-on occuper l'esprit?
V Les personnes fortunées se guérissent d'une obsession sensuelle par les voyages. L'éloig-nement, " les courses, la fatigue, le miroitement des spectacles les plus divers de la nature, l'observation peuples, accumulent dans l'esprit tant d'images, de si vives représentations, que l'objet tentateur passe d'abord au second plan, puis tombe lentement dans l'oubli (2).
2° Par le travail. Le travail « use le trop-plein des énergies physiques, émousse la sensibilité, exerce la volonté à l'effort, s'empare de l'esprit et l'arrache aux rêveries de l'imagination » 2 .
3° Par l'étude, qui est la forme de travail la plus efficace dans l'espèce.
Saint Jérôme le savait si bien qu'il se jeta dans l'étude de L'hébreu pour s'arracher aux images impures qui le harcelaient (2}.
4* Par la pensée de l'avenir: je serai prêtre; je serai époux ou épouse; je serai papa ou maman.
d) Appeler des secours humains.
Quels sont les secours humains qui peuvent être sollicités'.1'
1J L'ouverture de l'âme à un homme prudent et bon, qui sera, avant tout autre, le confesseur, mais qui, à défaut ou
(i) J. Guibert, op. cit., p. 229 — La poé-ie aussi est fille du rêve : le tout est de purifier l'imagination.
(a) J. Guibert, op. cit., pp. a3a-233-a34. — Il ne faut pas attribuer aux voyagea une efficacité absolue; quand le mal est au-dedans, ils ne guérissent rien ; car on «e retrouve partout.
en supplément du confesseur, pourra être un ami fidèle, terme et dévoué.
2° L'enrôlement, si la chose est possible, dans quelque « ligue pour la pureté ».
3° L'utilisation de quelque image chère dont la vue puisse être un soutien et un stimulant : le portrait d'un père, d'une mère, d'un parent plus spécialement vénéré, etc.
« Je vis dans la présence réelle de ma mère », écrivait Ozanam.
e) Recourir à la prière.
Quelle est la genèse de la prière qui convient aux pauvres victimes du vice impur?
Elle consiste à se recueillir, à écouter les reproches miséricordieux du Maître: à se tenir humblement confus devant son infinie sainteté; à répéter les paroles de David pleurant ses fautes dans le langage inspiré des Psaumes; à baiser avec amour les pieds du Christ en croix; à recourir à la Sainte Vierge, « le remède des plaies incurables » ; et enfin, à faire jaillir, de son cœur touché, les oraisons intérieures qui conviennent à un converti désireux de bien faire, mais effrayé de sa faiblesse.
f) Fréquenter les sacrements.
Quel est le grand bienfait de la confession, au point de vue de la préservation de l'en faut?
La confession fait découvrir les plaies infligées à la vertu au seul homme capable d'y porter un remède efficace.
Oui, par la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il est un homme à qui l'enfant et le jeune homme osent faire d'humbles confidences qu'ils ne feraient souvent à personne d'autre, découvrir des plaies qu'ils cacheraient à tous les yeux; il est un homme qui voit tout dans le cœur en pleine crise; il est un homme qui a accès auprès de l'âme malade, qui a grâce d'état et secours divin pour la soutenir, l'empêcher de tomber ou la relever après la chute.
Quelle puissance dans cette action intime!
Quelle autorité dans cette parole qui a droit de tout dire!
Quelle efficacité dans ces remèdes de Dieu appliqués à toutes les plaies par une main aimante et discrète!
Quelle est l'importance de la communion dans l'œuvre de la préservation et de la formation de la jeunesse:''
Le gibier du lion, ce ne sont pas moineaux (i).
« On ne nourrit pas des lions avec des feuilles de choux », disait, un jour, un missionnaire, en parlant de ce qui lui paraissait nécessaire au soutien de la piété et de la vertu dans les jeunes gens.
On ne maintient pas la jeunesse dans la pureté avec quelques prières et quelques conseils.
Il ne lui faut rien moins que la nourriture quotidienne de l'Eucharistie.
Pour notre part, nous ne croyons guère à la vertu complète des jeunes gens et des jeunes filles qui ne communient pas tous les jours ou au moins très fréquemment.
Mais heureux, mille fois heureux ceux qui ont la facilité et la générosité de recevoir chaque jour la sainte Eucharistie; ils expérimentent la vérité des paroles de M«r Plantier :
Tes passions étaient ardentes: mais n'avais-tu pas le sang de mon Fils, sainte et rafraîchissante rosée, pour en tempérer les feux? Tes sens te taisaient la guerre: mais n'avais-tu pas la chair de la victime eucharistique, pour apaiser ta convoitise en divinisant tes organes?
Article IV. — L'envie.
« L'envie est louche, elle voit tout de travers. »
a L'envie est un vice qui ne cause que des peines. » (2)
Qu'est-ce que l'envie?
L'envie est une tristesse criminelle que l'on ressent du bien qui arrive aux autres; c'est souvent un désir secret que ion nourrit au fond du cœur, de se le procurer même à leur détriment et d'en faire son apanage exclusif si c'était possible. On voudrait avoir le monopole de tout C'est l'égoïsme dans toute sa laideur, c'est l'orgueil
dans tout ce qu'il a de plus noir et de plus détestable (3).
Quels sont les effets de l'envie?
Ils sont de doux sortes :
1° L'envie porte au crime ;
(i) La Foktaine, Fables, II. 19.
(2) Joubert, Pe liées.
(3) 84»» Pichenot, op. cit., p. 171.
2° Elle rend malheureux ceux qui s'abandonnent à ses inspirations.
Quels sont les crimes que fait commettre l'envie?
L'histoire nous l'apprend : c'est l'envie qui a porté le démon à tenter nos premiers parents ; c'est l'envie qui a fait égorger Abel, vendre Joseph, persécuter David, meure en croix Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Ce qu'elle a fait, elle est toujours capable de le faire : ses inspirations sont les mêmes et sa puissance n'a pas diminué.
Comment V envieux est-il la première victime de son défaut :;
L'envie, nous dit la Sainte Ecriture, ronge les os: Putredo ossium invidia; elle est comme un vautour qui s'acharne sur sa proie et lui déchire le cœur.
On reconnaissait Caïn à l'abattement de tout son êlre et à la tristesse amère qui était empreinte sur son visage.
Les enfants sont-ils sujets à ce triste défaut :;
Saint Augustin nous raconte, dans ses Confessions, qu'il a vu lui-même un tout jeune enfant déjà possédé par ce vice : « Il ne parlait pas encore, dit-il, mais il regardait, pâle, et avec des yeux de colère, un autre enfant allaité par la même nourrice. »
Combien n'en voit-on pas qui jettent leurs jouets, pour en arracher de moins beaux des mains de leur petit frère ou de leur petite sœur!
Dans quelles circonstances l'envie est-elle plus spécialement excitée ?
Quand le petit enfant, déjà âgé de plusieurs années, voit arriver au foyer un petit frère ou une petite sœur.
Un premier enfant, jusque-là l'objet de toutes les prédilections. entièrement maître au logis où l'on ne songeait encore qu'à l'amuser et à s*amuser de lui. se voit, tout à coup, un rival préféré, du moins quant aux soins et à la préférence extérieure. C'est le nouveau-né qu'on tient sur les genoux et dans les bras, où le frère qui l'a précédé de deux ans avait coutume de trouver sa place. Souvent négligé, tandis que l'activité de sa mère sera entièrement consacrée a celui qui ne peut s'en passer, il la verra lui parler, il la verra lui sourire comme naguère on ne parlait, on ne souriait qu'à lui. En même temps, des défenses et des réprimandes jusqu'alors inconnues
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l'obligeront à sacrifier quelque chose de sa liberté a celui qui a déjà usurpé son bien. On le grondera de faire du bruit si son petit frère dort. On ne lui permettra pas de reprendre ses joujoux des mains qui commencent à vouloir les saisir. S'il touche Tentant, on lui dira qu'il le fait crier: si celui-ci le bat. on ne souffrira pas qu'il le lui rende. Il n'avait encore vécu que pour lui-même, et les premières impressions que lui apporte la société d'un autre sont des impressions de privation et de chagrin: alors, il s'irrite ou s'attriste, devient incommode et maussade, et se croit rebuté ou délaissé sans comprendre qu'il l'ait mérité 1
Quel est le premier moyen à prendre pour corriger ce défaut ? C'est d'éviter tout ce qui peut l'exciter.
Quels sont les principaux excitants' de l'envie?
Ce sont i°i indiscrétions, les inégalités de traitement et les injustices.
Quelles sont les indiscrétions qui excitent l'envie?
1 Ce sont les concessions ou refus inconsidérés.
A force d'accorder un de refuser, nous rendons un enfant désireux de tout ce qu'il voit. Nous ne savons pas résister avec une douce fermeté à ses vains caprices. Nous lui promettons des friandises, des objets de valeur, des voyages, des fêtes, comme prix de son travail ou de sa sagesse (2). 9
2° Ce sont les mauvais exemples.
Nous prodiguons devant lui les éloges aux beaux costumes, aux beaux jouets, aux mets exquis: nous nous montrons envieux comme «les enfants gâtés (2).
3° Ce sont les démonstrations imprudentes.
Nous ne savons pas réprimer en sa présence les élans de notre sensibilité: nous embrassons et caressons les autres enfants avec une expression d'amitié d'autant plus vive qu'elle est moins sincère
Comment éviter les inégalités de traitement/
En donnant à tous les enfants, à moins de raisons particulières et bien connues, la même nourriture et les mêmes vêtements.
(i) M0" Guizot, Lettres sur l'éducation, p. 72, passim. <aj Bernard Pérez., L'éducation morale dès le berceau.
La même nourriture : dans la parabole de l'enfant prodigue, le veau gras, immolé en l'honneur et au profit du fils retrouvé, excite la jalousie de l'aîné, qui n'avait jamais quitté la maison paternelle, et qui n'obtenait même pas un chevreau pour s'en régaler avec ses amis.
Les mêmes vêtements : Jacob avait donné à Joseph une tunique plus belle et plus éclatante; ses frères, poussgs par l'envie, le vendirent à des Ismaélites, et le saint patriarche, abreuvé d'amertume, baigna de ses pleurs cette même tunique qu'il croyait teinte du sang de son fils.
Comment se garder des injustices ?
En surveillant ses observations, ses réprimandes et ses éloges.
Les enfants, en effet, sont plus clairvoyants qu'on ne le suppose généralement : ils savent très bien distinguer un témoignage mérité d'un autre qui sentirait la faiblesse et le parti pris.
Quel est le deuxième moyen à prendre pour maîtriser l'envie ?
C'est de former un bon cœur :
1° Par un enseignement approprié.
On se servira utilement, pour y arriver, des récits de la Bible et des conseils de l'Esprit-Saint.
La charité n'est point envieuse (1).
Porter les fardeaux les uns des" autres (2).
Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie; pleurez avec ceux qui pleurent (3).
î° Par des actes généreux de charité désintéressée.
On ne parvient souvent à l'apaiser (l'enfant jaloux; qu'en éloignant la personne dont il est jaloux. Mais prendre pour règle cet expédient passager, ce serait aller contre le Dut. Il est bon de le rapprocher peu a peu des autres enfants jaloux, de l'habituer à leur présence; elle lui devient bientôt agréable, car les anciens ont ires bien nommé l'affection une habitude nécessaire : consuetudo, necessitudo. Quand la personne et les jeux de l'intrus sont tolérés, puis agréés, le rapprochement devient de plus en plus intime i4>.
(i,)I Cor., xm, 4
(2) Gai., m, 2.
i3 R //t., xu, i5.
(4) Bernard Pérez, L'éducation morale dès le berceau.
Quels actes faut-il faire poser à l'aine, exposé à envier son frère plus jeune ?
Les enfants sont disposés à accueillir avec joie un événement quel qu'il puisse être; l'arrivée d'un petit frère en est un très grand, que l'aîné verra certainement avec satisfaction si l'on songe a en faire pour lui une occupation, si la présence de ce nouveau venu ajoute du mouvement à sa vie au lieu de lui en ôter. On lui parlera sans cesse du petit frère: s'il crie, on le plaindra avec lui: s'il dort, on l'appellera pour le voir et il viendra doucement pour ne pas l'éveiller. Cette petite créature intéressera sa curiosité, car on lui dira qu'il a été de même: sa pitié, car en le regardant, il se croira fort. Il verra en elle un objet de soins auxquels il s'imaginera pouvoir prendre part: du moins, ne lui arrivera-t-il pas de supposer que les soins donnés à ce petit enfant soient pris sur lui, puissent être considérés comme un vol qu'on lui fait. Il aimera le sourire de son petit frère qui aura fait naître la joie sur tous les visages; il s'affligera de ses souffrances en voyant la tristesse régner dans la famille. Il se plaira à l'amuser, craindra qu'il ne se fasse mal. et portant ainsi hors de lui-même sa pleine activité, perdra dans les plaisirs de l'affection le sentiment des besoins d'où naîtrait la jalousie (1).
Que faut-il faire quand c'est le plus jeune qui porte envie à l'aine'.'
C'est plus difficile.
Votre tâche est. dans ce cas comme dans l'autre, d'opposer l'affection à la jalousie, de former entre les deux frères un lien qui ne permette plus que les intérêts se séparent. Multipliez les devoirs de l'aîné envers son frère, ne craignez pas d'exciter la générosité de celui qui se sent le plus heureux, puisqu'il ne lui manque rien. Que s'il aperçoit le sentiment jaloux dont il est l'objet, ce soit avec respect de celui qui souffre, avec désir de lui épargner des peines dont lui-même est à l'abri. D'accord avec l'aîné, vous vous permettrez pour le plus jeune quelques légères préférences, que payera, du reste, aux yeux du premier, l'honneur de votre confiance, et dont l'autre pourra jouir sans danger, quand il les tiendra tout à la fois de votre tendresse et de l'amitié de son frère (1).
Article V. — La gourmandise.
Là, vivant à discrétion, La galante fit chère lie. [%)
Faut-il s'étonner de la gourmandise chez les enfants?
C'est un des défauts les plus ordinaires à l'enfance.
C'est peut-être aussi un des moins coupables pour elle : car si le
(i) Mme Guizot, Lettres sur l'éducation, p. 72, passim. ^2) La Fontaine, Fables, III, 17.
foire et le manger sont nécessaires à tous, pour l'entretien et la conservation de la vie. ils le sont encore plus à cet âge où le corps a besoin de se développer et de grandir (1).
L'enfant « est, par conséquent, plus excusable, quand il se trompe et quand il exagère » (1).
Est-ce une raison pour fermer les yeux'/
Non; il faut de bonne heure apprendre à l'enfant à régler ce besoin, quelque impérieux qu'il paraisse. C'est nécessaire à la santé de son corps, et plus encore à la santé de son âme.
L'enfant n'est déjà que trop matériel par nature.
Si la gourmandise vient s'ajouter encore a ces premières dispositions fâcheuses, l'àme. enfouie dans la chair et les sens, aura bien de ïa peine à se retrouver et à prendre possession d'elle-même. La vie intellectuelle, la vie morale, la vie religieuse ne peuvent que difficilement se faire jour, les organes asservissent l'intelligence, le frère aîné des animaux a bientôt pris le sceptre, et le jeune frère des anges tombe dans l'esclavage 11).
Que faut- il faire pour corriger ce défaut ?
1 II faut d'abord ne rien se permettre qui puisse lui donner droit de cité dans l'esprit et le jugement des enfants.
2° Il faut inspirer aux enfants une grande horreur de ce défaut.
3° Il faut aider les enfants à éviter ce défaut ou à s'en corriger.
Comment faut-il procéder pour ne pas accréditer le défaut de gourmandise?
1° Il faut éviter de parler trop souvent, devant les enfants, de bonne chère et de friandises;
2° Il faut, autant que possible, ne pas donner des bonbons, gâteaux, etc., pour récompenses.
Se faut-il pas aussi inspirer l'horreur de ce défaut ?
Oui. Il faut:
1° Ne pas permettre que les enfants se fassent une préoccupation, ou, comme dit saint Paul, un dieu de leur ventre.
(i) M»r PlCRENOT, Op. Cit., pp. 175-176.
2° Leur rappeler qu'ils ne doivent pas vivre pour manger, mais qu'ils ne doivent manger que pour vivre: il ne faut pas que l'homme descende jusqu'aux aliments, mais qu'il élève les aliments jusqu'à lui.
3° Faire remarquer que la gourmandise devrait être laissée aux animaux qui n'ont pas d'âme.
Les Spartiates enivraient des esclaves pour inspirer a la jeunes devant laquelle les malheureux faisaient mille extravagances, l'horreur de l'ivrognerie et l'amour de la vertu contraire.
Les Spartiates avaient tort: il ne faut jamais faire le mal pour qu'il en résulte un bien.
Mais quand, par hasard, vous rencontrez quelque personne dans ce triste état, quand l'excès du boire et du manger amène quelques inconvénients fâcheux pour la dignité de l'homme, profitez-en pour donner une leçon à vos chers enfants. Rappelez-leur Esaii vendant son droit d'aînesse, et sacrifiant à son appétit déréglé le plus beau des privilèges (1).
Les enfants sont-ils capables de se retenir et de se modérer euxmêmes?
Le Bréviaire nous raconte que. le vendredi, saint Nicolas ne prenait le lait de sa nourrice qu'une seule fois, vers le soir, bien qu'il le fit très souvent les autres jours, comme les enfanls ordinaires.
C'est là un miracle sur lequel les parents ne doivent pas compter : c'est à eux d'y suppléer.
Qu'ils s'appliquent donc à bien diriger leurs enfants, ces nouveaux arrivés au banquet de la vie.
Comment faut-il aider les enfants?
l°En évitant la recherche;
2° En exerçant à la sobriété, à la tempérance:
3°En habituant aux sacrifices.
Pourquoi dit-on qu'il faut éviter la recherche?
Parce que c'est un grand service à rendre aux enfants et une excellente habitude à leur faire prendre, que de les accoutumer à manger de tout, et à n'avoir de répugnance particulière pour aucun des aliments qui leur sont présentés.
(H M«' Pichenot, op. cit., p. 177.
En quoi consiste la sobriété?
La sobriété n'impose pas la privation du nécessaire. Au contraire, les enfants, autant que possible, ne doivent manquer de rien. Après tout, ici, comme en beaucoup d'autres choses, il n'y a que l'excès qui soit condamnable.
Mais une fois les vrais besoins satisfaits, il faut savoir refuser et résister à des besoins factices qui ne sont guère autre chose que des manifestations de gourmandise.
Sans doute, les enfants ont besoin de prendre des aliments plus fréquemment que les grandes personnes, mais s'ils peuvent manger entre les repas de leurs parents, qu'ils s'habituent à ne point manger entre les leurs.
Quels sont les sacrifices qu'on peut faire faire aux enfants?
On les habitue à se priver quelquefois des choses permises.
On ne leur accorde pas toujours ce qu'ils demandent ni autant qu'ils voudraient, etc. (Voir ce que nous avons dit dans le chapitre du sacrifice, p. 313).
Quelle est l'importance de ces sortes de sacrifices pour la formation chrétienne des enfants?
1 II y a un principe qui dit qu'il faut rester de temps en temps en deçà de la satisfaction du besoin pour ne pas être entraîné au delà.
2° De plus, la pénitence est une des premières vertus chrétiennes, et l'Eglise nous en impose de temps en temps des actes positifs, sous peine de péché grave; il faut donc que l'enfant soit entraîné dans cette voie, si on veut qu'il ait le tempérament catholique; sans ce soin, il ne comprendra et ne pratiquera que difficilement les obligations ecclésiastiques du jeûne et de l'abstinence.
Article VI. — La colère.
« Nous ne pouvons pas faire les hommes tels que nous les voudrions; il faut les supporter tels qu'ils sont et tirer d'eux le meilleur parti possible. » (1) Qu'est-ce que la colère?
C'est ce « mouvement impétueux de l'âme qui porte à repousser avec violence ce qui déplaît. Les injures, les
(i! Marc-Aurèle.
l'éducation morale 411
imprécations, filles de la colère, sont l'éclat d'un orgueil qui
ne sait plus rien ménager, qui s'exaspère contre ce qui le
blesse, et cherche à tout prix une brutale supériorité (1) ».
C'est une « passagère démence », une « courte folie » (2).
Ce défaut est-il fréquent chez les enfants?
Très fréquent : on dirait même qu'il leur est naturel.
Quand l'enfant est en danger, la colère est un moyen de préservation et de défense, et peut-être une accusation d'imprudence à l'adresse de ses parents.
Quand l'enfant est aux prises avec quelque difficulté que sa faiblesse ne peut surmonter, la colère est un appel au* secours ou un acte de dépit : c'est par des larmes et des cris qu'il se venge de son impuissance.
Quand lenfant ne veut pas céder, sa résistance se traduit par la colère; ses caprices ont en elle leur meilleur auxiliaire; et presque toutes ses discussions avec des camarades aboutissent au déchaînement de la même passion.
Comment faut-il se comporter avec ce défaut?
1° Il faut éviter tout ce qui peut le provoquer. 2° Il faut habituer l'enfant à la patience. 3° Pendant la crise, si crise il y a, il faut garder son calme. 4° Après la crise, il faut en tirer, pour soi et pour les enfants, les conclusions utiles.
Quelles sont les causes excitant la colère chez les enfants?
1° Ce sont les moqueries et les taquineries par lesquelles on relève maladroitement ce défaut.
2° Ce sont les encouragements à dire de petites injures, ou à donner des coups aux personnes qui les contrarient ou aux choses qui les heurtent.
Xerxès, roi des Perses, fit battre de verges et marquer d'un fer rouge la mer qui avait osé engloutir sa flotte.
C'était ridicule et enfantin.
L'enfant qui commence par frapper un meuble, parce qu'il a eu l'imprudence de se heurter contre lui, frappera bientôt son frère qui
(i) Bi« Dupanloup, De l'éducation, t. III, p. kio.
(2) M«* Pichenot, Traité pratique de l'éducation maternelle, p. 180.
lui fait obstacle, sa mère elle-même quand elle croira devoir lui résister iii.
Comment peut-on habituer les enfants à la patience?
D'une manière générale en développant leur capacité de souffrir; et donc :
ic En les formant, dés le berceau, à supporter les peines et les contraditions;
1 En les exerçant à pardonner facilement, et à se réconcilier joyeusement;
3° En leur apprenant à accepter, sans se plaindre, un refus et une privation;
4 En les soumettant au joug de la crainte de Dieu, de leurs parents et de leurs maîtres;
5° En leur faisant aimer et pratiquer l'abnégation et la dépendance.
Uu'arrive-t-il si l'enfant a été choyé, adule, gâte'/ Si l'enfant a été habitué à une vie facile, s'il a vu tous ses désirs ordinairement satisfaits et tous ses caprices obéis, il devient impérieux, despote, irascible, odieux et insupportable.
Il fait penser à ceux dont parle l'Esprit-Saint quand il dit : La pierre est lourde et le sable est pesant : plus que l'un et l'autre pèse la colère de l'insensé 2 .
Comment faut-il se comporter pendant la crise? Il faut d'abord et toujours garder son calme. L'avantage est double :
Ie II constitue une leçon de choses nécessairement utile à l'enfant.
2 II laisse intactes la réflexion et, par elle, la sérénité dans la détermination des mesures à prendre.
Quelles sont les mesures qui peuvent être prises en semblable occurrence?
i° Si l'enfant est jeune, un regard sévère, un ordre brusque, la Dunition de l'enfermer peuvent donner de bons résultats.
(i) Mi' Piccenot, op. cit., p. 181.
(2) Prov., xxmi, 3.
l'éducation morale 413
2° Si l'enfant a grandi, si les moyens susindiqués ne sont plus efficaces, il faut alors imiter Dieu qui, au dire de la Sainte Ecriture, dissimule souvent les péchés des hommes, pour ne pas être dans la nécessité de punir, et pour leur donner le temps du repentir et de la pénitence.
3 Si cependant les circonstances sont telles qu'il soit nécessaire d'intervenir, il faut faire la part du feu, et laisser passer la colère : Date locum irœ.
4° Généralement on ne doit pas perdre son temps à raisonner; la raison de l'enfant est absente : c'est d'ailleurs un principe, en médecine, qu'on ne donne pas de médicaments pendant l'accès de fièvre.
Que faut-il (aire après la crise.1
1° Il faut faire son petit examen de conscience d'éducateur : se demander si l'on s'est possédé suffisamment ; si les mesures prises ont été celles qu'il convenait de prendre; si les prévisions de succès n'ont pas été contredites par les faits.
î" Il faut aider l'enfant à faire son pelit examen de conscience d'éduqué.