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CHAPITRE II Les avantages de la volonté

Quiconque n'a pas de caractère u est pas un homme, c'est une chose. iChamfort,

Quels tout les avantages de la volonté?

Ils sont multiples :

1° La volonté prévient ou corrige l'irrésolution. * 2° La volonté contribue à la formation de l'intelligence. 3° La volonté donne la maîtrise de soi. 4° La volonté assure l'autorité sur le monde extérieur. o° La volonté conduit l'homme au but qu'il veut et qu'il doit atteindre.

Article I. — La volonté prévient ou corrige Pirrésolution.

« L'état le plus misérable est de n'avoir pas la force de vouloir. » (2)

Qu'est-ce que l'irrésolution ?

C'est le défaut de ceux qui ne savent pas se décider; qui, après avoir pris une décision, se laissent impressionner par

(i) J. Guibert, Formation de la volonté, p. I-3-U. (2) Cité par J. Guibert, Le Caractère, p. m.

les raisons qui militent en fayeur de la décision contraire; qui reviennent sur leur première résolution pour passer à une autre, sans que l'on puisse jamais être bien sûr qu'ils ne reviendront pas à la première ou ne s'attacheront pas à une troisième (1).

L'homme, sans arrêt dans >a course inseï

Voltige meessamment de pensée en pensée: Son cœur, toujours flottant entre mille embarras. m Mi ce qu'il vent ni ce qu'il ne veut pas (2).

Ce défaut est-il nu partant y

Les moralistes, trop souvent, n'y voient qu:un (? avers; les auteurs dramatiques, un ridicule à exploiter.

En réalité, l'irrésolution est « un défaut qui fait rire ceux qui le regardent, et pleurer ceux qui en sont atteints » 3 .

C'est même plus qu'un défaut ;

.le serais un'^iu- tenté de rappeler nu vice

est une maladie gui se mêle u tous les actes de la vie. éclate dans

plus petitev circonstances comme dans les plus grandes, et fait

le tourment non seulement de celui qui en est trappe, mais des &ens

qui l'entourent, et enfin, pour tout exprimer <-n un moi. le paralv^.

le martyrise, le ridiculise

Cette irrésolution r^siste-t-elle a une volonté bien formée? Non, puisque la décision est la première condition d'une volonté sérieuse.

L'homme de volonté prévoit, étudie, attend parfois: s'il béa suite, et, lorsqu'il est informé, ilichoisit <4i.

Article IL — La volonté contribue à la formation de l'intelligence.

u J.a vuiouk- t-^t une main avec laquelle on plie au dedans ■ le soi tout ce quron veut

Gomment l'intelligence dépend-elle de la volonté? En ce sens que la formation de l'intelligence suppose l'attention et l'application, vertus douloureuses qui ne peuvent

11) Pour la description du type, voir E. Lcgouvé, Nos Jitles et nos f;!<. [». ii4

1^2) Boileau. Satires, VIII.

.'3, E. Legouvé, op. cit., pp. 3i3-8ïye323.

(4) J. Guibert. La formation de la volonté, p. 8.

• 0) Joubert. Pmspe.i;.

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se maintenir que par effort, ei conséquemmenf avec le concours de la volonté.

Article fff. — La volonté donne la maîtrise de soi. Et l'on sait qu'un grand cœur - i tuai temps.

(COMTBILLK.

Quelle est l'importance de cette mmtrise de soi/

\° Elle corrige les défauts ou les excès de notre nnlure.

Presque tous les hommes se rangent en deux catégories : les apathiques et les excessifs.

Chez les uns. l'impulsion fait défaut les ressources vitales restent ensevelies dans L'inaction. L'activité ne monte pas a la hauteur du devoir (i).

-Chez les excessifs. L'impulsion est. au contraire, violente, dés donnée, comme la fougue indomptée de ces attelages que te mors ne gouverne pas (2).

La maîtrise de soi, qui est l'œuvre de la volonté, éveillera « dans les heures d'apathie, les énergies assoupies», et « dans les heures d'excitations désordonnées, apaisera et bridera les passions, en canalisant, dan< la [igné dn devoir, les activités fécondes dont l'âme déborde » fS).

2r Elle produit l'équilibre, l'harmonie et la constance.

Le plus valeureux capitaine peut n'être qu'une femme l»' lendemain de la victoire, et ses cicatrices np couvrir qu'un caractère débile el sans portée <3i.

Quelle est. la beauté de cette maîtrise de soi/

S'il est vrai de dire, avec Blackie f4'>que : •< la vraie die ni té de l'homme est dans ce qu'il est er non dans ce qu'il nous sommes obligés de conclure que seuls ceux qui ont conservé ïa maîtrise d'eux-mêmes jouissent de quelque dignité et de quelque grandeur, car seuls ils s'appartiennent, seuls ils produisent, seuls ils acquièrent, seuls ils sont capables de grandes choses.

. Comment arrivfrt-on d'ordinaire à cette maîtrise de soi/

Par l'affirmation catégorique de l'autorité, chaque fois qu'il y a lieu de l'exercer.

(i) Cette « langueur d'âme » ou « aboulie , cette horreur de CefTori . st, au dire de M. Payot (L'éducation de la volonté, 6' édition, p. 4>, la maladie de la volonté la plus universelle et la plus dangereuse.

(2) .1. Guibert, op. cit., p. 'i.

(3) Lacordaire.

(4) L'éducation de soi-même, p. 83.

Quand un supérieur se présente devant ses subordonnés, un professeur devant ses élèves, par exemple, il décide, le premier jour, par son attitude, du degré d'autorité dont il jouira. Les élèves l'ont considéré, étudié, tâté : ils savent àquoi s'en tenir.

De même, la volonté doit, à la première rencontre un peu sérieuse, affirmer son autorité sans hésitation, avec promptitude, par une sorte d'offensive brusquée.

Il est plus facile d'étouffer le premier désir que de satisfaire tous ceux qui le suivent (1).

Un jour qu'il (Garcia Moreno) se promenait à la campagne, un livre à la main, il se trouva en face d'un énorme rocher qui formait une voûte naturelle, sous laquelle les rayons du soleil ne pouvaient pénétrer. Profitant de cet abri pour prendre un instant de repos sans discontinuer sa lecture, il s'aperçut tout à coup que ce bloc gigantesque, suspendu au-dessus de sa tête, était presque entièrement détaché de sa base et pouvait, à la moindre commotion,' le broyer dans sa chute. Mû comme par un ressort, il s'élança d'un bond hors de cette dangereuse caverne. Mais aussitôt, rougissant d'avoir cédé a la peur, il retourna s'asseoir sous la roche branlante et y demeura durant une heure. Plusieurs jours consécutifs, afin d'assujettir l'instinct à la volonté, il revint faire sa lecture au même endroit. Evidemment, un homme de cette trempe ne reculera pas devant le poignard d'un bravo ni la fureur d'une assemblée (2).

Et la peur, cependant ?

La peur, c'est ce sentiment irraisonné, maladif, qui s'appelle communément le trac, l'alarme, les transes, l'affre, l'effroi, l'épouvante, et qui paralyse les esprits les plus positifs et les âmes les plus braves.

Auguste, le vainqueur d'Actium, avait peur quand grondait l'orage; Turenne avait peur la veille d'une bataille; Napoléon eut peur le 18 brumaire.

Que faut-il penser de la peur ?

i° On peut la considérer comme étant « surtout un état physique » (3).

2L On peut être certain quelle est très répandue :

J'estime que ceux qui pourraient dire n'avoir jamais eu peur ne pourraient être que les myopes qui n'ont jamais pu voir le danger, ou ceux qui iront pas pu en comprendre la menace (4).

(i) Franklin.

(a) R. P. Berthe, Garcia Moreno, t. 1", p. n3-i (3) Em. Bouihoux ', D" Lucas Championnjère.

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3° On peut penser quelle n'est pas incompatible avec le

courage.

M. Frédéric Passy conte cette anecdote : Un colonel interrogeait un jour, après l'une dès plus grosses émeutes du règne de Louis-Philippe. un jeune soldat qui. surpris par quelques insurgés, et sommé de livrer les armes du corps de garde, avait énergiquement résisté.

— J'avais bien peur, mon colonel, disait-il naïvement, mais j'avais ma consigne.

— Vous aviez peur, mon ami, répondit le colonel; et vous avez fait votre devoir tout de même. Vous êtes un brave, vous, un vrai brave !

4° On doit penser qu'elle disparait dans l'action.

Je ne connais guère d'autres batailles que celles de la tribune et de la barre, écrit M. Raymond Poincaré. mais si je vous disais que je les affronte sans peur, vous ne me croiriez pas, et vous auriez raison. Le remède est. d'ailleurs, le même partout : aller de l'avant et se battre. On a peur, l'arme au pied, avant le combat ; on a peur en demandant la parole ; on n'a plus peur en faisant le coup de feu : on n'a plus peur en prononçant un discours.

Et M'r Duchesne formule la même pensée en ces quelques mots « Quand on lutte, on n'a pas peur. »

Article IV. — La volonté assure l'autorité sur le monde extérieur.

« On soulève un peuple avec des opinions, on ne le gouverne que par son caractère. »

(De Bonald.)

En quel sens les hommes de volonté ont-ils « autorité sur le monde extérieur » ?

1° En ce sens que « tout plie devant les fortes volontés, jusqu'aux éléments sans vie et aux forces brutales. Grâce à la persévérance dans le travail et à la ténacité dans les projets, la nature livre à la volonté humaine ses secrets et ses ressources ; c'est pourquoi on a pu dire que le génie est une longue patience, et il est certain que la volonté n'a pas moins de part que l'esprit dans les plus belles découvertes et les entreprises les plus hardies (1).

2° En ce sens que, ni les mauvais exemples des gens sans foi et sans loi; ni le respect humain; ni les attraits du plaisir; ni les séductions du monde ; ni la crainte des diffi-

(i) J. Guibert, op. cit , p. 6. — Cette pensée paraîtra à plusieurs quelque peu exagérée : nous ue sommes pas lois de partager leur avis.

cultes dans l'accomplissement du devoir, ne sont capables d'influencer leur décision, ou de la changer, ou d'en arrêter lexécution, une fois qu'elle est sérieusement prise.

Article V. — La volonté conduit au but.

<■ il u'esî pas mi <ie nous qui n'ait en lui la racine d'un saint r;u d'un scélérat. »

(Lacovwuub.)

Quel rapport y a-(-il entre la volonté et le bat à atteindre?

Quand la volonté est bien formée, le rapport est intime et presque absolu !

Quand on veut, on huit toujours par pouvoir. |

Quand on dit : «Je veux » ; quand, sous l'impulsion de cette parole, on se met sans retard à l'œuvre; quand on commence; quand on continue ce qu'on a commencé; quand on reprend, tous les jours, ce qu'on a commencé et continué: quand on fait cela, on se convainc de la puissance de ce mot : s Je veux », et on se rend compte que cette puissance est équivalemment irrésistible.

ïe veux »j c'est le mot le plus rare qui soit au inonde, bien qu'il soif le plus fréquemment usurpé, et quand un homme en a le secret terrible, qu'il ->oil pauvre et le dernier de tous, soyez sûrs qu'un jour • trouvère-/ plus haut que vous; ainsi fui Gesar (i).

Section II

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