EXPLICATION DE L'ORAISON DOMINICALE
INSTRUCTION Jr.
De la nécessité de la prière.
L'usage de la prière est si nécessaire à tout chrétien, qu'il nous est recommandé, non comme un simple conseil, mais comme un précepte qui nous oblige. Notre-Seigneur nous marque assez cette obligation, quand il dit (Luc. 18. 1.) qu'il faut toujours prier et ne se poini lasser de le faire. Et l'Eglise, notre bonne Mère, avant que de chanter l'oraison dominicale après la consécration, dit par forme de préface ces paroles, qui déclarent que la prière est de précepte : Etant avertis par des préceptes salutaires, et formés par une instruction divine, nous osons dire ces paroles : Notre Père, qui êtes dans les cieux ; que votre nom soit sanclifié, elc.
Nous serons facilement persuadés de la nécessité de la prière, si nous jetons les yeux sur notre propre indigence, tant des biens de la nature que de ceux de la grâce : car nous n’avons rien de nous-mêmes, et cependant nous avons besoin de tout. C’est de Dieu que nous devons tout attendre et espérer; et comme il ne nous doit rien, notre unique ressource est la prière. Si nous le prions, il nous enrichira de ses biens, car il est toujours disposé à nous donner; et
il est écrit (Matth. 7. 7.) : « Demandez, et vous recevrez » l'effet de votre demande. »
C'est pourquoi, les Apôtres ayant supplié Notre-Seigneur de leur apprendre à prier comme saint Jean l'avait appris à ses disciples; ce divin Maitre leur mit en la bouche les paroles de l'oraison dominicale, par lesquelles nous demandons en abrégé toutes nos nécessités spiri- - tuelles et corporelles.
La prière est une marque et un signe de religion, que l'Ecriture compare au thymiame et à l’encens, dont l'odeur et la fumée s'élèvent au ciel si tôt qu'on les met sur le feu. Ce qui faisait dire au Prophète (Ps. 140. 2.), dans le désir qu'il avait que sa prière fût agréable à Dieu : « Que ma » prière, Seigneur, s'élève en votre présence comme une » fumée de bonne odeur. » Et saint Jean (Apoc. 8. 3.) « vit un ange qui vint se mettre devant l'autel, tenant en * Sa main un encensoir d'or ; et on lui donna une grande - quantité de parfums, afin qu'il les offrit avec les prières » de tous les saints, sur l'autel d'or qui est devant le trône : » et la fumée des parfums jointe aux prières des saints » s'élevant de la main de l’ange, monta devant Dieu. » Et le même apôtre (Ib. 5. 8.) aperçut dans une autre vision vingt-quatre vieillards qui se rrosternèrent devant l’Agneau, ayant chacun des harpes et des coupes d'or pleines de parfums. Et ce saint apôtre expliquant lui-même quels étaient ces parfums, il dit que c'étaient les prières des saints.
La prière des saints, c'est-à-dire des justes, monte donc au ciel pour exposer à Dieu les désirs de notre cœur, et pour faire descendre ses miséricordes selon nos besoins. La terre est basse, le ciel est haut, et tous deux sont fort éloignés l'un de l’autre : Dieu néanmoins entend le langage de la prière. Il l'entend lorsqu'elle est encore dans notre bouche, et même lorsqu'elle est encore dans le désir de notre cœur; car il dit par un prophète (Isaïe. 65. 24.) :
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« Avant que vous me priiez et que vous m'invoquiez, je » dirai : Me voici. »
On ne saurait estimer ni comprendre les biens infinis que nous nous attirons du ciel par la prière. Dieu nous donne avant toutes choses son Saint-Esprit, qui se rend le maître de notre cœur pour le gouverner selon ses volontés. Il nous donne le secours dans nos tentations, la victoire dans nos combats, la grâce pour faire toutes sortes de bonnes œuvres, l’aversion du mal, l'amour pour le bien, et une joie sainte et spirituelle qui est comme un gage et un avant-goût de celle du ciel, comme Notre-Seigneur nous l'a promis (Joan. 16. 24.) : « Demandez et vous rece- » vrez, afin que votre joie soit pleine et ‘entière. » Par la prière, l’âme contracte une hardiesse sainte, par laquelle elle dit à Dieu tout ce qu'elle veut : elle n’a quasi plus de crainte, et elle dit à Dieu, avec une merveilleuse liberté, ce que le patriarche Jacob disait à l'ange qui luttait avec lui : « Je ne vous laisserai point aller que vous ne m'ayez » donné votre bénédiction (Gen. 32. 26.). » La prière nous
donne une foi vive, une espérance forte, et surtout une.
charité ardente et embrasée : car tout ainsi que ceux qui s'aiment sentent que leur amour se fortifie et s’enflamme, par les entretiens et par les propos familiers qu'ils tiennent ensemble, de même les âmes saintes et qui aiment Dieu, ressentent un nouveau feu dans leur cœur, lorsqu’elles parlent dans l’oraison à Celui qui n'aime pas seu-
‘ ment, mais qui est l'amour même; car comme dit saint
Jean : « Dieu est charité, et celui qui demeure en charité » demeure en Dieu, et Dieu demeureen lui (I. Joan. 4. 16.). »
Par la prière, Dieu à la vérité demeure en nous, et nous demeurons en lui; mais elle fait encore bien davantage, car nous unissant à Dieu, elle nous change d'une telle manière que nous devenons .un même esprit avec lui, comme témoigne saint Paul (I. Cor. 6. 17.), et, s'il faut ainsi parler, nous devenons d'autres lui-même : « Celui qui
» s'unit à Dieu, devient un même esprit avec lui. » C'est là le bien des biens, et déjà le paradis en terre. Mais plutôt l'âme est le paradis de Dieu, le trône de sa gloire, et la - demeure de la très-sainte Trinité : « Si quelqu'un » m'aime, dit Notre-Seigneur (Joan. 14, 23.), je l’aimerai » et mon Père l’aimora aussi; nous viendrons à lui et nous » ferons en lui notre demeure. Et le même Seigneur dit » ailleurs : Je prendrai mon repas avec l’âme qui garde » mes paroles. » Enfin, la prière est si pressante qu'elle lie les mains de Dieu, non-seulement à l'égard de celui qui la fait, mais encore à l'égard des autres, quoique grands pécheurs. « Laïisse-moi, » disait Dieu à Moïse qui le pressait de faire miséricorde à son peuple (Exod. 32. 10.); comme s’il eût voulu dire : Ta prière me lie les mains, et m'empêche de faire éclater ma colère; laisse-moi, donne-moi la liberté de me venger de l'injure qui m'est faite.
Ce qui nous doit extrêmement consoler, c'est que Dieu est si bon, qu'il nous accorde toujours l'effet de nos prières, Nous en avons tant d'exemples dans l'Ecriture, qu'il n’y a aucun lieu d'en douter : « Vous invoquerez le Seigneur, n dit Isaïe (58. 9.), et le Seigneur vous exaucera, vous le » réclamerez, et il dira, me voici. » Et le Prophète dit, parlant du juste (Ps. 90. 15.) : « Il m'invoquera et je l’exau- » cerai. » Et ailleurs (Ps. 444. 18.) : « Le Seigneur est » près de ceux qui l'invoquent et qui le prient; mais qui » l'invoquent et qui le prient en vérité. Il fera la volonté » de ceux qui le craignent, et il leur accordera ce qu'ils » lui demandent. » Nous lisons encore dans l’'Ecclésiastique (3. 4.) : « Celui qui aime le Seigneur demandera par- » don de ses péchés, il s'en abstiendra, et Dieu exaucera » ses prières. » Mais, il n’y a point de témoignage plus clair et plus précis que celui de Notre-Seigneur, quand il dit (Marc. 41. 24.) : « Je vous le dis et vous l’assure; » quoi que cesoitque vous demandiez dans la prière, croyez » que vous l'obtiendrez ; et il vous sera accordé. »
: lui. » C’est e. Mais plusa gloire, et Si quelqu'un je l’aimerai à lui et nous Seigneur dit le qui garde sante qu'elle de celui qui ique grands qui le pressait 10); comme 18, et m'emi, donne-moi aite.
est que Dieu nos prières, e, qu’il n'y à le Seigneur, era, vous le Prophète dit, et je l'exau- Seigneur est nt; mais qui a la volonté ra ce qu'ils "Ecclésiastiandera parpu exaucera bignage plus r, quand il s l’assure:
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Ce qui est encore plus considérable, c'est que Dieu est si bon et si libéral envers nous qu'il ne nous donne pas seulement ce que nous lui demandons, mais qu'il nous donne même plus que nous ne lui demandons. Nous en avons l'exemple dans la conversion de l'enfant prodigue qui, étant rentré en lui-même et ayant reconnu sa faute, alla prier son père de le recevoir au nombre de ses valets, mais ce père plein de miséricorde le reçut au nombre de ses enfants, et le préféra même en quelque façon aux autres, en sorte que l'aîné ne put s'empêcher de faire ses plaintes et d'en murmurer.
Que s’il arrive quelquefois que nous ne recevions | pas l'effet de nos prières, c'est peut-être que ce que nous demandons nous est inutile ou contraire à notre salut : ainsi Dieu nous fait une grâce et une miséricorde de nous le refuser. Notre prière néanmoins n’est pas sans effet, parce que si Dieu ne nous donne pas ce que nous lui demandons, il nous donne quelque autre chose qu’il sait nous être plus convenable et plus utile. C'est ainsi qu'il refusa aux deux enfants de Zébédée, les deux premières places de son royaume, qu'ils lui avaient demandées, en leur disant (Matth. 20. 22.) : « Vous ne savez ce que vous demandez, » Mais il leur accorda une autre chose qui leur fut bien plus utile, savoir, de boire avec lui le calice des souffrances.
Il arrive encore quelquefois que ce que Dieu refuse à 208 prières est saint et nécessaire à notre salut; mais nous ne le demandons pas comme il faut. Nous le demandons peut-être avec négligence, sans dévotion, et même dans un état de péché qui oblige Dieu de fermer les oreilles à nos paroles. C’est ainsi qu'en parle saint Jacques (4. 3.) : “ Vous n'avez pas ce que vous tâchez d'avoir, parce que » vous ne le demandez pas à Dieu; ou si vous le deman- » dez, vous ne le recevez pas, parce que vous le demandez » mal. Vous demandez pour avoir de quoi satisfaire à vos » passions et à vos plaisirs. »
CAT. M, INC. 18
Des parties de la prière.
Les saints Pères reconnaissent deux principales parties de la prière, qui sont la demande et l’action de grâces, lesquelles néanmoins comme deux sources fécondes, se divisent en plusieurs autres membres ou parties subordonnées. Dieu même marque ces deux chefs de la prière dans ce passage du Prophète (Ps. 49. 15.) : « Priez-moi » au temps de votre afliction; je vous en délivrerai et » vous m'en donnerez la gloire. » Quand il dit : Priezmoi, il indique la demande; et quand il ajoute : Vous m'en donnerez la gloire, il marque l’action de grâces.
Quant à la prière, le plus haut et le plus parfait moyen de prier est celui où s’attachent les âmes justes et qui ont du zèle pour leur salut et pour leur avancement dans les voies de la grâce. Il consiste en ce que, étant appuyées sur le fondement solide de la foi, elles montent de degré en degré, jusqu'à ce qu’elles parviennent à un certain état où elles peuvent contempler la puissance infinie de Dieu, sa bonté immense, sa sagesse souveraine, sa grandeur incompréhensible, et ses autres perfections adorables. De là, elles espèrent facilement, et avec une pleine confiance, qu'elles recevront de la bonté de Dieu tout ce qu'elles lui “emanderont pour sa gloire et pour leur salut.
‘vec cette foi et cette espérance, l'âme juste s'élève de le terre comme avec deux ailes, et elle vole jusque dans le ciei, où elle loue et glorifie Dieu pour tous les biens qu’elle voit en lui, et pour tous ceux qu'il répand hors de lui dans les créatures. Cette façon de prier nous est marquée dans
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les saintes Lettres, et le Prophète nous l'enseigne, quand il dit (Ps. 61. 9.) : « Epanchez vos cœurs en la présence » du Seigneur. Mettez en lui tous vos soins et toute votre » confiance. » Et il dit ailleurs, parlant de lui-même (Ps. 141.3.) : « Jo répands, Seigneur, ma prière en votre pré- » sence, et j'expose devant vous toutes mes afilictions. » Et un autre prophète dit (Lament. 2. 19.) : « Levez-vous » la nuit et dès le commencement des veilles afin de louer » Dieu. Répandez votre cœur comme de l’eau en la pré- » sence du Seigneur ; élevez vos mains vers le ciel pour » prier. » Ces deux prophètes nous apprennent par cette façon de parler, que celui qui prie comme il faut n'a rien de caché, mais qu'il répand son cœur avec sa prière, et qu'il se jette avec confiance entre les bras do Dieu, comme d'un Père très-aimable, qu'il voit disposé à lui accorder tout ce qu'il lui demande.
Il y a une autre façon de prier, qui est propre à ceux qui sont en péché mortel. Ils tâchent de s'élever à Dieu par la foi qui leur reste, mais comme c’est une foi morte, elle a peu de pouvoir : leurs forces sont tellement affai. blies qu'ils ne peuvent s'élever au-dessus de la terre. Si néanmoins, ils entrent dans leur conscience, s'ils reconnaissent leurs fautes, s'ils en ont de la douleur, s'ils s’humilient devant Dieu pour lui demander pardon, et s'ils joignent la pénitence à leur foi, leur prière ne sera pas rejetée de Dieu. Notre-Seigneur même les invite à cela, et dans le désir qu’il a de les relever et de les attirer à lui, il dit (Matth. 41. 28.) : « Venez à moi, vous tous qui tra- » vaillez, qui êtes chargés du poids de vos péchés, et je » vous soulagerai. Du nombre de ceux-là fut le publicain, qui, accablé du poids de ses péchés, n’osait seulement lever les yeux vers le ciel. C’est pourquoi il joignit la douleur à sa prière et se frappant la poitrine, il disait (Luc. 48. 43.) : « O Dieu, soyez favorable à moi, pécheur. » Sa prière fut reçue dans le ciel, etil s'en retourna absous dans sa maison.
Il y a une troisième espèce de prière, qui se remarque en ceux qui n'ont pas encore entièrement reçu la lumière de la foi, mais qui, usant bien de celle de la raison, par un effet particulier et secret de la bonté de Dieu, désirent de connaître la vérité, et pour cet effet font des prières à Dieu, donnent des aumônes, et pratiquent d'autres semblables: bonnes œuvres. Dieu vient à leur secouÿs, il reçoit leur prière, et il leur donne ce qu'ils demandent, comme nous le voyons dans le centenier Corneille qui faisait, quoique païen, les bonnes œuvres dont je viens de parler, et à qui Dieu envoya saint Pierre pour l’instruire dans la foi. Ce saint apôtre lui dit (Act. 40. 31.) : « Corneille, votre » prière a été exaucée, et Dieu s'est souvenu de vos au- » mônes. » L'ange lui avait dit la même chose lorsqu'il lui apparut et qu'il lui commanda d'envoyer quérir saint Pierre : « Vos prières et vos aumônes sont montées jusqu'à Dieu, » et il s'en est souvenu (Ib. 10. 3.). » Ces paroles marquent clairement la troisième espèce de prière dont nous parlons.
Il y en a encore une quatrième espèce qui est de ceux qui, ayant la conscience chargée de péchés, bien loin d’en faire pénitence, ajoutent péchés sur péchés et crimes sur crimes, et dans cet état, ils n'ont pas de honte de paraître devant Dieu et de le prier. Tels sont les chrétiens qui sont en péché mortel, et qui, demeurant volontairement en cet état, osent bien dire l'oraison dominicale et faire d’autres prières, quelquefois plusieurs fois le jour, Tel était encore le détestable Antiochus dont l'Ecriture parle ainsi (II. Mach. 9. 13.) : « Ce roi impie et scélérat priait Dieu, » duquel néanmoins il ne devait recevoir nulle miséri- » corde. » Le texte remarque que, encore qu'il priât, il n’y avait point de miséricorde pour lui; car, comme dit l'Evangile (Joan. 9. 31.) : « Dieu n'exauce point les » méchants; mais si quelqu'un l'honore et fait sa volonté, »n c'est celui-là qu'il exauce. »
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Les trois premières espèces d'oraison méritent proprement ce nom; mais cette dernière mérite plutôt le nom d'insulte que celui de prière. N'est-ce pas une insulte et un outrage, de demander quelque grâce à une personne à qui l'on donne actuellement le coup de la mortf C'est ce que fait un chrétien qui prie Dieu de lui faire des faveurs, et qui est actuellement dans des péchés mortels, où il veut persévérer, et dont il ne veut pas faire pénitence.
Des trois premières espèces d'oraison, la première est la plus sainte et la plus parfaite, parce qu'elle est uniquement fondée sur la grâce. L'âme qui s’y applique fait de grands progrès dans la voie des saints, parce qu'elle est toute pénétrée de l'onction sainte de la divine union : de cette onction, dis-je, qui lui enseigne tout ce qu'elle doit faire, et qui lui donne de la facilité et même du plaisir à le faire. C’est ainsi qu'en parle le Disciple bien-aimé (I. Joan. 2. 20.) : « Pour vous, mes petits enfants, vous avez * reçu l'onction du saint et vous connaissez toutes choses. » L'onction que vous avez reçue du Fils de Dieu demeure » en vous, et vous n'avez pas besoin que personne vous » enseigne ; mais comme cette même onction vous enseigne » toutes choses et qu'elle est la vérité, vous n’avez qu’à » demeurer dans ce qu'elle vous enseigne. »
L'action de grâces est l’autre partie de la prière. Et il n'y a rien de si juste que de remercier Dieu des bienfaits que nous recevons continuellement de sa bonté. C'est pourquoi lorsqu'à la sainte messe, le prêtre élève sa voix pour dire : Rendons grâces au Seigneur notre Dieu; tout le peuple répond : C'est une chose très-digne et très-juste. Notre- Seigneur nous a donné l'exemple de cette façon de prier; car lorsqu'il voulait demander quelque chose à son Père, il commençait ordinairement sa prière par l’action de graces : comme quand il voulut multiplier les sept pains pour en repaître quatre mille personnes, il commença sa prière en rendant grâces à son Père (Marc. 8. 6.). Il fit de même 18*
CAT. M. INC.
quand il ressuscita Lazare (Joan. 44. 41.). Et encore quand il institua le sacrement de son corps et de son sang (Matth. 26. 26.).
Il faut rendre grâces à Dieu des bienfaits en général qu'il a faits aux hommes, particulièrement de nous avoir donné son Fils pour nous racheter, d’avoir institué la sainte Eglise, de lui avoir enseigné les moyens de parvenir au ciel, de lui avoir donné les règles de bien vivre, de l'avoir fortifiée des sacrements, de l’avoir protégée jusqu'à présent -contre tous ses ennemis visibles et invisibles, e: même de l'aimer jusqu'à la prendre pour son Epouse, en sorte que toutes les âmes qui se conservent dans sa grâce et qui tâchent de lui plaire, se peuvent glorifier d’être les épouses de Dieu.
Il faut encore rendre grâces à Dieu des faveurs qu'il a faites à ses saints, des victoires qu'il leur a fait remporter sur les démons et sur les tyrans, des grandes vertus qu'ils ont pratiquées par sa grâce, et dont ils nous ont laissé l'exemple, de nous les avoir donnés pour protecteurs et patrons, et de l'honneur qu'il leur fait rendre dans ce monde, outre la gloire qu'il leur donne dans le ciel.
Surtout il faut le remercier des faveurs immenses et extraordinaires qu'il a faites à la très-sainte Vierge, lesquelles surpassent tout ce qui se peut imaginer ; particulièrement de l’avoir choisie entre toutes les créatures pour être la Mère de son Fils; de nous l'avoir donnée pour Mère, et de la gloire prodigieuse sn il la couronne dans le ciel et sur la terre.
Enfin, il faut le remercier des grâces et des faveurs que nous avons tous reçues en notre particulier, comme de nous avoir faits chrétiens et enfants de la sainte Eglise catholique, de nous avoir donné un bon ange pour nous garder, de ne nous avoir pas envoyé la mort lorsque nous étions en état de péché mortel, de nous avoir donné le sentiment de la vertu et de notre salut, de nous donner la
2ore quand son sang
an général nous avoir 1é la sainte rvenir au
de l'avoir l'à présent même de sorte que ice et qui es épouses
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menses et ergo, les- ; particu-
grâce et la force de pratiquer de bonnes œuvres dans les occasions, et de nous faire mille grâces secrètes qui ne sont connues que de nous, sans parler d'une infinité d'autres qui nous sont cachées. Cette façon de prier est très-puissante et très-efficace, parce que la reconnaissance des grâces reçues oblige Dieu en quelque façon de nous en faire de nouvelles.
Des dispositions pour bien prier.
L'Ecriture nous avertit (Eccl. 18. 23.) de « préparer » notre âme avant que de nous présenter à la prière, de » crainte que nous n’imitions ceux qui s’approchent de » Dieu plutôt pour le tenter que pour le prier. » Car celuilà tente Dieu qui croit bien prier et qui fait le mal, et qui a un cœur éloigné de sa divine majesté lorsqu'il lui parle des lèvres. Fe
La disposition qu'il faut apporter à la prière, consiste principalement dans l'éloignement du vice et dans la pratique de la vertu : car il y a certains vices qui obligent Dieu de détourner la vue de ceux qui le prient, et il ya des vertus qui le forcent, s’il faut ainsi parler, de les voir et de les écouter. |
Le premier vice dont l'âme doit être pure est la violence, la rapine, l'exaction, l'injustice exercée contre le prochain. Dieu même l'a déclaré par la bouche du prophète Isaïe (1. 15.) : « Lorsque vous lèverez la main pour me » prier, je détournerai mes yeux de vous : et quand vous » multiplierez vos oraisons, je ne. vous exaucerai point ;
» parce que vos mains sont pleines de la substance et du » sang de votre prochain. » |
Il faut encore éviter la dissension, la colère, l'emportement, comme témoigne l'Apôtre (I. Tim. 2. 8.) : « Je » veux que les hommes prient en tout lieu, levant au ciel » des mains pures sans colère ni dissension. »
Notre-Seigneur nous apprend dans l'Evangile (Marc. 11. 25.) que si nous voulons être exaucés de son Père, nous devons porter à l'oraison un cœur dégagé de haine et d’aversion envers le prochain, et une conscience qui ne soit chargée d'aucune injustice ni d'aucune injure qu'on lui ait faite : « Lorsque vous vous présentez pour prier, si » Vous avez quelque chose contre votre prochain, pardon- » nez-lui, afin que votre père qui est dans le ciel vous par- » doni.e aussi; si vous ne pardonnez point, votre Père » qui est dans le ciel ne vous pardonnera point non plus » VOS offenses, »
C'est encore un grand obstacle à la prière d’avoir une âme dure et impitoyable aux pauvres et aux affligés, comme nous l'apprenons de ce passage des Proverbes (21. 13.) : « Celui qui ferme les oreilles aux clameurs et aux prières » du pauvre afin de ne le point écouter, criera aussi et » priera, et je ne l’écouterai point. »
Quant à l'orgueil, ce fut toujours le sentiment des saints, et c’est aussi celui du Saint-Esprit, que c'est un empêchement des plus formels de la prière, et un des vices qui obligent davantage Dieu de fermer les entrailles de sa miséricorde à ceux qui le veulent invoquer. Voici comme parle cet Esprit saint par la bouche d’un apôtre (Jac. 4. 6.) : “« Dieu résiste aux orgueilleux; et il donne sa grâce aux » humbles, »
Mais le plus grand empêchement de la prière, est le mépris que l'on fait de la parole de Dieu. Et il est bien juste que si nous n'écoutons pas Dieu quand il nous parle, il ne nous écoute pas aussi quand nous lui parlons. C'est
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re, l'empor- >, 8.) : « de svant au ciel
agile (Marc.
le son Père, é de haine et ience qui ne jure qu'on lui our prier, si ain, pardoniel vous parvotre Père oint non plus
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int des saints, un empêchedes vices qui es de sa misécomme parle (Jac. 4. 6.) :
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rière, est le Et il est bien 1 nous parle, iarlons. C'est
pourquoi il dit (Prov. 28. 9.) : « Celui qui retire ses oreil-: » les et qui les ferme afin de ne point entendre ma loi, ne » sera pas écouté quand il priera, et son oraison sera exé- » crable en ma présence. »
Il faut pourtant remarquer que, quand nous disons que l'injustice, la rapine, la colère, la dissension, la haine :t l'aversion du prochain; la dureté de cœur envers les pauvres, l'orgueil, le mépris de la parole de Dieu, sont des empêchements de la prière, cela s'entend quand l'on prie et que l'on conserve tous ces vices dans le cœur, sans avoir dessein de s'en corriger. Mais quand ils déplaisent et que l'on s'approche de Dieu pour lui demander la grâce de les combattre et de les vaincre, tant s’en faut qu'il se retire et qu'il ferme les oreilles, qu'au contraire, il va au-devant de celui qui le prie, et il se fait un plaisir de l'écouter et de lui donner du secours.
Quant aux vertus qui disposent l'âme à l’oraison et qui portent Dieu à l'écouter, l'humilité tient le premier rang. L’Ecriture Sainte nous recommande cette disposition en une infinité d'endroits. Le Prophète dit (Ps. 101. 18.) : « Le Seigneur regarde les oraisons des humbles, et il ne » rejette point leur prière. » Et nous lisons dans l’Ecclésiastique (35. 21.) : « La prière de celui qui s’humilie » pénètre les nues et monte jusqu’au ciel. » C'est donc une excéllente disposition pour être écouté de Dieu quand on le prie, d'être humble en son cœur et à ses propres yeux, de reconnaitre que l'on n'est rien de soi-même, et de demeurer aiusi anéanti en la présence de Dieu. Ce fut en cette manière que Judith fléchit le cœur de Dieu, et qu'elle dissipa les desseins que Nabuchodonosor avait de ruiner la ville de Béthulie et ensuite celle de Jérusalem. Car étant entrée dans son oratoire, revêtue d'un calice, couchée sur la cendre, et prosternée la face contre terre, elle parla ainsi à Dieu (9. 17.) : « Seigneur, qui avez toujours » méprisé les orgueilleux, et à qui les prières des humbles
».et des obéissants ont toujours été agréables; vous êtes » le Dieu du ciel, le créateur des eaux, ét le Seigneur de -» toute créature : écoutez-moi, Seigneur, moi misérable, » qui ose m'approcher de vous pour vous prier, et qui » espère tout de votre bonté et de votre miséricorde. » Une autre disposition pour la prière, et qui a du rapport à celle que je viens de dire, est la componction du cœur et la douleur de ses péchés. Nous en avons deux exemples dans l'Evangile. Le premier est celui du Publicain (Luc. 18. 13.), qui se tenait éloigné du Saint des Saints, s'estimant indigne de s'approcher de Dieu, et qui accablé du poids de ses péchés, n'osait pas même lever les yeux vers le ciel. Avec cette disposition de corps et d'esprit, il disait pour toute prière : « Seigneur, ayez pitié + de moi, de moi qui ne suis qu’un pécheur. » L'autre exemple est celui de cette femme pécheresse (Luc. ‘7. 37.) qui n'osait parler à Jésus-Christ, mais qui versa des larmes en assez grande abondance pour lui laver les pieds. L'un et l’autre reçurent l'effet de leur prière; car l’Ecri- -ture dit du premier qu’il s’en retourna justifié en sa maison; et Notre-Seigneur dit à l’autre : Femme, vos péchés vous sont pardonnés. | La foi est encore une disposition excellente et même nécessaire pour bien prier : car, comme dit saint Paul (Rom. 10. 14.) : « Comment peut-on prier celui que l'on “ ne croit pas être Dieu, ou que l’on ne croit pas avoir la » puissance de donner ce qu'on lui demande? » Cette sorte de foi est donc absolument nécessaire, pour la raison qu’en donne l'Apôtre. Mais il y a une autre sorte de foi qui doit accompagner la prière : c'est une foi mêlée d'espérance que Dieu, infiniment bon et libéral, accordera ce qu'on lui demande; c'est ce que l'on appelle confiance. Et l’apôtre saint Jacques nous y excite, quand il dit (1. 6.) : « Que » celui qui prie, demande avec foi et sans hésiter. » Notre-Seigneur même nous a enseigné cette divine dispo- k
8; vous êtes Seigneur de i misérable, rier, et qui icorde. »
t qui a du aponction du avons deux ui du Publilu Saint des Dieu, et qui même lever , de corps et 1r, ayez pitié r. » L'autre (Luc. "7. 37.) ui versa des ver les pieds.
b: car l’Ecriin sa Maison; péchés vous
pas avoir la n Cette sorte raison qu'en e foi qui doit à d'espérance ce qu'on lui >. Et l'apôtre 6.) : « Que s hésiter. »
divine dispo-
sition, lorsque, nous exhortant à prier son Père, il dit.
(Matth. 21. 22.) : « Quand vous priez, croyez que tout ce - que vous demanderez dans l’oraison avec foi, vous sera » accordé. »
Quand nous disons que pour obtenir ce que nous demandons à Dieu, il faut avoir une forte foi et une espérance ferme, cela suppose les autres dispositions dont nous avons parlé, et une fidèle pratique des commandements de Dieu,
autrement ce ne serait pas une confiance, mais une témérité-
et une présomption : « Car Dieu n'’écoute point les pécheurs ». qui se plaisent dans leurs péchés (Joan. 9. 31.) » Le Fils
de Dieu s'en explique assez par ces paroles (Joan. 45. 7.) :
« Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent * en vous afin de les pratiquer, vous demanderez tout ce
» que vous voudrez, et il vous sera accordé. ». Il faut donc.
avoir confiance dans la prière, mais cette confiance doit être filiale, c'est-à-dire, accompagnée d’un véritable désir
de plaire à Dieu, et d’une crainte sincère de lui déplaire. Les motifs qui peuvent exciter cette confiance dans le-
cœur, que Dieu donnera tout ce qu'on lui demande, sont premièrement sa bonté infinie et la volonté qu'il a de nous faire du bien, laquelle est si sincère qu'il veut que nous lui demandions ce qui nous est nécessaire, et qu’en le lui demandant, nous l’appelions notre Père (Matth. 23, 9.),
et que nous nous considérions à son égard comme ses:
enfants.
Secondement, ce qui nous doit donner de la confiance, est que quand nous demandons quelque chose à Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ se joint à nous pour le lui demander avec nous; c'est pourquoi, il veut que nous demandions en son nom, afin d'autoriser notre demande de son crédit, et que nous sachions qu'il la fait avec nous, quoiqu'il soit dans le ciel et nous sur la terre : « Si quel- » qu'un pêche, dit saint Jean ([ Joan. 2. 4.), nous avons » Jésus-Christ dans le ciel qui fait l'office d'avocat pour
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» nous auprès de son Père, et qui est la victime de propi- » tiation pour nos péchés. » Saint Paul dit aussi (Rom. 8. 34.) : « Jésus-Christ qui est mort, qui est ressuscité, » qui est à la droite de son Père, et qui intercède pour » nous. » Ainsi, si nous sommes indignes que Dieu nous écoute et qu'il nous accorde ce que nous lui demandons, nous devons avoir cette confiance qu'il nous l’accordera par les mérites de son Fils, à qui il ne peut rien refuser : « Je sais, dit-il (Joan. 44. 42.), Ô mon Père, que vous » m'exaucez toujours. »
Un troisième motif de confiance, est que c'est le Saint- Esprit qui nous fait prier, et qui nous met les sentiments dans le cœur et les paroles dans la bouche. Seint Paul nous enseigne cette vérité, quand il dit (Rom. 8. 26.) : « Le Saint-Esprit prie lui-même pour nous, c'est-à-dire, » il nous fait prier avec des gémissements ineffables. » Il dit encore au même lieu (8. 15.) : « Vous avez reçu » l'esprit d'adoption des enfants de Dieu par lequel nous * crions : Mon Père, mon Père. » Si avec tous ces motifs, nous ne sentons pas dans notre cœur, cette confiance filiale et amoureuse, prions Notre-Seigneur de suppléer à notre faiblesse ; et disons-lui avec l’aveugle de l'Evangile (Marc. 9. 23.) : « Seigneur, soulagez mon incrédulité; » et avec les Apôtres (Luc. 17. 5.) : « Seigneur, augmentez notre » foi. »
Le de propiussi (Rom.
ressuscité, ercède pour Dieu nous demandons, l’accordera en refuser :