ENSEIGNEMENT VOCAL DE LA RELIGION
Le vieux Berger. — Nécessité du Catéchisme de Persévérance. — Signification de ce mot Catéchisme. — Souvenirs qu'il rappelle. — Les Patriarches et les premiers Chrétiens. — Raisons de l'enseignement vocal de la Religion.
Un voyageur venu d'un pays lointain , se trouva au commencement de la nuit à l'entrée d'une vaste forêt ; il ne pouvait ni reculer ni s'arrêter, force lui était de la traverser pendant les ténèbres. Comme il allait s'enfoncer dans cette redoutable obscurité , il aperçut un vieux berger à qui il demanda le chemin . Hélas ! lui dit le berger, il n'est pas facile de vous l'indiquer ; la forêt est coupée de mille sentiers qui se croisent , qui tournent, qui se ressemblent à peu près, et qui, tous , un seul excepté , aboutissent à l'abîme. — A T. I. 1
quel abîme, demanda le voyageur? — A l'abîme qui enceint toute la forêt. Ce n'est pas tout, continua le berger, la forêt n'est pas sure, elle est remplie de voleurs et de bêtes féroces ; il v a entre autres un énorme serpent qui fait d'étranges ravages, peu de jours se passent sans que nous trouvions les restes de quelques malheureux voyageurs dont il a fait sa proie. Ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est qu il faut nécessairement traverser cette forêt pour arriver au lieu où vous allez. Touché de compassion, je me suis placé à l'entrée de ce dangereux passage, pour instruire et protéger les voyageurs : de distance en distance sont mes fils qui , animés des mêmes sentiments que moi, accomplissent la même fonction. Je vous offre mes services et les leurs ; si vous voulez , je vais vous accompagner.
L'air de candeur du vieux berger, le ton de vérité qui respire dans ses paroles, donnent confiance au voyageur; il accepte. D une main le berger prend une lampe qu'il enferme dans une forte lanterne, de l'autre il saisit le bras du voyageur, et les voilà partis.
Apres avoir cheminé quelque temps , le voyageur sent ses forces défaillir. — Appuyez-vous sur moi, lui dit son fidèle conducteur. — Le voyageur soutenu continue sa marche. Bientôt la lampe ne jette plus qu'une faible clarté. — L huile manque, dit-il au berger, notre lumière va s'éteindre, qu'allons-nous devenir? — Rassurez-vous, lui répond le vieillard, bientôt nous allons trouver un de mes fils qui remettra de l'huile dans notre lampe. Il ne le trompait pas, un flambeau se fait
apercevoir à qiiel(|iie distance , il éclaire une petite cabane en maçonnerie, placée au bord du chemin. A la voix bien connue du berger , la porte s'ouvre , un siëge est offert au voyageur fatigué ; quelques mets simples, mais substantiels, réparent ses forces. Après une halte de trois quarts d'heure, il continua sa route, conduit par le fils du vieillard.
De loin en loin, le voyageur rencQptre de nouvelles cabanes, reçoit de nouveaux soins et trouve de nouveaux guides ; il marche ainsi la nuit entière. Les premières clartés de l'aube blanchissaient f horizon lorsqu'il arrivait sans accident à l'extrémité de la dangereuse forêt. C'est à ce moment qu'il connut toute l'étendue du service que le berger et ses enfants lui avaient rendu. A ses yeux s'offre un affreux abîme au fond duquel il entend le bruit sourd et lointain d'un torrent. — Voilà, lui dit son guide, l'abîme dont mon père vous a parlé ; on n'en connaît pas la profondeur, il est toujours couvert de brouillards épais que l'œil ne saurait percer.
En disant ces mots, il pousse un profond soupir, et, du revers de la main, il essuie deux grosses larmes qui coulent sur ses joues. — Vous êtes affligé, lui dit le voyageur. — Hélas! comment ne le serais-je pas? puisjc voir cet abîme sans songer à tant de malheureux qui chaque jour viennent s'y perdre? Nous avons beau, mon père et nous, leur offrir nos services, bien peu les acceptent. La plupart, après avoir marché quelques heures sous notre conduite, nous accusent de vouloir leur donner de vaines frayeurs; ils méprisent nos conseils, ils
nous quittent; mais bientôt ils s'égarent et périssent misérablement dévorés par le grand serpent , ou assassinés par les voleurs, ou engloutis dans cet abîme, car il n'y a pour le traverser que ce petit pont qui est là devant vous, et nous seuls connaissons le chemin qui y conduit. Passez-le avec assurance, dit-il, en se tournant vers le voyageur et l'embrassant avec tendresse, de l'autre côté il fait grand jour^ là est votre patrie. Le voyageur, pénétré de reconnaissance, remercie son guide charitable, lui promet de ne jamais l'oublier, et, s'avançant d'un pas rapide , il franchit le petit pont : quelques heures après, il se reposait délicieusement au sein de sa famille bien-aimée.
Jeunes Chrétiens , cette histoire vous fait toucher au doigt la nécessité des Catéchismes de Persévérance dont je vais vous parler. Vous aussi , n'êtes-vous pas des voyageurs venus d'un pays lointain? cette forôt, c'est le monde, c'est la vie que vous avez à traverser ; ces voleurs, les ennemis de votre salut ; cet énorme serpent qui fait tant de ravages, le démon ; cet abîme ténébreux et sans fond, l'Enfer ; tous ces chemins qui traversent la for^t dans tous les sens , sont les routes, hélas ! trop nombreuses qui conduisent au malheur éternel ; lunique sentier qui aboutit au petit pont, c'est l'étroite voie du Ciel. Quant à ce charitable berger qui se tient à l'entrée de la forêt et qui offre son bras et sa lampe au voyageur, vous comprenez sans peine qu'il représente ce divin Pasteur , descendu du Ciel pour secourir et éclairer tout homme venant en ce monde; les fils qui secondent le
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généreux vieillard dans son charitable ministère, cp sont les ministres du Seigneur, dévoués comme lui à la garde et à la conduite de l'homme voyageur ; cette lampe allumée dans la main du berger et de ses enfants, c'est le flambeau de la foi qui, suivant l'expression de saint Pierre, brille comme une lampe dans les ténèbres. Inutile de vous expliquer ce que figurent et cet homme docile aux avis du sage vieillard et ces autres qui refusent ses services et sa lumière. Dans le cours du voyage, la lampe menace de s'éteindre, l'huile manque; c'est ici l'allégorie dont il importe le plus de vous faire connaître le sens.
Le flambeau de la Religion a été allumé et remis en vos mains par les instructions antérieures à la première communion ; mais, ne vous ofîensez pas si je vous le dis, l'huile manquera bientôt à votre lampe. Que sont en effet les leçons de votre première enfance? Nécessairement très-élémentaires ; ces instructions n'ont pu vous donner qu'une connaissance bien superficielle, bien incomplète de la science que vous devez le mieux posséder. Je ne dirai pas que la légèreté de l'âge. la dissipation, vous ont plus d'une fois empêchés de les comprendre et de les retenir; non, je ne vous le dirai pas, votre conscience vous le dira pour moi.
Elle vous dira, .elle vous dit qu'il y a dans la Religion une foule de choses que vous ne connaissez pas bien et même pas du tout; elle vous dit qu'il est de la plus grande témérité de vouloir traverser le désert de la vie , entrer dans le monde avec ce faible bagage de
connaissances religieuses ; elle vous montre de toutes parts une multitude déjeunes gens et déjeunes personnes devenus victimes de cette imprudence ; elle vous dit que la connaissance de la Religion est plus nécessaire aujourd'hui que jamais, V parce qu'il existe aujourd'hui un plus grand nombre de personnes qui n'étudient pas, qui ne connaissent pas, qui n'aiment pas, qui ne pratiquent pas la Religion; qui vivent comme s'il n'y avait point de Dieu , point de Paradis , point d Enfer , point d'Eternité; comme si elles n'arvaicnt ni ame à sauver, ni devoirs à remplir; qui attaquent même les vérités de la Religion, qui se moquent de ceux qui la pratiquent ; 2* parce qu'au nombre de ces personnes malheureuses , il en est peut-être qui vous sont bien chères. Et qui sait? C'est peut-être vous que la Providence destine à les éclairer et à les ramener à Dieu. Quel reproche n'auriez-vous pas à vous faire , si vous manquiez à cette noble vocation ! Et pourriez-vous la remplir si vous étiez incapables de rendre compte de votre foi afin d'éclairer la leur? Or, vous le sentez bien, avec les seules connaissances que vous possédez maintenant, cette tciche serait au-dessus de vos forces ; 3" parce que dans les jours mauvais où le Ciel a placé votre existence, bien des misères , bien des douleurs , peut-être de grandes infortunes vous attendent sur le chemin de la vie.
Pour vous consoler, ne comptez pas sur les hommes, la Religion seule pourra verser sur vos plaies un baume salutaire; seule, elle pourra vous donner encore un peu de joie parmi tant de chagrins ; seule ,
i)K pF.r.sKvr.nANr.E. 7
elle vous restera fidèle quand tous les autres vous auront abandonnés ; seule, elle adoucira le pain de vos larmes; seule, elle remuera de sa main maternelle votre couche douloureuse ; seule , eHe soutiendra votre courage en vos derniers moments ; mais si la Religion est pour vous une inconnue, une étrangère, si vous ne comprenez pas sa langue, si vous ne connaissez pas son cœur de mère, que pouvez-vous en attendre? Et, je le répète, vous ne la connaissez pas encore, et si vous cessez de l'étudier, dans peu d'années vous ne la connaîtrez plus du tout : ma parole, ici est la parole de l'expérience ; 4" parce que les fausses maximes, aujourd'hui phis nombreuses que jamais, et que vous entendrez chaque jour retentir pompeusement à vos oreilles ; parce que le relâchement, la corruption , l'indifférence générale , les scandales de toute espèce que vous rencontrerez à chaque pas et sous toutes les formes, la voix séduisante de vos propres passions, les orages terribles qui bientôt s'élèveront dans votre faible cœur; en un mot, parce que le monde, ledémon , vos propres penchants sont ligués pour vous perdre . Au milieu de tant d'orages, débiles roseaux, comment vous soutiendrez-vous? Au milieu de tant d'ennemis, soldats désarmés, comment vaincrez- vous? Au plus épais delà nuit , le (lambeau divin menacera de s'éteindre , à moins que vous ne trouviez un moyen de l'entretenir en donnant à sa flamme un nouvel aliment. Or, ce moyen vous attend sur la route, il ne tient qu'à vous d'en profiter : ce moyen , c'est le Catéchisme de Persévérance. Oh î que cette salutaire institution est bien nommée,
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Catéchisme de Persévérance ! Oui , Catéchisme où vous trouverez tous les moyens de persévérer . Là , vous recevrez des instructions plus fortes, plus suivies, plus en rapport avec vos besoins du moment et les progrès de votre intelligence; instructions salutaires qui non-seulement entretiendront , mais encore développeront ces premiers enseignements que vous avez reçus jusqu'ici. C'est ainsi qu'une huile nouvelle étant souvent remise dans votre lampe, vous ne craindrez point de rester sans lumière au milieu des ténèbres et de perdre l'unique sentier qui conduit au pont de l'abîme.
Là , vous trouverez dans les ministres du divin Berger, des guides sûrs et pleins de charité . Leurs sages conseils seront à votre ame ce que furent au voyageur défaillant et le bras du vieillard, et la cabane hospitalière, et les mets restaurants. C'est ainsi que constamment guidés, protégés, vous traverserez sans accident la dangereuse forêt.
Mais le Catéchisme de Persévérance n'est pas seulement utile en ce qu'il augmente votre instruction et entretient l'huile dans votre lampe , son plus précieux avantage est de soutenir votre faible vertu. En toutes choses, l'union fait la force. Eh bien! au Catéchisme de Persévérance, vous trouverez cette force, soit dans les bons exemples, soit dans les prières d'un grand nombre d'enfants avec qui vous ne ferez qu'un cœur et qu'une ame. Sans cette union, voyageurs isolés, vous traverserez bien difficilement le désert de la vie. Vous allez me comprendre .
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Lorsque les voyageurs ont résolu de s'enfoncer dans les vastes déserts de l'Afrique, ils se réunissent en grand nombre, ils forment des caravanes ; s'ils entreprenaient seuls ce périlleux trajet, ou ils périraient de fatigues et de besoin, ou ils deviendraient la victime des Arabes vagabonds qui errent dans ces sables brûlants , ou des monstrueux serpents qui les habitent; réunis, ils n'ont presque rien à craindre. D'abord, les provisions ne leur manquent pas , les guides non plus ; ensuite , ni les Arabes ni les serpents n'osent les attaquer , ou s'ils font quelques tentatives, les voyageurs les repoussent sans peine. Je ne saurais trop vous le répéter, mes tendres amis, vous avez à traverser un désert mille fois plus dangereux que ceux de l'Afrique. Seuls, vous périrez probablement; réunis à d'autres , le trajet perd pour vous ses plus grands dangers. Or, c'est au Catéchisme de Persévérance que vous trouverez cette compagnie de jeunes voyageurs qui ont le même chemin à faire (ît qui , si vous le voulez, le feront avec vous.
Mais peut-être que ce nom de Catéchisme vous inspire du dégoût , en réveillant dans votre esprit je ne sais quelle idée peu agréable et peu flatteuse : des instructions métaphysiques , sèches , arides ; l'ennui de les écouter, la difficulté de les retenir, enfin le souvenir de choses que vous vous flattez de savoir assez bien peutêtre , pour les enseigner aux autres ; il vous semble en un mot qu'en vous parlant de Catéchisme, on veut vous faire rétrograder. Voilà bien des jugements, j'allais dire des préjugés : encore un instant, veuillez m'entendrc.
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Ailleurs, le mot de Catéchisme peut avoir la signification pénible que vous lui donnez ; mais ici, sa signification est bien différente. Sous ce nom vulgaire se cache la plus belle histoire que vous ayez jamais lue, l'instruction la plus variée et la plus complète que vous puissiez désirer, l'une et l'autre présentées h votre esprit, à votre cœur, à votre imagination, sous une forme capable de vous intéresser et de vous plaire. Il n'est pas jusqu'à ce nom de Catéchisme qui ne rappelle , comme vous allez voir , de bien touchants souvenirs.
Catéchisme veut dire enseignement vocal ' . Il s'entend surtout de l'enseignement élémentaire de la Religion. Or, la Rehgion fut enseignée de vive voix, à l'exclusion de toute autre manière , depuis le commencement du monde jusqu'à Moïse , et depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'après les persécutions. Ainsi , ce mot nous rappelle touf à la fois la tente mobile du désert et les catacombes de Rome; les mœurs simples et pures des Patriarches, et les mœurs plus belles encore de nos Pères dans la Foi. Cette manière d'enseigner, beaucoup plus intéressante que la lecture, convenait parfaitement aux premiers ôgesdu monde. Le Patriarche voyageait toujours avec sa famille. Sa longue vie lui donnait le moyen de bien instruire ses enfants. Abraham avaitvécu plus d'un siècleavecSem; Isaac avait soixantequinze ans quand Abraham mourut. L'histoire ne dit
' St. Cyrill. Catéch, — Ducangc, Dicf. au mot Catcçhisari.
ni. PF.nsitvKRANr.F. 11
pas qu'il lait jamais quille. 11 en est de même à proportion des autres Patriarches.
Ainsi, la mémoire des choses passées se pouvaitaisément conserver par la seule tradition des vieillards qui aiment naturellement à raconter, et qui en avaient tant de loisir. D'ailleurs, les Patriarches étaient soigneui de perpétuer le souvenir des événements considérables par des autels, des pierres dressées, et d'autres monuments solides. C'étaient là les livres immortels que leurs descendants expliquaient à leurs petits-fils. Voyez ; Abraham éleva des autels en divers lieux où Dieu lui était apparu ' . Jacob consacra la pierpe qui lui avait servi de chevet pendant le songe mystérieux de l'échelle', et nomma Galaad le monceau de pierre qui fut le signe de son alliance avec Laban' . A ces exemples on peut en ajouter beaucoup d'autres.
Les noms qu'ils donnaient à ces lieux ou à ces monuments, exprimaient toute I histoire de l'événement dont ils avaient été le théiitre . Et quand la famille patriarchale arrivait avec ses nombreux troupeaux auprès du puits de Rachel ou de la pierre de Bethel, les enfants demandaient avec empressement ce que signifiaient ces noms et ces pierres. Au signal du Patriarche, tous s'asseyaient attentifs à l'ombre d un palmier, et le vieillard en cheveux blancs racontait ime histoire doublement intéressante , car c'était une histoire de famille et une histoire religieuse.
» Gcn. XXVIII. 48.
> Id. XXXI. 48.
^ Id. xxTi, 18. — /'oy« Fleuri, Mattrs des Israélites, p. S.
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Ainsi furent transmises de génération en génération les grandes vérités religieuses que Dieu avait révélées au premier homme. Pendant plus de deux mille ans l'enseignement delà Religion fut exclusivement vocal : c'est le Catéchisme primitif.
Ce même enseignement reparut au commencement de l'ère chrétienne. Le divinRédempteur du monde, le Précepteur de toutes les nations, enseigna de vive voix. Il n'a rien écrit. Ce ne fut que plusieurs années après sa glorieuse Ascension que les Apôtres fixèrent sa doctrine
par l'Ecriture. Mais il faut remarquer que l'enseignement n'en était pas moins vocal. Les Evangiles, les Epîtres des Apôtres, n'étaient jamais remis aux mains de ceux qu'on voulait initier à la Religion; cela pour plusieurs raisons. D'abord, parce que l'enseignement de vivevoix était bien plus facile , bien plus sûr et bien plus en rapport avec l'esprit peu éclairé des Néophytes ; ensuite, parce qu'on ne voulait pas exposer les livres saints à tomber entre les mains des profanes. On obéissait en cela au commandement exprès du Sauveur qui avait dit : Prenez garde de ne pas jeter vos perles devant les pourceaux. Enfin, on craignait que les Catéchumènes, venant à se dégoûter, ne prissent occasion des connaissances qu'ils auraient reçues pour livrer les mystères du Christianisme à la dérision , les altérer et provoquer , par leurs calomnies , les persécutions des Payens .
C'est pour cela qu'on les instruisait uniquement de vive voix, et encore avec beaucoup de réserve. Il est
indispensable de connaître cet usage sacré de nos Pères dans la Foi , pour comprendre 1' ces paroles qui reviennent si souvent dans leurs discours : les initiés savent ce que je veux dire ' ; 2° la raison pour laquelle on renvoyait de l'Eglise les Catéchumènes avant de commencer l'offrande du saint Sacrifice; 3° la raison pour laquelle les Pères ont parlé si rarement dans leurs écrits de certaines vérités; 4" enfin, la raison pour laquelle l'enseignement de la Religion s'appelait alors Catéchisme.
A l'imitation des Patriarches qui donnaient aux lieui mémorables des noms qui rappelaient l'événement qui s'y était accompli, les premiers Chrétiens avaient aussi leur écriture monumentale. Pour suppléer aux livres, ils avaient gravé sur les parois des catacombes, sur leurs lampes, sur leurs bagues, sur mille objets servante leur usage, les principaux traits de l'Ancien Testament, et quelques-uns du Nouveau. Nous verrons tout cela dans la troisième partie du Catéchisme.
Lors donc qu'un Payen ou un Juif demandait à embrasser le Christianisme, on n'avait garde de lui remettre entre les mains un livre sacré, ou de l'instruire à fond des vérités de la Foi. On s'attachait à faire sentir à l'un et à l'autre l' insuffisance de la loi de Moïse, ou la vanité des idoles, aussi bienque l'absurdité de la philosophie profane . On leur enseignai t outre cela les préceptes moraui de l'Evangile, et les dogmes généraux de notre Religion, tels que l'unité de Dieu, le jugement universel, la résurrection générale, et l'histoire de l'Ancien et du Nouveau
■ St. Cyrill. d$ Jérusalem, entéch., etc., etc., etc.
Testament; mais on ne leur parlait pas du reste. Ce n'était même qu'après de longues épreuves, et au moment de recevoir le baptême, qu'on leur enseignait le Symbole et T Oraison dominicale. Cette instruction se donnait dans des assemblées particulières appelées scrutins , parce qu'on y examinait la Foi et les dispositions de ceux qui devaient être baptisés. Là seulement on leur donnait le Symbole et l'Oraison dominicale par écrit. On les obligeait à les apprendre par cœur. Huit jours après, au scrutin suivant, ils devaient les réciter et remettre l'écrit qui les contenait, de peur qu'il ne tombât entre des mains profanes. Cela s'appelait la reddition du Symbole'.
Enfin , lorsque les Catéchumènes avaient été suffisammentéprouvés, et qu'ils paraissaient dignes de recevoir le Baptême, dont ils persistaient à solliciter la grâce, on les réunissait aux Fonts baptismaux, la veille dePâque ou delà Pentecôte, nuits solennelles et brillantes, consacrées généralement à la régénération des adultes. C'est là qu'avant de les plonger dans l'eau sainte, l'Evêque leur expliquait à découvert la nécessité et les effets du premier des Sacrements. Au sortir des eaux baptismales on les conduisait, vêtus d'une robe blanche, aux Fidèles assemblés, dont ils allaient dorénavant augmenter le nombre. L'Evêque alors montait en chaire, et, tirant le voile qui jusque-là leur avait dérobé les mystères saints, les exposait au jour devant les Néophytes ; et les ins-
' su Aug. Serm. 218.
Iructions sur T institution, la nature et les eiïets de l'Eucharistie, sur les sentiments de foi vive, de piété et d'amour que demandait d'eux la partici|)ation à ces augustes mystères , se continuaient chacun des jours de la première semaine. Telle fut la pratique générale de l'Église jusqu'au cinquième siècle'.
Telle est aussi la signification et l'origine du mot Catéchisme ; tels sont les souvenirs précieux qui s y rattachent. Puisse ce mot, lorsqu il retentit à nos oreilles, porter dans nos cœurs la pensée des premiers âges du monde, des mœurs simples et pures des Patriarches; la pensée des premiers Chrétiens, de leur respect pour les mystères sacrés, de leurs persécutions et de leurs vertus! car ce mot renferme cette double histoire. Puisse-t-il surtout nous porter à l'imitation des beaux. exemples qu'ils nous ont laissés!
PRIERK.
O mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir établi des Catéchismes de Persévérance. Vous avez voulu, en éclairant mon esprit par la connaissance approfondie de la Religion, soutenir mon cœur dans la pratique des vertus qu'elle commande ; accordez-nous la grâce de correspondre à ce grand bienfait, auquel plusieurs devront leur salut .
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour
.1 Voyez, 8ur la discipline du secret, di$cu$sion amicale, t. i. v- 344.
16 CATÉCHIS9IE
de Dieu ; et , en témoignage de cet amour , f assisterai, mec un grand désir den profiler , au Catéchisme de Persévérance.