‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religion (volume 3)Chapitre 21 sur 46 · ENSEIGNEMENT ECRIT · texte numérisé non relu

ENSEIGNEMENT ECRIT

Ancien Testament. — Son but. — Parties dont il se compose. — Intention de Dieu sur son peuple et sur toutes les nations, en faisant écrire l'An cien Testament. —Tradition — Nouveau Testament. — Parties dont il se compose. — Tradition. — Inspiration, authenticité, intégrité de l'ancien et du Nouveau Testament.

Pendant le long espace de deux mille ans , la Reli-^ gion, avant la venue du Messie , fut transmise de vive voix par les pères aux enfants; mais avec les mœurs pures et la longue vie des Patriarches, la simplicité de la foi menaçait de disparaître. Les passions prenaient peu à peu l'empire : en dépravant le cœur, elles aveuglaient la raison. La race d'Abraham aurait peut-être suivi l'exemple des nations étrangères et l'idolâtrie eût régné partout. Dieu qui veillait sur le genre humain, ne voulut pas qu'il en fut ainsi; ahn de rendre plus sacré et plus inaltérable l'enseignement de la Religion , il grava sur la pierre sa loi sainte. Moïse écrivit ses ordonnances ; Aaron et son Sacerdoce furent chargés d'enseigner la Religion et de la maintenir pure de toute erreur . Dépositaire des livres sacrés , nuit et jour la Synagogue veillait à leur garde et décidait toutes les questions religieuses qui s'élevaient parmi le peuple.

Vinrent ensuite les Prophètes et les autres auteurs inspirés, qui, pour des raisons infiniment dignes de la sagesse infinie , écrivirent leurs prédictions et 1 histoire du peuple choisi. Tous ces livres ensemble s'appellent VÀiwien Testament. Le mot Testament veut dire alliance. L'Ancien Testament est donc I alliance que Dieu fit avec l'ancien peuple, c'est-à-dire avec le peuple hébreu en particulier. C'est un magnifique contrat qui contient, d'une part, les volontés et les promesses de Dieu, et de l'autre les engagements d'Israël. Son but , comme celui de toutes les œuvres de Dieu, est d'assurer le bonheur de 1 homme sur la terre et dans le Ciel, par le moven de Jésus-Christ .

L'Ancien Testament se compose de plusieurs parties : 1° Des ouvrages de Moïse divisés en cinq livres : la Genèse où se trouve l'histoire de la création et des grands événements qui eurent lieu jusqu'à la sortie d'Egypte ; V Exode qui raconte le voyage miraculeux des Israélites dans le désert et la publication de la loi ; le Levitique où sont marquées toutes les cérémonies de la Religion et toutes les ordonnances concernant les Prêtres et les Lévites; les Nombres, ainsi appelés de ce qu'il commence parle dénombrement des onfantsd'Israël . Ce livre contient les plus sages règlements pour maintenir l'ordre et la subordination dans ce peuple voyageur et trop enclin à la révolte : enfin le Deuteronome, c'està-dire seconde loi , parce qu'il comprend l'abrégé des lois promulguées auparavant. Ces lois sont rapportée^ dans ce livre avec des explications et des additions en

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faveur de ceux qui n'étaient pas encore nés ou en âge (le raison lorsqu elles furent données la première fois.

2" Des livres historiques qui contiennent l'histoire du peuple de Dieu en général, tels que le livre de Josué, celui des Juges , les quatre livres des Rois , les deux livres appelés Paralipomènes , qui sont comme un supplément aux livres des Rois ; le livre àEsdras, celui de Néhémias et les deux livres des Machahées : ou l'histoire particulière de quelques saints et autres personnages illustres, telles sont les histoires de Ruth, de Tohie, de Judith, àEsther et de Job.

En faisant écrire l'histoire de son peuple, Dieu eut pour but :

V De montrer aux Israélites la fidélité avec laquelle il gardait son alliance. De son côté, jamais il ne manque à ses promesses ; des bénédictions abondantes , une paix profonde, sont le partage de son peuple tant qu'il observe les conditions du contrat. Des châtiments de tout genre fondent sur lui aussitôt qu'il devient prévaricateur.

2" De montrer à tous les peuples que c'est sa providence qui gouverne le monde, et que tenant en ses mains les rênes de tous les empires, il les fait tous servir à l'accomplissement de son immuable dessein, la Rédemption de l'homme par Jésus-Christ. Voilà en général ce que nous apprennent les livres historiques de l'Ancien Testament ; c'est pour perpétuer jusqu'à la fin des temps toutes ces importantes vérités, que Dieu a voulu qu'ils fussent écrits.

3" L Ancien Testament se compose de livres d ins-

tructions et de prières, tels sont les Psaumes de Dai^id au nombre de cent cinquante , les Proverbes , VEcclésiaste, le Cantique des Cantiques, de Salomon, le livre de la Sagesse et Y Ecclésiastique. Ce n'était pas assez d'avoir établi les conditions de son alliance avec le peuple d'Israël , Dieu voulut obtenir l'effet de cette alliance qui était de former les cœurs à la vertu. Voilà pourquoi furent écrits les livres dont nous venons de parler ; ils sont remplis des maximes les plus sages, des conseils les plus éclairés et des règles de conduite les plus sûres. Si tous les législateurs anciens ne sont que des enfants comparés à Moïse, tous les sages et tous les philosophes profanes ne sont rien, comparés aux sages inspirés qui ont écrit cet admirable code de morale.

4** Des livres prophétiques , c'est-à-dire des livres des quatre grands Prophètes, haïe, Jérémie, Ezechiel, Daniel, auxquels on doit joindre David, le premier de tous ' ; et des douze autres qu'on appelle les petits Prophètes, parce qu'ils ont moins écrit que les précédents; voici le nom des petits Prophètes : Osée, Joël , Amas. Abdias , Jonas , Michée , yahum , Habacuc, Sophonie . Aggée , Zacharie, Malachie.

Dieu ne voulait pas que son peuple ignorât que l'alliance qu'il avait contractée avec lui , n'était que passagère , il voulait au contraire qu'il eut sans cesse

' Les Juifs ne comptent pas David parmi les Prophètes proprement dits, parce qu'il était Roi, qu'il vivait au milieu du monde et ne menait pas la même vie que les Prophètes ; mais cela n'empêche pas qu'ils ne regardent ses livres comme prophétiques. — ^ oyez Bible de Vence, Préf, sur les Psaumes.

DE PERSE VT-RANf.E. 1*

fievant les veui la peiiséo d une alliance plus parfaite, cimentée par un sang plus pur; d une alliance dont le Messie en personne, figuré par Moïse, serait le Médiateur et le Pontife ; d'une alliance nouvelle qui devait un jour remplacer l'ancienne. Dieu voulait tout cela, 1° atin que son peuple ne mît point sa confiance dans les ombres vaines et les hosties impuissantes de la loi; 2° afin qu'il entrât volontiers dans la nouvelle alliance, lorsque le Rédempteur viendrait la proclamer. C'est pour cela, et pour que le peuple d'Israël reconnût facilement ce Rédempteur , que Dieu le fit annoncer durant tant de siècles et dépeindre avec tant de précision , par cette longue suite de Prophètes.

Ainsi, tous les livres saints écrits depuis Moïse tendent à maintenir l'alliance, à faciliter son accomplissement, à en donner le véritable esprit et à préparer Israël à une alliance plus parfaite.

A côté de l'enseignement écrit. Dieu laissa subsister, du moins en partie, l'enseignement vocal. Toutes les vérités religieuses ne furent pas consignées dans les livres. Il en est que la tradition seule fut chargée de transmettre de générations en générations. C est un fait dont nous trouvons la preuve dans les paroles même de Moïse. Ce saint législateur étant près de mourir, dit aux enfants d'Israël : Sou^^enez-vous des anciens temps , considérez toutes les générations , interrogez i^otre père , et il i^ous enseignera; vos aïeux, et ils vous instruiront'. Il ne dit pas : lisez mes livres, consultez l histoire des

• Peut, c 32. ». 7.

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premiers âges du monde, que j ai écrite et que je vous ai laissée. Ils le devaient sans doute, mais sans le secours de la tradition de leurs pères, ils n'auraient pas pu entendre parfaitement ces livres. Moïse ne s'était pas contenté d'écrire les prodiges que Dieu avait opérés en faveur de son peuple; à F exemple des Patriarches , il en avait établi des monuments, des rites commémoratifs pour en rappeler le souvenir, et il avait ordonné aux Juifs d'en expliquer le sens à leurs enfants , afin de le leur graver dans la mémoire ' . Pourquoi ces précautions, si tout avait été écrit? Ainsi, avant la venue du Messie, les deux sources de la vérité religieuse, sont la Tradition et l'Ecriture. Il en est de même depuis Jésus-Christ, conune nous le verrons bientôt.

Le Nouveau Testament est la nouvelle alliance que Dieu a faite , non plus avec un seul peuple , mais avec tout le genre humain, par le ministère de Jésus- Christ lui-même. Les livres où sont écrites les conditions de ce divin contrat, forment ce qu'on appelle le Nouveau Testament. Ils sont au nombre de vingt.

V Les livres historiques où est rapportée, avec la vie de Notre Seigneur et des Apôtres, l'histoire de la nouvelle Alliance, la manière dont elle a été accomplie et les effets admirables qu'elle doit produire. Ces livres sont les quatre Evangiles de saint Matthieu, de saint Marc, de saint Luc et de saint Jean, et les Actes des Apôtres écrits par saint Luc. Do même qu au commencement du monde, Dieu n'écrivit point la loi qu il donnait à Adam

i Veuf. c. 6. I- 20.

de môme Notre Seip;neur n écrivit point sa doctrine, il se contenta de l'enseigner de vive voix. Cette céleste doctrine fut transmise de bouche en bouche pendant (|uel(|ues années, jusqu'au moment où des raisons impérieuses forcèrent les Apotres à I écrire.

2** Les Hvres d'instructions , ce sont les Epîtres ou lettres que les Apôtres écrivaient à leurs disciples ou aux différentes Eglises qu'ils avaient fondées. On en compte quatorze de saint Paul, dont une aux Romains, deux aux Corinthiens , une aux Galates, une aux Ephésiens , une i\\i\ Philippiens, une aux Colossiens, deux aux Thessahniciens, deux à Timothée, une à Tite, une à Philémon et une aux Hébreux ; une de saint Jacques aux Juifs dispersés dans tout l'univers ; deux de saint Pierre aux Juifs d'Asie, et trois de saint Jean ; la première aux fidèles de son temps, la seconde à Electa et la troisième à Caïus. Enfin, une de saint Jude à tous les nouveaux Chrétiens sans distinction. Le but de tous ces écrits est d'expliquer la nouvelle alliance, d'en faire comprendre l'esprit. Or, cet esprit, comme celui de l'Ancien Testament, c'est lamour de Dieu et du prochain.

3° Un livre prop/ieïtgwe, c est l'Apocalypse de saint Jean. De même que 1 ancienne alliance préparait une alliance plus parfaite, annoncée par les Prophètes de la nation juive , de même la nouvelle alliance, fondée par Jésus-Christ doit nous conduire à une union plus étroite encore avec Dieu dans le Ciel . Le Prophète de la nouvelle loi, r Apôtre saint Jean, a été chargé de nous en

décrire les ineffables jouissances et les innombrables merveilles.

Les ouvrages qui composent l'Ancien et le Nouveau Testament, s'appellent la Bible, c'est-à-dire le livre par excellence. Livre divin, archives immortelles de Thumanité, le Ciel et la terre passeront, la Bible ne passera point. Portée en triomphe à travers les siècles, comme l'arche de l'antique alliance à travers les sables du désert , elle continuera de raconter aux générations futures l'existence de Dieu, son alliance avec l'homme, ses jugements et sa gloire jusqu'au moment solennel où l'Eglise, arrivant au seuil de l'éternité, tous les livres cesseront, parce que la vérité se montrera sans nuage et sans voile.

De même que sous l'ancienne aUiance il y eut une tradition orale, chargée de transmettre et d'expliquer un certain nombre de vérités, de même sous le Nouveau Testament, les EvangéHstes et les Apôtres n'ont pas écrit tous les enseignements du Sauveur. Ils le disent positivement'. Pour les connaître, ajoutent-ils, c'est la tradition qu il faut cousulter'. Les Protestants qui, à Texemple des Samaritains, rejettent la tradition pour s'en tenir à la seule parole écrite, sont en contradiction perpétuelle avec eux-mêmes. Comment savent-ils, par exemple, que la Bible vient de Dieu? Comment saventils que le Baptême par aspersion est valide? Ainsi

« Joan. c. 20. v. 30.

■> 2. Jd Thessal. r. 2. i . ih : 1 ad Cor. 11. i . 2 : — 2 ad Tim, c. 1 . h. 43. etc. — l'oyez Berpicr, article Tradition.

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d'autres vérités qu'ils sont forcés d'admettre sur l'autorité seule de la tradition, que cependant ils récusent.

Passons à l'inspiration, à l'authenticité et à l'intégrité de la Bible. Tous les livres de l'Ecriture sainte , dans leur ensemble et dans chacune de leurs parties , ont été inspirés, c'est à dire : 1° que Dieu a révélé immédiatement aux auteurs sacrés, non-seulement les Prophéties qu'ils ont (aites, mais toutes les vérités qu'ils ne pouvaient pas connaître par la seule lumière naturelle, et par des moyens humains ; 2° que, par un mouvement particulier de la grâce, il les a portés à écrire, et les a dirigés dans le choix des choses qu'ils devaient mettre par écrit; 3° que, par une assistance spéciale de l'Esprit Saint, il a veillé sur eux et les a préservés de toute erreur, soit sur les faits essentiels, soit sur le dogme, soit sur la morale ' .

Quant à l'authenticité et à l'intégrité de la Bible, on dit qu'un ouvrage est authentique lorsqu'il appartient véritablement à l'auteur dont il porte le nom; intègre lorsqu'il est tel qu'il sortit des mains de l'auteur. Rien de plus certain que l'inspiration, l'authenticité et l'intégrité des Hvres qui composent l'Ancien et le Nouveau Testament.

Pour prouver ce fait décisif, voici la tournure que prit un jour un Ecclésiastique éclairé. C'était en présence d'une compagnie nombreuse. Un homme comme il s'en rencontre beaucoup aujourd'hui, fort instruit dos sciences profanes, mais très-ignorant en matière de Re-

' ' Foyet Bible de Vcnce, /. 1. — Bergier, ari. Inspir.

ligion, se permit d'attaquer l'inspiration, rauthenticitc et l'intégrité de la Bible. Puisque votre attaque porte sur plusieurs points, lui dit l'Ecclésiastique, vous me permettrez de diviser ma défense : il est important de ne rien confondre. Je vais d'abord vous prouver l'inspiration et l'authenticité de nos livres saints; j'espère que bientôt nous serons d'accord.

Chacun s'approche des deux interlocuteurs : un profond silence s'établit, et l'Ecclésiastique, s'adressant à son adversaire , lui dit : Je suis heureux , Monsieur , d'avoir à faire à un homme instruit : les esprits élevés et jes cœurs droits sont faits pour connaître la vérité ; la Religion ne redoute que les demi-savants. Doutezvous de l'authenticité des ouvrages de Platon, de Virgile, d'Horace, de Cicéron, de César? — Jamais un pareil doute ne m'est venu dans Y esprit. — Mais comment savezvous que ces ouvrages ont été composés par les grands génies dont ils portent le nom ? — Comment je le sais? mais comme nous savons tous les faits de l'antiquité ; parce que tout le monde s'accorde et s'est toujours accordé à les leur attribuer. Je serais le premier à regarder comme un fou celui qui voudrait soutenir le contraire. — A merveille ! Or , Monsieur, un témoignage mille fois plus fort, mille fois plus certain . nous atteste que les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament ont été inspirés de Dieu et écrits par les hommes dont ils portent le nom. En effet, connaissezvous quelqu'un qui soit mort , ou qui serait prêt à mourir pour soutenir 1 authenticité des ouvrages de Virgile ou

I)t PLRSÉVltRANCE. Î!<J

(Je Platon. — Non, cet homme est encore à trouver. — Eli bien ! Monsieur, des milliers de Juifs et de Chrétiens sont morts pour soutenir l'inspiration et l'authenticité de nos livres saints, et des milliers d autres seraient pri^ts à mourir pour la môme cause .' Qu'en pensez-vous? des témoins qui se laissent égorger pour affermir leurs dépositions, sont-ils récusables? — Je n'avais jamais réiléchià cela. — Mais ce n'est pas tout. Le témoignage qui m'atteste l'inspiration et l'authenticité de la Bible est bien plus ancien que le vôtre; il est bien plus nombreux : c'est la voix de deux grands peuples, le peuple juif et le peuple chrétien, dont l'existence réunie forme plus de trois mille cinq cents ans. Que vous en semble ? un pareil témoignage est-il insuffisant pour rendre raisonnable et légitime la foi du Chrétien ? Sommes-nous des esprits faibles lorsque, appuyés sur une pareille preuve, nous croyons à l'inspiration et à l'authenticité de nos livres sacrés? — Je crois, mon cher Abbé, que vous allez me convertir. — Je l'espère, car vous ne pouvez vous en défendre sans être inconséquent.

Je passe à l'intégrité de la Bible. Sur ce point comme sur les précédents , vous ne tarderez pas à partager ma conviction. J'en appelle à vous-même. Comment savezvous que les ouvrages de Platon , de César et de Virgile , sont parvenus jusqu'à nous, tels qu'ils sortirent des mains de leurs auteurs? — Ah î je vous vois venir; vous allez me prouver l'intégrité de la Bible, comme vous m'avez prouvé son inspiration et son authenticité, en montrant qu'elle est attestée par un témoignage plus

certain que celui dont l'autorité me fait croire à l'intégrité des œuvres de Virgile et de Platon . — Vous me prévenez. — J'attends vos preuves. — Les voici :- L'histoire fait foi, et vous le savez mieux que personne, que des milliers de* Juifs et de Chrétiens sont morts pour soutenir ce fait , savoir que nos livres saints sont parvenus jusqu'à nous tels qu'ils étaient en sortant des mains de leurs auteurs , sans augmentation , ni diminution, ni changement ; tandis que personne, et vous le savez encore, n'a jamais donné sa vie pour attester que les ouvrages de Virgile ou de Platon, sont tels aujourd'hui qu'ils ont été composés par leurs auteurs. Mais, Monsieur, je veux aller plus loin avec vous, et vous montrer que non-seulement nos livres saints n'ont point été altérés, mais qu'il a toujours été impossible de le faire . — Voyons; si vous faites ce tour de force, j'amène pavillon. — Jevous prends au mot; veuillez me suivre. Ici un redoublement d'attention se fit remarquer parmi les auditeurs.

Parlons d'abord des livres de l'Ancien Testament.

1° Impossible aux Juifs de les altérer avant le schisme des dix tribus. Comment , je vous prie, pourrait-on aujourd hui, en France, altérer le Code civil? Si un faussaire osait le tenter, ne serait-il pas àlinstant confondu? De même, comment les Juifs auraient-ils pu altérer un livre qu'ils respectaient bien autrement que nous ne respectons notre Code civil ; un livre qui se trouvait dans toutes les familles, qu'on méditait tous les jours . dont on conservait religieusement l'original dans le Tabernacle, el qu'à certaines fêtes les Prêtres lisaient à tout

DE pr.[\S£vÉr\AN<;r. 31

le peuple assemblé? Sup[Kjsez une tentative d'altération, des milliers de voix auraient réclamé. Cependant il n'existe aucun vestige de pareilles réclamations. D'ailleurs, les altérations auraient sans doute porté sur ce qu'il y a dans ce livre d' humiliant pour l'orgueil national , ou de gênant pour les passions. Eh bien ! non ; rien de semblable n'est retranché ;

2° Impossible aux Juifs depuis le schisme des dix tribus. Si les deux tribus restées fidèles aux descendants de David, avaient voulu altérer les livres de la loi, comment les autres tribus , devenues leurs mortelles ennemies, auraient-elles consenti à recevoir ces altérations? Et cependant, le Pentatheuque des Samaritains ou des dix tribus séparées , est absolument le même que celui des Juifs ;

3° Impossible depuis la venue du Messie. Depuis cette époque, les livres de l'Ancien Testament sont entre les mains des Juifs et des Chrétiens, deux nations essentiellement opposées. Si donc les Juifs avaient altéré l'Ancien Testament, les Chrétiens auraient réclamé et n'auraient pas reçu ces altérations. Il en eût été de môme desJuifspar rapport aux Chrétiens. Cependant, l'Ancien Testament qui se trouve entre les mains des Juifs, cet Ancien Testament qui fut déposé dans la bibliothèque royale d'Alexandrie deux cent cinquante ans avant Jésus-Christ, est absolument le même que celui des Chrétiens. Voilà pour l'Ancien Testament.

Quant au Nouveau, l'altération n'en a pas été moins impossible.

;î') CATECHISME

1" Impossible avant le schisme des Grecs. En effet, Monsieur, vous conviendrez sans peine qu il est impossible d'altérer un livre qui se trouve entre les mains de milliers de personnes répandues sur toute la surface du globe, sans que bientôt on s en aperçoive. Il y aurait eu des réclamations, car les Chrétiens se sont toujours montrés extrêmement délicats sur ce point. A ce propos , je vais vous citer un trait rapporté par saint Augustin. Un Evèque d Afrique, préchant devant son peuple, voulut substituer à un mot de l'Evangile un terme qui lui semblait plus convenable. Le peuple se souleva. Les choses en vinrent au point que rÉvêque futobhgé de se rétracter et de rétablir lancien mot, pour n'être pas abandonné de son peuple' . Et la preuve matérielle que le Nouveau Testament n'a jamais subi la moindre altération, c'est que les exemplaires qui sont entre les mains des Chrétiens d'Orient, sont absolument conformes à ceux dont font usage leurs frères d'Occident;

2° Impossible depuis le schisme des Grecs, Si l'Église latine avait voulu altérer le Nouveau Testament, lEglise grecque, son ennemie mortelle, si pointilleuse, si mahgnement attentive, loin d'adopter ces altérations sacrilèges, n'aurait pas manqué de les signaler et de réclamer de toute la puissance de sa haine. Or, elle n'a jamais fait entendre la moindre réclamation , et le Nouveau Testament dont elle se sert

' st. Aiig. Ép. Il et iy-I : f oye: aussi Tassom, lit: i. 161.

est (le tout jMMnt conforme à celui de l Eglise latine ' . — Monsieur l'Abbé, je vous remercie : je vous rends les armes : il m'est glorieux d'avoir été vaincu; je vous avoue que je n'avais jamais réfléchi à tout ce que vous venez de dire. — Ce n'est pas être vaincu que d'être éclairé. Je vous l'avais dit , les esprits élevés sont toujours dociles à la vérilé, je vous félicite d'être de ce nombre.

Vous voyez maintenant que la foi du simple Fidèle qui, sur la parole de l'Eglise croit à la divinité de la Bible, est parfaitement fondée, et que les plus érudits n'ont rien de raisonnable à lui opposer. Concluons de là que tous tant que nous sommes, savants ou igno-

' La philologie moderne a porlé jusqu'au dernier degré d'é^idence la preuve de rintégiilé parfaite du Nouveau Testament. Sans parler ici des précieuses recherches de Michai'lis, de Griesbach , de Mil!, de Welztein , de Bengel , de Semler, de Matlhacï et de Hug, il sullit, pour êtreù jamaiâ convaincu de cette vérité capitale, de connaître les grands et pénibles travaux d'un de nos premiers philologues, M. le docteur Scholz, professeur de théologie catholique à l'université de Bonn. Cet infatigable savant , marchant sur les traces des modèles que nous venons de citer, n'a pas lardé ù les dépasser dans la carrière qu'ils avtient si honorablement parcourue. Après deux années passées dans l'étude attentive des manuscrits de la Bibliothèque royale de Paris, après des recherches soigneuses dans celles devienne, du Vatican et des principales: villes de l'Europe, il a eu le courage d'entreprendre le voyage d'Egypte, de Palestine, de Syrie et de Grèce, pour y visiter tous les dépôts littéraires où l'on pouvait espérer de trouver d'anciens manuscrits des évangiles. Le résultat de ces infatigables recherches est que le Nouveau Testament est parvenu sans altération depuis les Apôtres , qui l'ont écrit sous l'inspiration divine, jusqu'à nous.

L'ouvrage du docteur Scholz est intitulé : Voyage Critico-Biblique en France, en Suisse, en Italie, en Palestine et dans l'Archipel, pendant les années 1818 , 1819, 1820 et 1821 , accompagné d'une histoire du texte du Nouveau Ttslament. Un vol. in-8°.

rants, nous devons aux livres saints la foi la plus entière, et le respect le plus profond ; ils sont tous et dans toutes leurs parties la véritable parole de Dieu' . — Ici finit la discussion. Les éloges furent partagés entre l'Ecclésiastique qui avait prouvé l'inspiration, l'authenticité et l'intégrité de la Bible avec autant de force que de modestie , et entre son adversaire , qui avait eu le courage si rare de se rendre sincèrement à l'évidence de la vérité.

O mon Dieu l qui êtes tout amour, je vous remercie de nous avoir donné votre sainte loi et de l'avoir écrite, afin que les passions ne pussent jamais l' altérer . Donnezmoi un grand respect pour votre sainte parole.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose , et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu ; et, en témoignage de cet amour, j'écouterai la lecture de ÏEmngile avec le plus profond respect.

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