DIEU
Son exislence. — Preuves. — Traits historiques. — Perfections de Dieu. — Éternité, Indépendance, Immensité, Unité, Immutabilité, Lil)erté, Spiritualité, Intelligence. — Présence de Dieu.
Cieiix et terre, faites silence; enfants des honames, prêtez r oreille. Avant tous les siècles, par delà tous les Cieui, au-dessus de tous les mondes, il est un ETRE éternel, infini, immuable, qui est à lui-même son principe, sa fin, sa félicité. La création toute entière avec ses soleils et ses mondes, chacun desquels enferme en soi des myriades de monde, n est qu'un reilet de la gloire de ce grand Etre. Il est partout, il voit tout, il entend
tout. Etre des êtres, qui suis-je, faible mortel, pour parler de vos grandeurs ? Le silence est le seul hymne qui soit digne de vous : Silentium iihi hus Deus in Sion.
Et d'abord, quel nom vous donner? u Etre au-dessus de tous les êtres, disait autrefois un de ceux qui contemplent aujourdhui votre ineffable essence; Etre au-dessus de tous les êtres, ce nom est le seul qui ne soit point indigne de vous. Quelle langue pourrait vous nommer, vous dont toutes les langues ne pourraient
représenter l'idée? Vous êtes ineffable pour toutes les bouches, parce que c'est vous qui avez départi la parole à toutes les bouches. Vous êtes incompréhensible, parce que c'est de vous que sont émanées toutes les intelligences. Tout célèbre vos louanges; ce qui parle, vous loue par ses acclamations; ce qui est muet, par son silence. Tout révère votre majesté : la nature vivante et la nature morte. A vous s'adressent tous les vœux, toutes les douleurs ; vers vous s'élèvent toutes les prières. Vous êtes la vie de toutes les vies, le centre de tous les mouvements, la fin de tout; vous êtes seul, vous êtes tout. O vanité des expressions humaines 1 tous ces noms vous conviennent, et cependant aucun ne saurait vous désigner . Seul dans l immensité de Y univers , vous n'avez pas de nom. Comment pénétrer par-delà tous les Cieux dans votre sanctuaire impénétrable? Etre au-dessus de tous les êtres, ce nom est le seul qui ne soit point indigne de vous ' . »
Voilà Dieu !
Quel homme douta jamais de son existence? l\ n'y a point d'effet sans cause. Un palais suppose un architecte, un tableau suppose un peintre, une statue suppose un statuaire ; la terre avec ses montagnes gigantesques , et ses plaines fertiles, et ses lacs, et ses rivières ; la mer, et son immensité, et son mouvement régulier, et ses vagues écumantes, et ses monstrueux habitants ; le Cielavec ses globes lumineux, immenses, innombrables, supposent aussi une cause toute puissante, créatrice de
' St, Grégoire de Nazianze.
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tant de merveilles. Celte cause quelle est-elle? ces merveilleux ouvrages sont-ils à eux-raemes leur propre cause? Mais tous vous répondent dans leur éloquent langage : ipse fecit nos et non ipsi nos ; c'est Dieu qui nous a faits, ccn'est pas nous qui nous sommes faits nousmômes. Non, ils ne se sont pas faits, car ils ne sont pas Dieuj la terre n'est pas Dieu, la mer n'est pas Dieu, le Ciel n'est pas Dieu, l'univers n'est pas Dieu ; en eux ne sont ni les propriétés ni les caractères incommunicables de l'Etre par excellence, l'éternité, l'indépendance, l'immensité , la liberté , la spiritualité.
Quelle est donc la cause qui a produit tant de merveilles? Le hasard? Mais le hasard n'est rien, c'est un mot vide de sens dont l'homme se sert pour cacher son ignorance, comme le mendiant d'un haillon pour couvrir sa nudité. En effet , nous disons qu'une chose s'est faite par hasard, pour signifier que nous n'en connaissons pas la cause. Le hasard n'est donc rien , il n'a donc pas fait le monde. Quelle est donc la cause créatrice de l'univers? Les hommes? Vraiment l'histoire est inexcusable de n'avoir pas conservé le nom de l'astronome qui a fabriqué le soleil et attaché les étoiles au firmament ; le nom du géologue qui a fabriqué les Alpes et les Pyrénées; le nom du chimiste qui a fait l'Océan. Hélas ! tous les hommes ensemble ne pouraicnt faire un moucheron , un grain de sable , et ils auraient fait l'univers !
Ainsi, d'une part, ce n'est ni le hasard ni l'homme qui ont fait les merveilles qui frappent nos regards;
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d'autre part, ces admirables ouvrages n'ont pas toujours existé et n'ont pu se faire eux-mêmes puisqu'ils n'ont pas les propriétés de l'Etre nécessaire; que reste-t-il? smon qu'ils sont l'ouvrage de cet Etre éternel, infini, tout-puissant , que la langue de tous les peuples appelle Dieu .
En effet , tous les peuples ont cru à l'existence de Dieu ; ils ont pu se tromper sur ses perfections et ses attributs; mais toujours ils ont reconnu son existence. Prenez le genre humain depuis son berceau, suivez-le dans les divers climats qu'il a successivement habités, qu'aucun pays, qu'aucune nation, qu'aucune famille n'échappe à vos regards; des peuples civilisés , passez aux nations barbares , pénétrez chez les tribus dégénérées qui ont planté leurs tentes au milieu des sables brûlants de l'Afrique, ou chez les hordes sauvages qui errent dans les vastes savanes du Nouveau-Monde ; partout la langue humaine prononce le nom de Dieu; partout vous suivrez le genre humain à la trace des autels qu'il élève à la gloire de ce grand Etre, à l'odeur des sacrifices qu'il offre en son honneur, au bruit des hymnes et des prières qu'il fait monter vers son trône éternel . Faites le tour du monde , il vous sera plus facile de trouver une ville bâtie dans les airs que de rencontrer un peuple sans lidée de Dieu. Il faut qu'elle soit bien enracinée , bien indeslructible dans le cœur humain , cette grande idée de Dieu, puisque l'homme, enseveli dans la boue des plus grossières voluptés et devenu en quelque sorlc semblable aux brutes slupides , laisse
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néanmoins échapper, malp^ré lui, le nom de Dieu et porte SCS regards vers le séjour de ce grand Etre.
C'est l'observation que Tertullien faisait aux Paycns de son temps : « Voulez-vous , leur disait-il , que je vous prouve l'existence de Dieu par le seul témoignage de l'ame? Eh bien , quoiqu'au fond de cette prison de boue qui la retient, quoiqu'enchaînée par une foule de préjugés, énervée par les passions et la concupiscence, esclave des fausses divinités, lorsque l'ame revient à ellemême comme du sein de l'ivresse ou de quelque maladie , et recouvre un instant de santé , elle proclame Dieu , elle l'invoque sous le seul nom qui lui convienne ! Grand Dieu ! Bon Dieu ! ces paroles viennent à la bouche de tous les hommes. Omnium vox est 1 0 témoignage de l'ame naturellement chrétienne ! 0 teslimonium animœ naturaliler christianœ ! Et quand elle tient ce langage, ce n'est point le Capitole qu'elle regarde, mais le Ciel, parcf qu'elle sait bien que là est le siège du Dieu vivant , qu' cllo-môme vient de là et de lui ' . » Ainsi , l'homme et le monde proclament à l'envi l'existence de Dieu ; la nature morte le loue par son silence et la nature vivante par ses chants et ses prières.
Aussi peut-on raisonnablement douter si jamais il exista un homme assez fou pour nier avec conviction l'existence de Dieu. Quoi qu'il en soit, voici un raisonnement bien simple avec lequel un enfant peut mettre à bout tous les prétendus athées. Nous l'appellerons, si vous voulez, l'argument de la poule.
> Jpolog. c. IS,
II y a quelques années, un jeune homme de province fut envoyé h Paris pour achever ses études ; comme tant d'autres, il eut le malheur de rencontrer de mauvaises compagnies. Ses propres passions, d'accord avec les discours impies de ses camarades , lui firent oublier les leçons de sa pieuse mère et mépriser la Religion. Il en vint au point de désirer et enfin de dire comme l'impie dont parle le Prophète : Il ny a point de Dieu ; Dieu n'est quun mot. Pour le dire en passant, c'est toujours ainsi que l'incrédulité commence; c'est une plante qui ne prend racine que dans la fange. Après plusieurs années de séjour dans la capitale, ce jeune homme revint dans sa famille. Un jour il fut invité dans une maison honorable, oii se trouvait une nombreuse compagnie.
Pendant que tout le monde s'entretenait de nouvelles, de plaisirs et d'affaires, deux petites filles de douze à treize ans lisaient ensemble, assises dans l'embrasure d'une croisée. Ce jeune homme s'approche et leur dit : Quel roman lisez-vous, Mesdemoiselles, avec tant d'attention? — Monsieur , nous ne lisons pas de roman. — Pas de roman ! quel livre Hsez-vous donc? — Nous lisons l'histoire du peuple de Dieu . — L'histoire du peuple de Dieu ! vous croyez donc vous autres qu'il y a un Dieu !
Etonnées d'une pareille question , les deux petites filles se regardent, la rougeuf leur monte au visage; et vous , Monsieur , ne le croyez-vous pas , lui dit vivement la plus Agée ? — Je le croyais autrefois , mais depuis que j'ai habité Paris, que j'ai étudié la philosophie, les
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mathèmalicjaes , la politique, je me suis convaincu que Dieu n est qu'un mot. — Pour moi. Monsieur, je n'ai jamais été à Paris, je n ai jamais étudié la philosophie ni les mathématiques , ni toutes les belles choses que vous savez , je ne connais que mon Catéchisme ; mais puisque vous êtes si savant et que vous dites qu'il n'y a pas de Dieu, me diriez-vous bien d'où vient un œuf?
La jeune enfant prononça ces paroles assez haut pour être entendue d'une partie de la société. Quelques personnes d'abord s'approchèrent pour savoir de quoi il était question, d'autres les suivirent, enfin toute la compagnie se réunit autour de la croisée pour savoir ce qu'on disait. — Oui , Monsieur , reprit la jeune personne, puisque vous dites qu'il n'y a point de Dieu, me diriez-vous bien d'où vient un œuf? — Plaisante question ! un œuf vient d'une poule. — Et maintenant, Monsieur, me diriez-vous bien d'où vient une poule? — Mademoiselle le sait aussi bien que moi , une poule vient d'un œuf. — Eh bien! lequel des deux a existé le premier , de 1 œuf ou de la poule? — Je ne sais vraiment ce que vous voulez dire avec vos œufs et vos poules ; mais enfin, celle des deux choses qui a existé la première, c'est la poule. — Il y a donc une poule qui n'est pas venue d'un œuf? — Ah ! pardon, Mademoiselle, je ne faisais pas attention, c'est l'œuf qui a existé le premier. — Il y a donc un œuf qui n est pas venu d' une poule ? répondez , Monsieur. — Ah ! si , pardon . . . c'est que. . . parce que. . . voyez-vous... — Ce que je vois. Monsieur, c'est que vous ignorez si c'est l'œuf qui a existé avant la poule, ou
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si c'est la poule qui a existé avant l'œuf. — Je dis que c'est la poule. — Soit, il y a donc une poule qui n'est pas venue d'un œuf; dites-moi maintenant qui a créé cette première poule d'où sont venues toutes les poules et tous les œufs? — Avec vos poules et vos œufs, vous avez l'air de me prendre pour une fille de bassecour. — Pas du tout, Monsieur, je vous prie seulement de me dire d'où est venue la mère de toutes les poules et de tous les œufs?... Puisque vous ne le savez pas, vous me permettrez de vous l'apprendre. Celui qui a créé la première poule ou le premier œuf, comme vous aimerez le mieux, est le même qui a créé le monde, et cet Etre, nous l'appelons Dieu. Comment, Monsieur, vous ne pouvez , sans Dieu , expliquer l'existence d'un œuf ou d'une poule, et vous prétendriez, sans Dieu, expliquer l'existence de l'univers?
Le jeune impie n'en demanda pas davantage, il saisit furtivement son chapeau et s'en alla, honteux, dit-on, comme un renard qu'une poule aurait pris. — A ce trait nous pouvons en ajouter un autre.
Nous connaissons une jeune enfant qui confondit, il y a très-peu de temps, un de nos prétendus Athées. Cet homme voyageait dans une voiture publique ; pendant toute la roule qui avait été très-longue, il n'avait cessé d'assourdir les voyageurs par son jargon d'impiété. Arrivé à un relais, il regarde par la portière et voit les petites filles qui sortent de la classe des bonnes sœurs de Saint-Vincent. S' adressant à la première de ligne : Ma ^>etite, lui dit-il d'un air moqueur, je te donnerai
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deux SOUS si tu veux me dire ce que c'est que Dieu. La petite fille, comprenant qu'il voulait se moquer, quitte son ranp; et s'approchant de la voiture, lui dit : Dieu est un pur esprit, Monsieur, et vous vous n'ôtcs qu'une bête. Là-dcssu*s elle lui fait une grande révérence et s'en va souriant rejoindre ses compagnes. On devine le reste.
De l'existence de Dieu passons h ses perfections adorables.
Dieu est un esprit infini, éternel, incompréhensible, qui est partout, qui voit tout, qui peut tout, qui a tout créé par sa puissance et qui gouverne tout par sa sagesse. Qui dit Dieu, dit l'Etre par excellence, l'Etre proprement dit, l'Etre infiniment parfait. De cette notion incontestable se déduisent, par une chaîne de conséquences évidentes , tous les attributs essentiels de la divinité.
1° L éternité. Puisque Dieu est infiniment parfait, il résulte qu'il n'a aucun principe extérieur de son existence, qu'il est par lui-môme et par la nécessité de son être. Dieu ne s' étant pas donné l'être et ne l'ayant pas reçu, il est donc l'Etre môme, il est donc éternel, c'est-àdire qu'il n'a ni commencement ni fin. Il est ; voilà son nom : Je suis celui qui «mis, définition sublime, incommunicable , qu'il donne de lui-même : Ego Jehoçah : moi Jehomh : Voilà mon nom pour V éternité'.
^° L imlépendance . Puisque Dieu est l'Etre par excellence, l'Etre infini, il ne peut avoir ni supérieur ni égal, autrement il serait limité, imparftiit , il ne serait pas Dieu .
' Exod. c. 3. 14.
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3° L'immensité. Puisque Dieu est l'Etre infini, il ert résulte qu'il ne peut être borné par aucune cause, par aucun temps, par aucun lieu, ni dans aucune de ses perfections; infini en tous sens, il est donc immense aussi bien qu'éternel.
4® Lunité. Puisque Dieu est l'Etre infini, il en résulte qu'il est un, qu'il est unique ; hors de l'infini que peutil y avoir que le néant ou des images de l'infini?
5* L immutabilité. Puisque Dieu est infini , il ne peut rien perdre , rien acquérir , ni se modifier , ni changer, ni avoir des pensées nouvelles ou des volontés successives, il est donc immuable.
6° La liberté. Puisque Dieu est infini, nulle cause étrangère ne peut gêner ses opérations. Il a donc créé librement le monde dans le temps sans qu'il lui soit arrivé une nouvelle action ni un nouveau dessein ; il l'a voulu de toute éternité et l'effet s'en est suivi dans le temps. Aussi librement qu'il l'a créé, aussi Hbrement il le gouverne.
7** La spiritualité. Puisque Dieu est infini, il en résulte qu'il n'a point de corps, car tout corps est borné, imparfait, sujet au changement et à la dissolution. Dieu est donc un pur esprit. Etre simple, invisible, bien que présent partout ; sans mélange et sans forme , il ne peut être vu de nos yeux, ni touché de nos mains, ni tomber sous aucun de nos sens. Ainsi ," quand vous entendez parler des mains, des bras, des pieds, des oreilles, des yeux de Dieu ; quand vous lui entendez prêter des sentiments de colère ou de haine, gardez-vous de prendre
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ces j)arolos à la lettre et dans une acception malérielle ou humaine, ce n'est là qu'un langage figuré par lequel la majesté divine daigne s'abaisser à la portée de notre faible intellit^ence . La môme chose a lieu dans le commerce journalier. Toutes les fois que nous nous rencontrons avec des hommes peu civilisés , nous empruntons leur langage pour nous faire entendre d'eux. Lors donc qu'on parle des mains , des bras , des oreilles , des yeux de Dieu, on veut dire par ses mains : qu'il lait tout ; par ses bras, qu'il peut tout ; par ses oreilles, qu'il entend tout; par ses yeux , qu'il voit tout; par sa haine et sa colère, qu'il ne peut souffrir le péché et qu'il le punit autant qu'il le mérite.
8" LinteJlégence. Puisque Dieu est iniini , il en résulte qu'il connaît tout, le passé, le présent et l'avenir: ou plutôt il n'y a pour Dieu ni passé ni futur, mais tout lui est présent. Le monde est une de ses pensées; il le comprend, il le pénètre mille fois mieuxique nous ne comprenons , que nous ne pénétrons nous-mêmes notre propre pensée.
De ce que Dieu voit tout dans le présent , il en résulte que la connaissance qu'il a des actions humaines ne blesse en rien notre liberté. En effet, les actions de I homme ne se font pas parce qu'elles sont vues de Dieu ; au contraire , elles sont vues de Dieu parce qu'elles se font. Soutenir le contraire, serait soutenir une absurdité et un blas[)hèmc ; une absurdité, puisque ce serait prétendre que Dieu voit ce qui n'est pas ; un blasphcnie . puisque ce serait anéantir la liberté de l'homme. La raison 1. i. 4
en est claire : si les actions de l'homme ont lieu parce que Dieu les a vues, il est évident qu'elles doivent avoir lieu , bon gré malgré que nous en ayons, autrement Dieu se serait trompé et le raisonnement suivant serait rigoureusement logique : ou Dieu a prévu que je mourrai dans un mois, par exemple , ou bien il ne l'a pas prévu; s'il l'a prévu, quoi que je fasse, telles précautions que je prenne , je mourrai ; si , au contraire , Dieu ne l'a pas prévu, quoi que je fasse , telle imprudence que je commette , que je refuse toute espèce d'aliment ou que je me précipite du haut d'une tour, je ne mourrai pas. L'absurdité d'un pareil raisonnement fait sauter aux yeux l'absurdité de cette proposition, que les actions humaines sont nécessitées par la prescience divine. Non, image de Dieu, l'homme est libre comme son auteur.
A toutes ces perfections joignez la puissance, la sainteté, la bonté, la miséricorde, la vérité, la justice, et tout
cela dans le degré le plus élevé, et vous aurez cet Etre
que la langue humaine appelle Dieu' . Cet Etre est présent partout. Nous sommes tout enveloppés de lui, nous vivons en lui, comme le poisson dans le vaste Océan.
Dieu me voit : ces trois mots ont empêché et empêchent encore plus de crimes que tous les prédicateurs ensemble. La pensée que Dieu est partout , remplit lame attentive de religion , de respect, de confiance et d'amour; le souvenir de la présence de Dieu est l'écolr
' f\v/et Fénélon , de ifxisteuce de Dieu; — Bergier, art. Dieu. — St. Thomas, 1. p.q. 2, de.
DE PKRSI'VltRANCE. .'> î
de toutes les vertus. Les Saints et les Patriarches de l'Ancien Testament avaient un soin particulier de marcher toujours en cette sainte présence. Vive le Setgneur en la présence duquel je suis\ Tel était leur devise, leur cri de guerre, leur expression familière. David ne se contentait pas de le louer sept fois le jour : J'avais, dit-il, le Seigneur toujours présent devant mes yeux, parce que je sais quil est toujours à ma droite, pour empêcher que rien ne me trouble \
Pourquoi, dans ces grands hommes, cette extrême attention à se rappeler si souvent la présence de Dieu? 1° Parce que la pensée que Dieu nous regarde, qu'il veille sur nous comme nous veillons sur la prunelle de notre œil, qu'il écrit au livre de l'éternité les moindres œuvres que nous faisons pour sa gloire, est très-propre à nous réjouir le cœur, à nous encourager au bien, à nous soutenir au milieu des dangers • 2" parce que la pensée que Dieu nous regarde suffit pour nous obliger à être toujours très-réglés dans tout ce que nous faisons. Quel est le serviteur assez insolent pour mépriser les ordres de son maître en sa présence"? et le voleur assez hardi pour dérober dans le moment même où son juge tient les yeux fixés sur lui ? Or, Dieu nous regarde incessamment , le jour et la nuit , quand nous sommes seuls ou en compagnie ; il est notre maître, il est notre juge , il est tout-puissant : il peut faire que le Ciel s'ouvre, que la foudre tombe, et que lEnfer en-
' 3. Heg. 17.
^ 1. Ps. 15. 8.
gloutisse celui qui osera l'outrager ; qui sera assez hardi pour le faire? « Seigneur, disait saint Augustin, quand je considère que vous avez perpétuellement les yeux sur moi , et que vous veillez sur moi jour et nuit avec autant de soin que si dans le Ciel et sur la terre vous n'aviez point d'autre créature que moi à gouverner, quand je songe que vous voyez toutes mes actions, que vous pénétrez toutes mes pensées et que tous mes désirs sont exposés à votre vue, je suis rempli de confusion ' . » Certes , si la seule présence d'un homme grave est capable de nous contenir dans le devoir , que ne devra point faire la présence de la majesté infinie de Dieu? Qui osera faire devant Dieu ce qu'il rougirait de faire devant un valet?
3° Parce que la pensée de la présence de Dieu console dans toutes les peines. Rien n'arrive que par la volonté ou la permission de Dieu , et Dieu est un père qui sait mieux que nous ce qu'il nous faut , qui nous aime plus tendrement que nous ne nous aimons nous-mêmes. Quel qu affliction qui m arrive , disait David , je nai pas même la pensée den former la moindre plainte; je me suis tu, et je nai pas même ouvert la bouche parce que cest vous, Seigneur, qui Y avez fait\ Et le saint homme Job : Le Seigneur me Pavait donné , le Seigneur me Va ôté, il a fait ce qu' il a trouvé bon ; que son saint nom soit béni ^ î
' Soliloq. c. XIV.
a Ps. 38.
3 Job. c. 1. 21.
m- PERSl'VKRANCE. .'>3
0 mon Dieu ! qui ôtes tout amour, je vous remercie de vous être fait connaître à nous; éclairez ceux qui ne vous connaissent pas; je vous adore, je vous aime, je vous consacre tout ce que j'ai et tout ce que je suis.
Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, je me dirai souvent : Dieu me voit.