‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religion (volume 3)Chapitre 26 sur 46 · IV^ LEÇON · texte numérisé non relu

IV^ LEÇON

OUVRAGE DES SIX JOURS

Premier jour. — Explication de ces paroles : Au commencement Dieu créa le Ciel cl la terre. — Cette première parole piédestal de la science. — Les ténèbres couvraient la surface de l'abîme. — Explication. — Et TEsprit de Dieu était porté sur les eaux. — Explication. — Image du Baptême. — Création de la lumière. — Rapidité de sa propagation. — Couleurs. — Leurs avantages.

Après avoir contemplé Dieu en lui-même , considérons-le dans ses ouvrages. Ils nous raconteront sa gloire et , mieux que tous les raisonnements , nous expliqueront ses perfections infinies. Nous avons vu que Dieu est do toute éternité; il n'en est pas ainsi des créatures. Au commencement , rien de ce que nous voyons n'existait : nous-mêmes n'existions pas. Il n'y avait ni Ciel, ni terre , ni soleil, ni montagnes, ni rivières, ni mer, ni animaux, ni hommes. Dieu résolut de créer toutes ces choses. Mais comment fera-t-il? où prondrat-il des éléments pour former ce ma«înifique univers'.* Quand l'homme veut bAtir une maison, il lui faut des pierres, du bois, du fer. La première ^abane serait encore à construire si 1 homme avait du en créer les matériaux. Mais Dieu est bien autrement puissant : Il dit et

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tout fut fait; car celui qui peut tout opère ce qu il veut en parlant.

De toute éternité Dieu avait conçu la pensée du monde, au temps marqué il parla sa pensée, c'est-àdire qu'il l'exprima au-deliors par son verbe ou sa parole; en un mot, il dit et tout fut fait. C'est d'une manière analogue que l'homme lui-même produit ses ouvrages, car l'homme est l'image de Dieu. Quand il veut bAtir une maison , par exemple, il commence par en concevoir l'idée , puis au temps fixé il dit : que cette maison soit. Si l'elTet ne suit pas immédiatement sa parole, c'est que l'homme n'étant pas tout-puissant . n'opère pas ce qu'il veut en parlant. Il a besoin pour suppléer à sa faiblesse dune foule de coadjutcurs et de moyens étrangers dont le concours et T emploi demandent du temps. Mais il n'en est pas moins vrai que les ouvrages de l'homme sont l'expression de sa pensée, comme le monde est 1 expression d'une pensée de Dieu.

Pour connaître combien fut puissante et fécon(^» l;i parole qui créa l'univers, recueillons-nous, et nous transportant en esprit au moment de la création , écoutons-en le récit avec les mêmes sentiments d'admiration dont nous aurions été touchés si nous avions été présents à ce grand ouvrage, et que nous eussions vu à chaqui' parole du Créateur, sortir du néant cette foule de créatures si diversifiées et si parfaites. Devant nos yeux va se dérouler un livr^ magnifique, le premier dans lequel Dieu veut que 1rs enfants (Irs; hommes lisent son existenrr .

sa gloire, sa puissance, sa bonté et toutes ses perfections. Ce livre admirable, Dieu 1 écrivit en six jours , il y a environ six mille ans. Que chacun de c^ jours soit une révolution de vingt-quatre heures ou un espace de temps plus long , c est une question laissée aux vaines disputes des philosophes. Ce qu'il importe de remarquer, c est que Dieu ne voulut pas créer le monde en un instant et tout d'un coup , mais successivement . afin de nous apprendre qu il est libre d agir comme il lui plaît. Voici en quel ordre il appela toutes les créatures du néant.

Au commencement , Dieu créa Je Ciel et la terre. Au commencement, c est-à-dire, dès le premier commencement de toutes choses ; lorsque Dieu commença de créer le monde.

Le Ciel et la terre; Moise a voulu nous marquer d abord en général la création de l univers, dont les principales parties, à notre égard, sont le Ciel et la terre. Dans ce peu de paroles il réunit tout et nous le met sous les yeux. Il descendra ensuite dans le détail , en marquant ce quijut fait chaque jour de cette grande semaine ' . Combien de doutes éclaircis par ce peu de paroles : Dieu créa le Ciel et la terre! Combien d erreurs dissipées? combien de vérités salutaires révélées? qu'eût fait notre raison sans cette lumière? Que chercher toujours et s'égarer peut-être toujours.

Cette première phrase de la Bible est le piédestal de la science moderne. C est à ces lumineuses paroles

« St. Grégoire de N) ssc , lib. in hcjcaemeron. — St. CyriL d*Alexvd. tib, II. contr, Julian, — Et St. Aug. lib, i de Gen, ad titt, c. m.

quelle doit d èire délivrée de toutes les cosmogonies absurdes dont l'antiquité payenne n'a pu sortir, et qui , condamnant la science à des tâtonnements éternels, I ont retenue dans l'état pitoyable que chacun connaît. La science impie du dernier siècle , est retombée dans le cahos, pour avoir rejeté cette base de l'édifice. La science actuelle sort des ténèbres et grandit à mesure qu'elle redevient biblique.

Voyez encore quelle majesté et en même temps quelle simplicité dans ce peu de paroles : Au commencement , Dieu créa le Ciel et la terre l On sent que c' est Dieu luimême qui nous instruit d'une merveille qui ne l'étonné point, et au-dessus de laquelle il est. Un homme ordinaire se serait efforcé de répondre par la magnificence de ses expressions à la grandeur de son sujet, et il n'aurait montré que sa faiblesse. La sagesse éternelle qui ? est jouée en faisant le monde , comme elle le dit ellemême, en fait le récit sans s'émouvoir.

La terre était informe et tmUe nue , c'est-à-dire sans ornements, sans hommes, sans animaux, en un mot, privée de tout ce qui peut embellir un pays '. Dieu n'a pas voulu créer la terre avec sa magnifique parure , quoiqu'il le pût avec une égale facilité, afin que l'homme ne regardât pas la terre comme riche et féconde par son propre fond; qu il siit qu'elle a été dans son origine sans fruits, sans habitants, sans beauté ; qu elle pouvait être dans tous les temps aussi stérile et aussi dénuée qu'au jour de sa naissance ; et que les richesses dont elle est

' Jérém. t. iv. 4(.

aujourd hui comblée lui sont étrangères et viennent d'une main invisible.

Les ténèbres cùuvraient la surface de l abîme. Par cet abîme on entend des eaux profondes qui enveloppaient la terre, la couvraient de toutes parts, et ne faisaient avec elle qu'un seul globe. D'épaisses ténèbres cachaient tout cela, ce qui doit s'entendre non-seulement de la privation de la lumière où était alors tout l'univers; mais d'un brouillard fort épais, élevé jusqu'à une certaine hauteur, qui aurait caché la surface des eaux, quand même la lumière aurait paru, et qui en dérobait la vue , après même que la lumière fut faite. Cette circonstance a paru à Dieu même mériter une attention particulière : Chù étais-tu, disait-il à Job, lorsque je couvrais la mer d'un nuage, et que je ï environnais au moment (le sa naissance dun brouillard ténébreux, comme on emmailJotte un enfant '?

Il y a peu de personnes qui n'aient observé que les rivières, les lac^et à plus forte raison la mer, se couvrent en certain temps pendant la nuit d'un brouillard qui au point du jour paraît être comme un coton et un duvet , sous lequel la surface des eaux est tranquille et comme dormante. C est ainsi à peu près que dans les ténèbres générales et dans la nuit où tout 1 univers était plongé , Dieu tenait tranquille un abîme immense sous un brouillard épais, et qu'il paraissait l'endormir dans son enfance sous le coton dont il lavait revêtu : réservant à un autre lonipsà agiter ce redoutable Océan, et

' Job. XXXVIII. *J. •

DL PtllSÉVl'RANCL. Gl

à le mettre en fuite par sa parole, et demeurant également le maître ou de le tenir dans le sommeil ou de le réveiller.

Et VEspril de Dieu était parte sur les eaux. Ces |)aroles signifient l'opération de Dieu qui préparait les eaux et la terre à la fécondité, et nous représentait le Saint-Esprit lui-même inspirant la chaleur et la vie à ces eaux dont le monde devait sortir. Voyez l'admirable et touchante comparaison ! Les eaux étaient couvertes d'un brouillard qui leur servait comme de drapeaux et de langes. L'Esprit de Dieu était porté sur elles. Semblable à un oiseau qui étend ses ailes sur ses petits pour les couvrir, ou même sur ses œufs pour les échauffer, les animer et les faire éclore; l'Esprit vivifiant enfantait pour ainsi dire le monde futur, il f animait par son souffle et lui inspirait la chaleur et la vie ' .

Là se trouve une belle figure d'une autre naissance bien plus miraculeuse aux yeux éclairés de la foi. Notre Seigneur parlant à Nicodème, lui dit : (( En vérité, en vérité, je vous dis que si un homme ne renaît de feau et de l'Esprit , il ne peut entrer dans le royaume des Cieux. Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l'Esprit est esprit. Ne vous étonnez pas de ce que je vous ai dit, qu'il faut que vous naissiez de nouveau '. » Notre Seigneur compare l'Esprit de Dieu imprimant une vertu secrète aux eaux pour une première naissance, avec le même Esprit rendant fécondes les eaii\ du

' f'oyez Duguet, ouvrage des Six Jours. ' Joau. III. 3, 5 cl suiv.

Baptême pour une seconde naissance. Il montre dans la création de l'homme le modèle de la réparation. Il l'avertit qu'il n'a retenu de sa première origine qu'une naissance charnelle, s' étant privé de l'Esprit dont la vie et la chaleur l'avaient animé, et qu'il sera toujours exclu du Ciel s il ne reçoit une nouvelle naissance, dont l'Esprit de Dieu et les eaux soient comme autrefois le principe ' . Ce n'est pas la seule lois que nous aurons occasion de remarquer que Dieu, dans la régénération de l' homme, a suivi les mêmes lois que dans sa création ' .

» Voyez les prières pour la bénédiction des Fonts Baptismaux.

2 La submersion primitive du globe est avouée par la géologie moderne. « Dans la première période, disent les auteurs de V Encyclopédie moderne, l'Océan paraît avoir stationné sur le globe. C'est un aveu dont il faut tenir compte à nos savants. 11 en est de même de tous ceux qu'ils font en faveur du récit de Moïse. Quand ils osent s'en éloigner ou le contredire, ils sont dans le faux, et nous nous permettrons de leur dire avec M. Ampère : Vos observations sont bonnes, mais la conclusion est attaquable. Attaquable ; pourquoi? Parce qu'en bonne logique il n'est pas permis de conclure du particulier au général. Or, évidemment les géologues ne connaissent pas une portion suQisante du globe, ils n'ont pas creusé à une assez grande profondeur pour fonder un système absolu. Ils disent par exemple que la terre est un soleil encroûté .- qu'ainsi le centre du globe est incandescent. Messieurs, qu'en savez-vous? Mais le thermomètre, disent-ils, indique une élévation de température à mesure que Ton descend. Fort bien; mais qui vous a dit que si l'on descendait plus bas encore, cette température ne deviendrait pas uniforme, ou même ne commencerait pas à décroître.' n Oserons nous le dire, il nous semble voir un ciron qui , placé sur le sommet d'une pyramide d'Egypte, éprouve un peu plus de chaleur à mesure qu'il s'enfonce dans les fentes du pavé. Il est parvenu jusqu'à une ou deux lignes de profondeur, et plus à l'abri de l'agitation de l'air, il éprouve plus de chaleur encore. S'il raisonnait, serait-il en droit de conclure qu'un feu épouvantable brûle au sein de la pyramide? El cependant nous avons bien moins pénétré dans l'inférieur de la terre, que le ciron dans le pavé de la pyramide ; ù peine dans la plus

DE PKRSÉVtRANCE. 6 '-

Ll le Seigneur dit : Que la lumière soit , ci la lumière fut; et Dieu vit que la lumière était bonne, c'esl-à-dirc conforme en tout aux règles et au\ desseins de sa divine sagesse. // sépara la lumière d'arec les ténèbres , et donna à la lumière le nom de jour el aux ténèbres le nom de nuit '.

La lumière est le premier ouvrage et le premier bienfait du Créateur , elle doit donc être le premier sujet de notre reconnaissance. Sans la lumière, toute la nature serait comme si elle n'était pas , et les beautés et les merveilles que la sagesse divine y a répandues, seraient inutiles à l'homme qui doit en être l'admirateur. Mais qu'est-ce que la lumière? Ici commence cette longue suite de mystères qui confondent notre raison? Inexplicables quoique évidents, ces mystères de la nature nous apprennent à croire les mystères encore plus élevés de la Religion, bien que nous ne les comprenions pas. Tout ce que les plus grands philosophes ont dit de la lumière n'est que conjectural.

Les uns prétendent que la lumière est une substance fluide dont nous sommes environnés, et qui devient visible lorsqu'elle est ébranlée et mise en mouvement

grande profondeur de nos mines, avons nous edleuré la pellicule la plus extérieure du globe : ces profondeurs sont moindres, dit M. Biot, que ces rides qu'on aperçoit sur la peau d'une orange ; et nous aurions la prétention de savoir ce qui se passe au centre môme de la terre, c'est ;V dire à plus de mille lieues au-dessous de nousl Le même raisonncnirni s'applique avec une égale justesse à toutes les autres inductions ou suppo sitions anti-mosaïques de la géologie ancienne et modenie. — f'oyei Moïse et les géologues modernes , 7). ^r), ' Cen. c, \, r 3, /|, 5.

fi/i CAfÉCHlSME

par le soleil ou par quelqu autre corps endammé. D'autres disent que la lumière n'est que le feu luimême, qui, par T émanation de ses parties infiniment subtiles, frappe doucement nos yeux à une certaine distance.

Si la lumière est incompréhensible dans sa nature, elle ne Test pas moins dans ses effets et dans ses propriétés. La rapidité avec laquelle elle se propage est prodigieuse. Si sa vitesse n'était pas plus grande que celle du son. elle emploirait dix-sept ans à parvenir du sol^l jusqu'à nous ; mais elle n'a besoin pour cela que de sept à huit secondes. Dans ce court espace, un rayon du soleil parcourt plusieurs millions de lieues. Il y a plus : les observations astronomiques nous apprennent que les rayons d'une étoile fixe doivent, pour arriver jusqu'à nous, parcourir une route qu'un boulet de canon, chassé avec la plus grande vitesse possible, ne ferait qu'en cent miUions quatre cent mille lieues.

Le développement de la lumière n'est pas moins inconcevable. L'espace où elle se répand n'a point d autres limites que celles de l'univers même, et l'immensité do l'univers est si prodigieuse qu'elle excède la capacité de l'entendement humain. La preuve en est que les objets les plus éloignés, les corps célestes par exemple, peuvent être discernés à la simple vue ou à laide des télescopes ; et si nous avions des instruments optiques qui étendissent notre vue aussi loin que la lumière se répand, nous verrions par cela même les corps placés à l'extrémité de lunivcrs.

DE PERSÉVÉRAiNCE. 65

Mais pourquoi la lumière se propage-t-elle de tous c<>tés avec une vitesse si prodigieuse? C'est afin qu'un nombre infmi d'objets puissent être aperçus en même temps par une infinité de personnes, et qu'à chaque instant T homme puisse jouir de l'univers aussi loin que sa vue peut s étendre. Pourquoi les particules de lumière sont-elles d une subtilité presque infinie? C'est afin qu'elles puissent peindre les objets dans les yeux même les plus petits; c'est encore afin qu'elles ne nous éblouissent point par leur éclat , et qu'elles ne nous nuisent point par leur chaleur. Pourquoi enfin les rayons sont-ils réfractés en tant de manières? C'est afin que nous puissions mieux distinguer les objets qui s'offrent à nos yeux.

11 est donc vrai , dans là création de la lumière comme dans tous ses autres ouvrages, Dieu s'est proposé l'utilité et les plaisirs de l'homme. Quelle reconnaissance ne vous devons-nous pas, ô Père de la lumière ! pour des arrangements si sages et si bienfaisants.

Une admirable propriété de la lumière, c'est décolorer tous les objets et de nous les faire aisément distinguer. Au lieu d'une campagne embellie de tout ce que le printemps et la main de f homme peuvent y mettre de plus agréable, imaginons-la toute couverte de neige. La lumière du soleil qui commence à monter sur l' horizon, est fortement réfléchie par cette blancheur universelle. Le jour en est considérablement augmenté. Tout y est éclairé et visible; cependant tout y est confondu : il faut deviner les objets. L'uniformité de la T. I. 5

blancheur empêche, malgré son éclat, de distinguer les rochers d'avec les habitations des hommes, les arbres d'avec la colHne qui les porte, les terres cultivées d'avec celles qui ne le sont pas. On voit donc tout et on ne distingue rien. Tel aurait été l'aspect de la nature, si Dieu nous avait donné la lumière sans la propriété de (olorer les objets.

Mais grâce à cette propriété de la lumière qui peint et habille tout ce qui nous environne, chaque créature est rendue reconnaissable ; chaque espèce porte sa livrée particulière . Tout ce qui doit nous servir a une marque qui le caractérise; nous n'avons point d'effort à faire pour démêler ce que nous cherchons : la couleur nous l annonce. A quelle longueur et à quelle perplexité eussions-nous été réduits, s il eût fallu à chaque instant distinguer une chose d'une autre par des raisonnements? Toute notre vie aurait été employée à étudier plutôt qu à agir. Le dessein du Père céleste n'a pas été d occuper ses enfants à des spéculations oisives. L'on voit aisément qu'il nous a caché le fond des êtres pour nous ramener efficacement aux besoins de la vie et à 1 exercice de la vertu. La terre n'a pas été faite pour loger des philosophes désunis et rêvant à 1 écart, mais une société de frères, liés par des besoins et par des devoirs réciproques.

C'est dans cette vue, qu'au lieu de la longue et pénible voie des discussions , Dieu a bien voulu accorder au genre humain et même au\ animaux qui nous servent, la voie expéditive et commode de distinguer

les objets par la couleur. L'homme ouvre le matin sa paupière et voilà toutes ses recherclies faites. Son ouvrage, ses outils, sa nourriture, tout ce qui l'intéresse se présente à découvert; nul embarras pour en faire le discernement : la couleur est l'étiquette qui conduit sa main et qui la mène à coup sûr où il faut qu'elle arrive. L'intention de nous faire promptement distinguer les objets, n'est pas la seule qui ait donné naissance aux couleurs. Ici, comme en tout autre chose, Dieu s'est occupé de nos plaisirs, comme de nos besoins. Quel autre dessein s'est-il proposé que celui de nous placer dans un agréable séjour, en ornant toutes les parties de l'univers de peintures si brillantes et si variées? Remarquez l'art parfait de ce Peintre divin. Le Ciel et tout ce qui est vu de loin ont été peints à grands traits . L'éclat et la magnificence du coloris en sont le caractère. La légèreté, la finesse et les grâces de la miniature se retrouvent dans les objets destinés à être vus de plus près, comme les feuillages , les oiseaux , les lleurs. Ce n'est pas tout, dans la crainte que l'uniformité des couleurs ne devienne en quelque sorte ennuyeuse , la terre change de robe et de parure, selon les saisons. Il est vrai, pendant l'hiver le divin Peintre étend un vaste rideau blanc sur son tableau. Mais l'hiver qui enlève à la terre une partie de ses beautés, lui ramène un repos utile, et plus utile encore à celui qui la cultive. Tandis qu'il retient l'homme dans sa retraite, à quoi bon la terre se pareraitelle pour n'être point vue de son maître? Au retour du printemps, la toile se lève, et le spectateur de luuivers

contemple ce riche tableau avec un plaisir nouveau ei toujours renaissant.

Les couleurs qui font un si bel effet dans la nature , n'embellissent pas moins la société. Quels agréments ne mettent-elles pas dans nos habits et dans nos meubles ? Mais de tous les services que les couleurs nous rendent, il n en est point qui nous flatte plus que de se prêter, comme elles font, à toutes nos intentions, et de saccorder avec toutes nos situations. Les couleurs les plus communes servent dans les usages ordinaires ; les plus vives et les plus brillantes se réservent pour les occasions distinguées. Elles animent nos fêtes, et avec leur éclat elles répandent une joie secrète qui en est presque inséparable. Sommes -nous dans l'affliction? d'autres couleurs succèdent. Elles nous environnent de deuil ; et c'est pour nous une sorte de consolation de voir tout ce qui nous approche entrer dans nos peines et s'attrister avec nous '.

Cette lumière immatérielle qui éclaire et embellit le monde visible , n'est cependant que l'imparfaite image de la lumière immatérielle qui éclaire et embellit le monde invisible. Le Verbe de Dieu, Jésus-Christ, est cette lumière qui éclaire tout homme venant on ce monde : divine lumière qui possède dans un degré supérieur toutes les propriétés de la lumière créée. Elle se répand par la parole avec une prodigieuse rapidité; elle éclaire toutes les intelligences dans quelque pays et dans quelque siècle qu on les rencontre; elle ne perd rien de

> f'oyet Sturm. t. ii, et Pluche, t. iv.

ion effiracUé; elle apprend à tous à distinguer le vrai du faux, le bien du mal , le parfait de l'imparfait ; elle colore , elle embellit , elle caractérise tous les objets de notre connaissance et de notre amour.

Après l'avoir créée, Dieu sépara la lumière des ténèbres. Cela signifie qu'il marqua un ordre et une succession entre les ténèbres et la lumière . Depuis ce moment , on voit le jour et la nuit se remplacer sans se nuire. On dirait deux enfants qui ont divisé entre eux l'héritage paternel dont ils jouissent en commun , sans trouble , sans empiétement , rigoureusement renfermés depuis tant de siècles dans les limites qui furent assignées à chacun d'eux.

PRIÈR^.

0 mon Dieu! qui êtes tout amour, je vous remercie d avoir créé pour moi la lumière et de m' avoir ainsi procuré tant de jouissances. Ne permettez pas que jamais j'en abuse pour faire le mal. Eclairez aussi mon ame de la lumière de votre vérité, dont celle qui frappe ma vue n'est que l'imparfaite image.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, f élèverai s oui'ent nies regards vers le Ciel.

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