‹ Catéchisme de persévérance, ou, Exposé historique, dogmatique, moral et liturgique de la religion (volume 3)Chapitre 29 sur 46 · V" LEÇON · texte numérisé non relu

V" LEÇON

OUVRAGE DES SIX JOURS

Second jour. — Création du Firmament. — Son étendue. — Sa couleur.

— Eaux supérieures et inférieures. — Air. — Ses propriétés. — Pesanteur. — Invisibilité. — Son utilité. — Crépuscules. — Odeurs. — Son.

— Pluie. — Respiration.

Dieu dit : Que le Firmament soit au milieu des eaux, et qu'il sépare les eaux d*avec les eaux.

Et Dieu fit le Firmament , et il sépara les eaux qui étaient sous le Firmament , de celles qui étaient audessus du Firmament , et cela se fit ainsi.

Et Dieu donna au Firmament le nom de Ciel ' .

Le Firmament, ou le Ciel, est tout cet espace qui s'étend depuis la surface de la terre jusqu'aux étoiles fixes .

C'est dans le Ciel que brille avec éclat la grandeur et la puissance de Dieu. Pour avoir quelque idée de l'étendue du Ciel, observez que le soleil qui nous paraît y occuper si peu de place, est un million de fois plus gros que la terre, dont le circuit est de neuf mille lieues. Observez encore que pour arriver de la terre au soleil, il faudrait cent vingt- cinq ans à un boulet de canon qui

' Gen. c, I. v. 7, 8.

ferait trois lieues dans une minute, et pour arriver à l'étoile fixe la plus proche de nous, il lui faudrait plus de six cent mille ans. Observez enfin que ces étoiles fixes sont autant de soleils qui font jaillir jusqu'à nous, non pas une lumière empruntée, mais la lumière qui leur est propre; soleils que le Créateur a semés par millions dans l'espace incommensurable qui est au-dessus de nos têtes. Concevons par là combien est puissant celui qui, d'une seule parole, a fait de si grandes choses. Et c'est ce même Dieu qui, pour l'amour de nous, s'est fait petit enfant, et qui, caché sous les apparences du pain , se donne à nous dans la Communion !

Si les étoiles fixes peuvent être vues de nous dans l'effroyable distance où elles sont à notre égard, ce ne peut être que parce qu'elles égalent le soleil en grosseur, et leur diminution est la marque de leur prodigieux éloignement. et non de leur petitesse. Ce sont donc autant de soleils qui ont été reculés de nous pour nous garantir de leur feu, sans nous ôter la jouissance de leur lumière. De plus, si cette blancheur qu'on nomme voie lactée n'est, selon le rapport du télescope, qu'un vaste amas d'étoiles ou de soleils plus éloignés encore, la main de Dieu a donc jeté les mondes le long de cette voie avec autant de profusion qu il a répandu le sable sur le bord de la mer. Toutes ces sphères énormes qui roulent si diversement au-dessus de nos têtes, sont des machines terribles, dont le moindre choc suffirait pour mettre notre globe en morceaux ; mais la même main qui les a suspendues dans T espace, a tracé leur route.

Un calcul infaillible a réglé tous les degrés de leur poids et de leur vitesse : aucun obstacle imprévu, aucune force étrangère n'en dérange le cours.

Et au milieu de cette immensité, qu'est-ce que la motte de terre que nous habitons ? que sont en comparaison de ces mondes les provinces et les royaumes ? des atomes qui se jouent dans les airs, et qu'on aperçoit aux rayons du soleil. Et qui suis-je, moi, au milieu de tout cela ? Ah ! comme je me perds dans mon propre néant! Cependant, ô abîme de bonté! c'est pour nous que Dieu a fait ses magnifiques ouvrages'. L'excellence des êtres que Dieu a créés ne se mesure pas à la toise. L'homme a reçu une intelligence, une volonté, une ame. C'est à ce petit être que Dieu communique la connaissance de ses œuvres, tandis qu'il la refuse au soleil môme. C est à 1 homme qu'il destine l'usage et le profit du riche appareil des Cieux . Il est la seule de toutes les créatures visibles que Dieu invite à le louer. Quelle dignité ! quelle grandeur d'avoir un Père qui couvre pour nous la terre de toutes sortes de biens, et

» « La seule raison, disait le célèbre Huyghens, qui oblige à croire * qa^ily a dans les planètes un animal raisonnable, c^est que sans cela ■ notre terre aurait de trop grands avantages , et serait trop élevée en di- » gnité sur le reste des planètes. » Ne voilà-t-il pas une belle raison que celle seule raison ! • L'opinion que l'univers a été fait pour l'homme , dit » M. le vicomte de Bonald, n'a rien qui étonne une haute philosophie, » qui nous apprend que l'univers matériel n'est que le moindre des dons I que le Créateur a fait à l'homme. » Quand on pense que le Créateur de tous les mondes s'est donné lui même à l'homme, pourquoi refuser d'admeltre qu'il lui ait donné ses créatures.' L'ouvrage vaut-il mieux que Touvrier?

qui daigne mettre le Ciel même à notre service ! Quelle reconnaissance nous devons avoir pour un Dieu qui nous traite avec tant de distinction !

A en juger simplement par le rapport de nos sens, on pourrait croire qu'il y a au-dessus de nous une grande voûte peinte en bleu, et prendre les étoiles pour de petits clous brillants qui y sont attachés . Nous venons de voir que cette petitesse apparente des étoiles, est due à leur prodigieux éloignement. Quant à la couleur bleue du Firmament , elle vient 1 ° de ce que Y atmosphère , ou cette masse d'air qui nous environne, n'est pas tout à fait transparente; 2° de ce que l'atmosphère est toujours chargée d'une grande couche d eaux légères qui réfléchissent conjointement avec l'air les rayons du soleil. La couleur bleuâtre est naturelle à l'eau, soit épaisse, soit raréfiée, surtout quand le volume en est considérable. L'atmosphère doit donc être de couleur d'azur, et cet azur est plus ou moins clair à proportion de la quantité de rayons qui le pénètrent. C'est du mélange de cet air et de ces eaux légères que Dieu a formé la couleur de cette voûte éclatante qui réjouit de toutes parts la vue de l'homme, et qui devient le gracieux lambris de son palais Une semblable merveille demande de nous plus que de l'admiration, car elle est la preuve complète que nous sommes l'objet des plus tendres complaisances du Créateur.

En effet , Dieu aurait pu rembrunir ou noircir cette voûte céleste; mais le noir est une couleur lugubre qui eût attristé toute la nature. Le rouge et le blanc n y

DE PERSÉVÉRAiNtE. 77

convenaient pas davantage. Le jaune est réservé pour l'aurore. D ailleurs, une voûte entière de cette couleur n aurait pas été assez détachée des astres qu'on y devait voir rouler. Le vert aurait à la vérité produit tout le relief nécessaire, mais c'est laimable couleur dont Dieu a paré notre demeure : c'est le tapis qu'il a étendu sous nos pieds. Le bleu, sans tristesse et sans rudesse, a encore le mérite de trancher sur la couleur des astres, et de les relever tous. Voilà pourquoi le divin Décorateur l'a choisi de préférence.

Qu'il est redoutable, l'aspect du Ciel, lorsqu'il se montre à nous couvert de nuées orageuses ! Mais quelle beauté, quelle majesté, quelle simplicité dans sa couleur, lorsque le Ciel est serein! Les appartements des rois, que le pinceau des plus habiles peintres a décorés, ne sont rien quand on les compare à la majestueuse simplicité de la voûte céleste. Et qui a revêtu le Ciel de cette couleur ? qui la si richement paré?

Par une attention vraiment paternelle, le Ciel ne conserve pas toujours une teinte uniforme. Au contraire, sa couleur se nuance plusieurs fois tous les jours. Le matin, de tendres clartés blanchissent peu à peu l horizon, l'azur des Cieux pâlit. C'est afin de préparer nos yeux à soutenir l éclat du grand jour. Et quand le soie est venu, le soleil ne nous retire pas tout d'un coup sa lumière; des clartés aussi douces que celles du matin, nous disposent aux ténèbres de la nuit. Passer tout d'un coup du grand jour dans une obscurité profonde, serait très-incommode. Un passage si subit de la lumière

aux ténèbres blesserait les organes de notre vue, et pourrait les détruire. Bien des voyageurs, surpris par unenuit soudaine, s'égareraient, et laplupart des oiseaux seraient en danger de périr. Grâces vous en soient rendues , ô Père céleste ! vous avez prévenu tous ces inconvénients.

Après avoir étendu le Ciel comme un magnifique pavillon, Dieu voulut que ce Ciel ou ce Firmament fût au milieu des eaux ; en sorte qu'il y a des eaux supérieures au Firmament, et d'autres qui lui sont inférieures. Dieu fit évaporer la plus grande partie de ces eaux immenses qui enveloppaient la terre, et il les réduisit à des atomes si imperceptibles, que ne composant plus de masse, et acquérant un mouvement très-rapide , elles s'élevèrent si haut, qu'il resta un très-grand intervalle entre elles et celles dont la terre demeura couverte. Comme cet intervalle faisait partie du Ciel ou du Firmament , et méritait d'en porter le nom, le Firmament fut alors la séparation des eaux , et il se trouva au milieu de celles qui avaient été élevées, et de celles qui ne Tétaient pas. Ainsi, nous avons au-dessus de nos têtes et par-delà le Firmament une immense quantité d eaux, un formidable Océan soutenu par la seule main du Tout-Puissant. Ces eaux étant nuisibles ou inutiles ici bas, elles sont salutaires ailleurs. Elles seraient d'un grand usage quand elles n'auraient d'autre effet que de nous rappeler perpétuellement qu elles ont cédé la place à des hommes qui doivent être justes et innocents. De plus, elles rappelaient aux premiers habitants de laterre qu'elles étaient

prêtes à retourner à leur ancien lieu pour punir l'ingratitude et r irréligion.

C est sans doute pour ce double dessein que Dieu les instruisit de cette séparation des eaux, dont les unes sont suspendues sur nos tètes, et les autres ne sont arrêtées que par les bornes que sa main a prescrites. Quand l' impénitence des hommes l'eut porté à se repentir lui-même de leur avoir donné la vie, il remit les choses dans leur premier état. Il rompit les digues qu'il avait opposées à la mer; et, ne se contentant pas de verser des torrents de pluie, il ouvrit les écluses qui servaient de barrière et de séparation aux eaux supérieures, et la terre fut de nouveau plongée et toute enveloppée dans les eaux comme au jour de sa naissance. Ainsi eut lieu le déluge. Toutes les sources du grand abime des eaux, dit l'Ecriture, furent rompues , et les cataractes du Ciel furent ouvertes'. Plusieurs savants prétendent que ces eaux supérieures alimentent certains lleuves, tels que le Nil et le Niger, dont on ne peut trouver la source, et dont les débordements sont tout à fait inexplicables aux physiciens de nos jours. C'est ainsi que la vieille physique , fondée sur le récit de Moïse , nous explique très-raisonnablement un phénomène sur lequel la science moderne, malgré tous ses progrès, nous déclare qu' elle n' a rien de raisonnable à nous dire\ Une partie de cette immense quantité d'eaux qui enveloppaient la terre, resta au-dessous du Firmament,

' Gen. Yu. H.

' yoyez Moïse et les géologues, p. 83.

et compose nos mers, nos rivières et nos lacs. C'est ce qu'on appelle les eaux inférieures. Nous en parlerons au troisième jour .

L'espace qui s'étend de la terre au Ciel est rempli aune grande hauteur d'une matière fluide , pesante, élastique, qu'on appelle air. Toute cette masse d'air qui environne la terre et lui sert comme de vêtement, s'appelle atmosphère.

La force avec laquelle cette colonne d'air pèse sur chaque surface d'un pied carré, est de deux mille livres. Ainsi, un homme de taille ordinaire a donc très-réellement un poids de vingt-un mille livres sur la tête. Comment n'en sommes-nous pas accablés? Cette pensée semble capable de nous jeter dans le trouble ; mais l'inquiétude qu elle cause d'abord se change en admiration, quand on apprend que ce peu d'air qui est dans notre corps, et qui se renouvelle sans cesse, suffit pour maintenir l'équilibre avec cet épouvantable fardeau qui pèse sur nous, et avec l'air qui nous environne de toutes parts. Ces deux actions s'entre-détruisent, ou plutôt elles ne sont point senties, parce qu'elles sont contrebalancées. Elles sont cependant très-réelles. En voici une preuve évidente : Quand on pompe 1 air qui est dans le corps d'un animal, cet animal s'applatit sous le poids de l'air extérieur, et meurt sur-le-champ . Quand , au contraire, on pompe l'air qui est autour d'un animal, comme on le fait avec la machine pneumatique, l'air intérieur se dilate extrêmement, et gonlle l'animal, do façon qu'il meurt également.

Ainsi, ce peu d'air qui est dans notre corps, est capable de suspendre et de contrebalancer un poids de plus de vingt-un mille livres ; il agit donc par une force qui est égale à ce poids. Voilà un premier mystère. En voici un second. Ce môme air qui est dans nos poumons, et qui soutient un poids de vingt-un mille livres, fait un effort égal pour se dilater, et, par là, désunir et rompre violemment tout l'assemblage de notre corps. Cette tendance terrible est contrebalancée par l'air qui nous environne. La seule égalité de ces forces redoutables et meurtrières fait toute notre sûreté; que l'équilibre vienne à être rompu, et nous périssons. Mais non; la main qui a créé ces forces prodigieuses pour mettre en action toute la nature , les balance avec précaution , et modère à chaque instant la fougue de l'une par la résistance de l'autre.

On peut demander pourquoi l'air qui est aussi voisin de nous, et qui agit sur nous avec tant de force, ne saurait être aperçu? La réponse à cette question nous donne une nouvelle preuve d'une Providence attentive à tous nos besoins. Si l'air était visible, la vue des objets ne serait plus distincte. Chaque parcelle d'air ayant assez d'étendre pour réûéchir la lumière, nous ne verrions ce qui nous environne que comme au travers de ces rayons de soleil qui passent dans une chambre obscure, et sont réiléchis par la poussière qui y vole. En rendant l'air totalement invisible. Dieu ne s'est pas contenté de nous dévoiler plus nettement les dehors de ses ouvrages : il dérobe encore à nos yeux tout ce qu il est de notre intérêt de ne pas voir.

8ÎÎ CATÉCHISME

En effet, si l'air était visible, les vapeurs le seraient encore plus. Les moindres fumées défigureraient le riche tableau de l'univers. La vie même en deviendrait désagréable et pleine d'inquiétudes. Nous apercevrions de toutes parts ce que la perpétuelle transpiration y élève du corps des animaux, ce qui s'exhale des cuisines, des rues et de tous les endroits habités. La société nous serait insupportable. Cependant, comme les exhalaisons qui cessent d'être nuisibles quand elles se dispersent, pourraient, n'étant point vues, nous suffoquer ou nous faire tort, Dieu nous avertit du danger par les odeurs, et nous en délivre par le souftle des vents.

Mais quelque délicatesse qu'il ait donné aux particules de l'air pour les rendre invisibles, notre Père céleste leur a donné en même temps assez de solidité pour en faire une masse capable de modifier ou de courber les rayons de lumière quand ils y entrent de côté ; c'est à cela que nous devons les crépuscules qui procurent de si grands avantages au genre humain.

Lorsque le soleil s' abaisse sous l' horizon , nous devrions être totalement privés de lumière, et entrer tout d'un coup dans la nuit la plus noire. C'est cependant ce qui n'arrive pas. Nous voyons encore le jour durant une heure entière et souvent beaucoup plus, après que le soleil est couché : c'est le crépuscule du soir. Un crépuscule d'aussi longue durée devance l'arrivée du soleil sur l'horizon . Nous sommes redevables de cette utile augmentation du jour, à la manière dont Dieu a construit le corps de l'air. Il a mis une telle proportion entre cet

air et la lumière qui y entre, que quand elle y entre d'aplomb, rien ne dérange sa direction. Mais quand un rayon entre obliquement ou de côté dans cet air, le rayon, au lieu de traverser l'air de part en part, se courbe et descend un peu.

Ainsi, lorsque le soleil approche de notre horizon, plusieurs de ses rayons qui passent au-dessus de nous, et qui ne sont point envoyés vers nous, rencontrant la masse d'air qui nous environne, se courbent dans cette masse, se plient vers la terre et parviennent à nos yeux, de sorte que nous voyons le jour long-temps avant que l'astre, qui en est le père, paraisse à découvert; et le soir, nous jouissons encore d'une partie de sa lumière, lorsque lui-môme a disparu. Enfin, quand le soleil est descendu à une certaine profondeur au-dessous de notre horizon, l'air cesse, pour notre service, de rompre ses rayons et de les abaisser vers nous. C'est alors que d'épaisses ténèbres avertissent F homme de mettre fin à son travail. Si la lune et les étoiles veillent encore pour lui fournir le secours de leurs flambeaux, la lueur en est douce, et n'est pas capable de troubler son repos .

L'air produit d'autres effets plus merveilleux encore. C'est un messager qui nous apporte de toutes parts et de fort loin des avis aussi justes que prompts, de tout ce qui peut nous intéresser, soit en bien, soit en mal. Il est le véhicule des odeurs. En les transmettant jusqu'à nous, il nous informe de la bonne ou mauvaise qualité des viandes. Comme il nous annonce par des sensations

délicates et flatteuses ce qui est d'une nature bienfaisante et convenable à nos usages; il n'est pas moins fidèle à nous affliger à propos , quand il faut fuir un poison , un séjour marécageux, une demeure infecte ou malsaine.

Si l'air est pour nous un moniteur fidèle par la diversité des odeurs qu'il nous apporte, il s'acquitte encore de la même fonction par les différents sons dont il nous frappe . On peut regarder ces sons comme autant de posti lions qu'il nous envoie à chaque instant pour nous dire ce qui se passe souvent à des distances considérables : à nous de profiter de l'avis.

Ce n'est pas tout : il nous avertit encore de ce qui se passe dans l'esprit des autres. Différentes pensées m'occupent ; elles ne sont connues que de moi ; elles ne sont point visibles. Comment pourrai-je les communiquer à la compagnie qui me fait l'honneur de m' entendre? Je forme par les mouvements de ma langue et de mes lèvres quelques mots dont les articulations différentes sont des signes de certaines pensées. Par ce moyen, ceux qui entendent le bruit dont mes lèvres ont frappé l'air, sont informés de tout ce que j'ai dans l'esprit . Ils sont occupés des mêmes pensées , et leur cœur est touché des mêmes sentiments. C'est donc l'air qui est, pour ainsi dire, l'interprète du genre humain : il est le lien des esprits.

Il n'unit pas seulement ceux qui sont à portée de communiquer leurs pensées par la parole, il met en correspondance ceux mêmes qui sont séparés par de grands intervalles. Les habitewits d'une ville ne peuvent pas

voir ce qui se passe hors des murs qui les renferment, et ceux qui ont connaissance que l'ennemi attaque une de leurs portes, ne peuvent point, par le simple secours de la voix, faire promptement connaître leurs besoins à r autre extrémité de la ville . L' air va venir à leur secours . La sentinelle qui a vu paraître de loin l'ennemi, frappe quelques coups sur une cloche. En une seconde, c'està-dire durant la soixantième partie d'une minute, lair a déjà porté le son de la cloche à mille quatre-vingts pieds ou h cent quatre-vingts toises aux environs de la tour. Dans la seconde suivante , le son est à cent quatre-vingts autres toises. La nouvelle du danger est sue dans toute la ville en moins du demi-quart d'une minute. A l'instant, chacun court aux armes, l'ennemi est repoussé. C'est à l'air qu'on doit la victoire.

L'air est donc le messager le plus tôt prêt à partir et le plus diligent que nous puissions employer. Mais s'il nous étonne par la vigilance et par la promptitude de sa course , que dirons-nous de la fidélité avec laquelle il rend ce qu'on lui a confié? Il distribue à la ronde r harmonie d'un concert; il nous rapporte sans méprise toute la justesse delà mesure, toute la légèreté des cadences, les moindres inflexions de la voix, un quart de ton , une nuance de ton ; il prend toutes les formes de la musique ; il en saisit finement tous les caractères ; il éclate, il tonne, un moment après il languit, il tremble, il sanglotte, il se ranime ensuite et prend tour à tour une manière fière et emportée , une manière douce et gracieuse ; il entre si vivement dans toutes les passions

dont la musique imite les transports, qu elle remplit les auditeurs des mêmes mouvements. Quel abus si nous faisions jamais servir ce précieux messager à porter des paroles de médisance ou d'immodestie î Ah ! plutôt qu'il ne porte jamais quelles accents de la prière et de la charité!

Sous la main du Père céleste, l'air prend toutes les formes, diversifie ses fonctions pour servir à nos plaisirs et à nos besoins. La mer contient l'eau, le sel volatil et l'huile, qui sont les premiers principes de la fécondité de la terre et par conséquent les conditions de notre existence. Mais il faut les tirer de là et les disperser partout. L'air est chargé de ce soin. Comme une pompe, il élève toutes ces choses et les distribue, suivant l' ordre du Créateur, sur toute la surface de la terre. Quelquefois ce zélé serviteur s'agite, il prend alors le nom de vent; il souflle violemment, il balaye, il purifie nos demeures. Sans lui , les grandes villes deviendraient bientôt autant de cloaques . De plus il nous réchauffe et nous rafraîchit tour à tour ; son service est toujours accompagné d'une bienséance parfaite, puisque le transport qu il fait de tout ce qui peut salir ou infecter n'est jamais aperçu. Mais nous ressemblons à ces maîtres bizarres et dédaigneux, qui ne sentent jamais le mérite de leurs domestiques et qui n'en voient que les défauts. Il ne nous est peutêtre jamais arrivé une seule fois de remarquer le service assidu que les vents nous rendent mille fois, et les moindres souffles de l'air ont suffi pour blesser notre délicatesse.

Enfin, le plus grand bienfait de l'air, c'est de nous faire vivre : il entre dans nos poumons, il y séjourne le temps nécessaire pour donner la force et le mouvement à nos organes. Quand il a perdu son ressort, il nous quitte ; un air nouveau le remplace et perpétue notre vie. Image parfaite delà prière qui doit sans cesse aspirer Dieu en nous et nous porter en Dieu.

PRIÈRE

0 mon Dieu ! qui êtes tout amour, je vous remercie d'avoir mis toutes les créatures à mon service. Ce Ciel où vous paraissez si grand, cet air où vous vous montrez si admirable, sont des bienfaits de votre main paternelle; faites-moi la grâce d'en user toujours pour votre gloire et mon salut.

Je prends la résolution d'aimer Dieu par-dessus toute chose, et mon prochain comme moi-même pour l'amour de Dieu; et, en témoignage de cet amour, f obéirai promptement à tous mes supérieurs.

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