SUR LE PÈRE GRENADE
.Lotus de Grenade naquit à Grenade , en Espagne , l'an 1 5o5 , de parens pauvres et d'une condition obscure , mais remplis de la crainte de Dieu. Le marquis de Mondejar suppléa généreusement à la pauvreté de la famille pour l'éducation d'un jeune homme qui , dès l'âge le plus tendre, annonçoit les plus heureuses dispositions. Il reçut l'habit de saint Dominique le i5 juin i524 dans le couvent de Grenade, fondé depuis peu par le roi Ferdinand d'Arragon. Le nouveau religieux, âgé alors de 19 ans, ouvrit son cœur à la sagesse, et consacra tous ses momens à la prière ou à l'étude de la religion.
Ses progrès dans la vertu, pendant Tannée de probation , furent sensibles : aussi reçut-on ses vœux avec encore plus de joie qu'on ne lui avoit donné l'habit. L'esprit de Dieu l'avoit préparé à ce sacrifice, et l'innocence de la victime lui mérita de nouvelles faveurs du ciel, qui le firent aller de vertu en vertu. Ami du silence , et toujours occupé , il parloit peu , réfléchissoit beaucoup , et profitoit de tout pour son avancement. Les qualités de son cœur le faisoient aimer; celles de son esprit ne le faisoient pas moins estimer. Mais quelque avantage qu'il t ût sur ses condisciples, il ne parut jamais s'apercevoir de ce qui lui faisoit honneur.
ij NOTICE
Lorsqu'il eut achevé son cours de philosophie , ses su» périeurs l'envoyèrent à Valladolid pour y étudier la théologie dans Le collège de saint Grégoire. Les historiens de la nation* remarquent que, depuis la fondation de ce collège, on avoit soin de n'y faire entrer que des sujets distingués d'avance par leurs talens et leurs vertus.
Grenade répondit parfaitement aux désirs de ses supérieurs; il surpassa même leurs espérances. Les leçons de théologie qu'il prenoit tous les jours n'occupèrent qu'une partie de ses morne ris ; il y lut et médita attentivement , dit le père Touron , les meilleurs auteurs classiques , et se prépara ainsi à enrichir ses discours et ses écrits religieux de ce que l'antiquité avoit de plus judicieux et de plus parfait.
De retour à Grenade en 1 534 ? l'obéissance le fit entrer dans l'exercice du saint ministère , dont il remplit les fonctions pendant plus de cinquante ans. Lesconnoissances qu'il avoit acquises, jointes à sa haute piété, en firent bientôt un prédicateur excellent, dont Dieu se servit pour opérer une multitude de conversions. Après avoir passé dix ans à évangéliser ses compatriotes , il alla porter la parole de Dieu à Cordoue, où les mêmes succès l'attendoient. Le couvent de la Scata cœti , situé à deux petites lieues de cette ville, avoit été abandonné depuis peu sous prétexte de l'insalubrité de l'air ; Grenade entreprit de le rétablir, et il y réussit, Comme ce lieu retiré lui plaisoit, il y fixa quelque temps sa demeure, et partageant son temps entre le ministère de la prédication dans la ville , et le recueillement de la méditation dans son couvent, il y vécut en solitaire et en apôtre. Ce fut dans cette sainte solitude qu'il composa son traité de V Oraison, un des livres les plus propres à être médités
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utilement par les personnes qui pratiquent les voies de la piété intérieure.
Il abandonna sa retraite vers l'an 1 55s ,pour se rendre à Badajoz , ville située sur la frontière du Portugal. Il y gouverna une communauté de religieux qui Favoient élu pour leur prieur, et y fit bâtir un nouveau monastère, sans que ces différentes occupations lui fissent jamais négliger ni ses pratiques ordinaires de piété, ni le ministère de la prédication , ni la continuation de ses ouvrages. Ce fut pendant son séjour à Badajoz, qu'il publia sa Guide des pécheurs , ouvrage qui ne contribua pas peu à étendre au loin sa réputation.
Dom Henri , cardinal, infant de Portugal, archevêque d'Evora , jaloux de posséder dans son diocèse un homme d'une si haute vertu , s'adressa d'abord au général de l'ordre de Saint- Dominique, et lui demanda comme une grâce de vouloir ordonner au père Louis de Grf nade de venir le trouver à Evora, et de s'y arrêter quelque temps. Cette démarche eut tout l'effet désiré. Grenade se rendit auprès du cardinal, qui remit à ses lumières la conduite de sa conscience et de son diocèse. Deux ans après, c'est-à-dire en 1 55? •> ^ ^ut élu provincial du Portugal, par le vœu des nationaux eux-mêmes. Lui seul s'opposa tant qu'il put à son élection ; il se vit enfin obligé de céder aux prières de ses frères et à celles de la cour de Portugal. Son zèle éclairé, sage, prudent, et les beaux exemples de vertu qu'il donna , firent aimer son gouvernement, et procurèrent à cette province tous les avantages qu'on pouvoit se promettre de son administration.
La reine Catherine , régente du Portugal , appela Louis de Grenade à Lisbonne , et le choisit pour son directeur et son conseiller; mais elle ne put jamais le faire
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consentir à accepter aucune dignité ecclésiastique. Sa constance se manifesta particulièrement dans le refus qu'il lit du siège de Brague, le plus considérable du Portugal, qui étoit devenu vacant en i558. Après avoir inutilement employé les sollicitations les plus pressantes, la reine le pria de lui indiquer au moins le sujet qu'il croyoit le plus capable de bien remplir cette dignité. Alors Grenade proposa son émule en zèle et en science , dom BarMielemi des martyrs.
Cet endroit de la vie de Grenade , dit le père Touron. nous le dépeint au naturel. On y découvre le vrai caractère d'esprit et de cœur, la modestie et le discernement de ce saint homme; sa modestie dans le refus constant qu'il fit d'une éminente dignité , et son discernement dans le choix qui procura à l'église de Brague un des plus grands et des plus saints prélats qui aient jamais rempli ce siège.
Lorsque Louis de Grenade eut fini sa charge de provincial l'an 1 56i , il se retira , selon les désirs de la reine , dans le couvent royal de Saint-Dominique de Lisbonne. Cette princesse continua à se servir de ses conseils et de son ministère, comme il continuoit lui-même avec un nouveau fruit ses prédications et ses écrits. On ne pouvoit rien ajouter à l'estime que toute la famille royale faisoit de ce grand homme , de ses lumières et de ses héroïques vertus. Après la mort de la reine Catherine, le roi son petit-fds, et les infans de Portugal conservèrent toujours pour lui la même confiance et la même vénération.
Ce fut pendant le long séjour qu'il fit à Lisbonne . qu'il publia son Introduction au symbole deia foi, ou Catéchisme fort étendu, divisé en plusieurs traités , ainsi qu'un abrégé de ce Catéchisme pour apprendre la