DROIT DE TUER D'APRÈS LE CHRISTIANISME
étendre sa conquête par tout l'univers, leur promettant le même sort que le sien, la victoire et la mort. Ils partirent, le bâton à la main, l'Évangile dans le cœur, et allèrent, sans aucune teinture des sciences humaines, confiants dans Celui qui leur avait promis qu'il mettrait dans leurs bouches des paroles irrésistibles, et que la croix attirerait à elle tous les hommes de bonne volonté ; ils se présentèrent dans toutes les capitales du monde païen : à Antioche, à Thessalonique, à Athènes, à Gorinthe, à Alexandrie, à Rome, dans tous les principaux centres de la superstition, de la littérature, de l'art, du commerce, de la politique, prêchant partout une religion, une morale, un droit, subversifs des vieilles institutions. Us disaient : « Ne travestissez plus la divinité sous des formes grossières, souvent immondes; brisez vos idoles, cessez vos sacrifices sanglants de chair humaine ou animale, pour adorer Dieu en esprit et en vérité. Le sang de Jésus- Christ doit être le dernier versé en holocauste; comme homme, il satisfait pour tous les hommes ; comme Dieu, son sacrifice est d'un prix infini. Il suffit désormais que vous offriez ce sang une fois versé, il intercède pour vous dans le ciel, et il se met à votre disposition ici-bas sous les apparences du pain et du vin, comme offrande à Dieu et comme aliment pour vos âmes. Voilà l'hostie divine; la seule offrande terrestre et humaine que Dieu exige de vous désormais, c'est un cœur sincère, une conscience pure. Tels sont vos devoirs vis à-vis de Dieu, telle est la réforme à opérer dans vos rites religieux. En ce qui regarde vos rapports avec le prochain, vous respecterez sa vie, ses biens, son honneur, sa réputation, le plus précieux des biens ; de plus, vous bannirez de votre cœur la haine, la colère, qui est le germe de l'homicide et de tous les crimes. Vous savez qu'il a été dit aux anciens : « Tu ne tueras point ; celui qui tuera sera puni par les juges » ; eh bien, nous, nous vous disons au nom du Christ: « Quiconque se met en colère contre son semblable, qui est son frère en Adam et en Jésus-Christ, et lui dit des injures et l'ap-
pelle fou, insensé, mérite aussi d'être jugé et puni. » Vous savez quil a été dit dans l'ancienne Loi : « Tu aimeras ton prochain et tu ne haïras que ton ennemi » ; eh bien nous, nous vous disons les paroles du Christ : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous outragent et vous persécutent : aimez votre prochain comme vous-mêmes ». L'amour substitué à la force brutale, voilà le fondement de la famille et delà communauté chrétiennes : l'amour est le seul vrai accomplissement fie la loi. Lu crainte servile guette l'occasion de désobéir impunément, c'est l'anarchie morale sous les dehors de l'ordre matériel, et l'État ainsi constitué est un sépulcre blanchi.
De cet amour de l'humanité, considérée comme une chose sainte, créée par Dieu à son image et rachetée par Jésus-Christ, greffée sur lui, devenue un corps mystique dont il est la tête, naissait dans les cœurs chrétiens l'horreur de l'effusion du sang et de tout ce qui détruit ou dégrade le genre humain. « Nous avons pour principe », disait aux païens le philosophe chrétien Athénagore, « de ne pas même assister à une exécution, fût-elle légitime. Avec quel empressement n'assistez-vous pas, vous païens, à l'horrible spectacle qui a lieu dans les cirques, où l'on voit le sang humain couler sous le couteau des gladiateurs ou sous la dent des bêtes féroces : c'est un bienfait de la munificence impériale qui plaît le plus au peuple curieux. Nous seuls, nous nous éloignons de ces scènes sanglantes, parce que nous pensons qu'assister volontairement à un homicide c'est en quelque sorte s'en rendre complice... > Les apologistes chrétiens reprochent aussi aux païens d'empêcher la conception des enfants, de les détruire avant et après leur naissance, de les exposer, de les laisser périr, toutes choses autorisées par l'exemple des dieux païens, par Saturne, qui dévorait ses enfants ; toutes choses que les chrétiens regardent comme un homicide.
D. Quelle est la doctrine chrétienne touchant le suicide,