‹ Catéchisme positivist: ou, Sommaire exposition de la religion universelle enChapitre 127 sur 127 · AVIS AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AVIS AU LECTEUR

Afin de faciliter Tétude de ce catéchisme, Tauteur conseille d'y consacrer d'abord deux semaines, en accordant une journée à chaque entretieui outre deux jours de suspension, l'un entre la première partie et la seconde, l'autre entre la troisième et la conclusion. Deux heures par jour suflSiront pour lire le matin et relire le soir chacun de ces douze chapitres, y compris la préface. Après cette initiation générale, chaque lecteur pourra séparément reprendre à son gré les divers dialogues, jusqu'à ce qu'il se les soit appropriés.

Nous devons indiquer dans cet appendice quelques-uns des progrès principaux accomplis par Auguste Comte depuis la publication de son Catéchisme (octobre 1852)9 jusqu'à la terminaison de son Système de Politique positive (août 1854) et à celle du premier volume de sa Synthèse subjective (novembre 1856).

I. En premier lieu, Auguste Comte, dans la coordination définitive des trois éléments de la religion^ a placé le culte avant le dogme. Nous avons adopté, d'après ses indications et Texemple donné par M. Congreve, cette modification capitale dans la seconde édilîon du Catéchisme positiviste. Je crois utile de reproduire ici textuellement les raisons données par A. Comte dans le quatrième volume de la Politique positive^ pour opérer ce changement.

c La nature et la destination de ce chapitre (chapitre deuxième, tableau général de l'existence affective^ ou systématisation finale du culte positif) se trouveront assez caractérisées d'après l'explication préliminaire que son titre provoque, en plaçant le culte, non seulement avant le régime, mais avant le dogme^ dans l'ensemble de la religion positive. Cet arrangement insolite modifie l'ordre adopté par la théorie fondamentale du tome deuxième. Un tel changement doit donc être ici motivé spécialement. Pour

cela, je puis me borner à Tindication des considérations qui me l'ont suggéré. D'après cette exposition, il paraîtra, j'espère, pleinement normal, et même caractéristique de la vraie religion.

c Trop de déférence envers mes prédécesseurs catholl({Uds m'entraîna spontanément à placer d'abord le dogme avant le culte, sans examiner si cette disposition était aussi conforme à la nouvelle synthèse qu'à l'ancienne. Une sollicitude exagérée pour la rationalité me fit ensuite maintenir un tel ordre, afin que le culte reposât sur sa base systématique. Mais l'application de l'arrangement primitif m'a graduellement prouvé qu'il n'est point assez synthétique.

c D'abord, il se trouve contraire à la formule fondamentale du positivisme, où l'amour précède l'ordre, comme celui-ci le progrès : ces trois attributs constituent, en effet, les domaines respectifs du culte, du dogme, et du régime. Il est, en second lieu, démenti par la ihéorie générale delà nature humaine, qui place le sentiment avant l'inlelligence et f activité, ses deux ministres nécessaires. Eafin, il contredit la marche normale de réâucation positive, successivement affective, spéculative, et active.

c Une telle discordance suffit pour motiver le nouvel arrangement, spontanément annoncé, dans le chapitre précédent, quand j'ai placé l'art avant la science. Tous ceux qui savent apprécier la prépondérance naturelle des questions d'ordre doivent pressentir Timportance d'une telle inversion, oh se résume le contraste général entre le tbéologisme et le positivisme. Mais cette explication exige d'abord l'examen direct des motifs propres à l'arrangement primitif.

c II fut surtout prescrit par la nature fictive de la religion provisoire, où le culte, se rapportante des êtres imaginaires, devait reposer sur le dogme, qui seul les faisait assez connaître. Qe préambule nécessaire, qui resta spontané sous le polythéisme, devint systématique après la concentration monothéique. Néanmoins, un usage universel aononça

déjà la prépondérance défiailive du culte, d'après lequel fut habituellement désigné Tensemble de la reli^çion.

c On doit donc regarder ce premier arrangement comme une altération passagère de Tordre normal^ quoique celui-ci ne pût prévaloir que quand Tadoralion concernerait un être spontanément connu. Bien que l'éducation afTective ne soit pas aujourd'hui dirigée vers la connaissance de THumanité^ le chapitre précédent explique assez l'ensemble du dogme positif pour permettre d'exposer ici le culte sans aucune irrationalité.

c Rien ne peut mieux caractériser l'état pleinement synthétique, où toutes nos connaissances, théoriques et pratiques, se condensent dans la morale. Destinée surtout à nous apprendre à vivre pour autrui, la religion doit essentiellement consister à régulariser la culture directe des instincts sympathiques. Elle se réduirait même à cela, si nos nécessités matérielles n'exigeaient point le double complément résulté d'abord du dogme puis du régime, afin de rendre artificiellement altruiste la réaction naturellement égoïste de notre activité continue.

« Pour achever de motiver cet ordre définitif, il faut préciser davantage l'explication précédente de l'arrangement provisoire, en le représentant comme surgi seulement avec le théologisme proprement dit, sans aucun antécédent féticbique. En effet, dans le fétichisme, la religion se réduisait au culte, en vertu de sa pleine spontanéité, qui rendait le dogme purement intuitif, et bornait le régime à l'exercice sympathique, vu l'état rudimentaire de l'activité. L'ordre final de la religion positive consiste donc à systématiser Tusage instinctif de notre première enfance, en faisant irrévocablement cesser une anomalie particulière à la seconde, et surtout propre à notre adolescence.

c Ce nouveau rapprochement entre deux synthèses extrêmes qui doivent définitivement se combiner résulte de ce que le culte y concerne également des êtres réels et directement appréciables. Quoique le domaine de l'adoration soit

primitivement objectif et simple, tandis qu'il devient finalement subjectif et composé, cette différence n'affectera point la commune spontanéité des deux cultes, quand l'éducation positive aura suffisamment prévalu. Le positiviste adorant les produits et le fétichiste adorant les matériaux invoquent pareillement une suprématie protectrice, dont ils se forment seulement des notions distinctes mais conciliablés.

c Ainsi, les deux modes, instinctif et systématique, successivement propres à la religion universelle sont également étrangers à l'inversion qu'exigea provisoirement la synthèi^e intermédiaire, irrévocablement éliminée dans leur fusion finale. Tous deux offrent une correspondance naturelle entre le culte et l'existence, tandis que le théologisme, même polythéique, ne put jamais les faire assez concorder. L'ordre définitif des trois parties de la religion fournit donc une manifestation décisive de la supériorité synthétique du positivisme, et confirme la réduction normale de la loi d'évolution, à notre tendance croissante vers Tunilé.

c Suivant ce préambule nécessaire, je dois ici traiter la religion comme consistant dans le culte, qui suffirait, en effet, pour nous discipliner, si notre situation pouvait devenir assez favorable. Bien que cette hypothèse ne soit pas pleinement réalisable, l'ensemble du progrès humain nous en rapproche sans cesse, en diminuant toujours la prépondérance des besoins matériels, d'après l'efficacité croissante des accumulations providentielles

c Toutefois, il faut instituer la suprématie normale du culte en ayant suffisamment égard à ses relations nécessaires avec le dogme et le régime, qui resteront constamment indispensables, quoique de moins en moins, à sa destination morale. Une telle harmonie se trouve assez indiquée par la formule positiviste, quand on considère ses trois termes comme correspondant aux trois parties du temps. Car l'amour, source directe du culte, concerne essentiellement l'avenir, tandis que l'ordre, domaine mental du dogme, pro-

APPENDICE. 3â5

cède surtout du passé, le progrès, but pratique du régime, se rapportant davantage au présent. Or, la considération de l'état futur tend toujours à mieux prévaloir, à mesure que Taclivicé devient plus collective. Pendant notre initiation, nous avons continuellement travaillé pour notre postérité^ d'abord domestique, puis civique. Mais notre maturité doit systématiser cet instinct, en le dirigeant toujours vers l'ensemble de nos descendants.

t L'état normal de THumanité se trouve dignement caractérisé par cette prépondérance de l'avenir, indiquant une activité réfléchie, qui suppose une prévision continue. Néanmoins, une telle appréciation, quoique annonçant la suprématie finale du culte, semble d'abord confirmer sa subordination intellectuelle envers le dogme, interprèle nécessaire du passé sur lequel repose la conception de l'avenir. Pour dissiper cette apparente contradiction, il suffit de distinguer les deux constitutions, analytique el synthétique, que comporte la doctrine universelle.

« En effet, le culte repose nécessairement sur la seconde, qu'il développe en Tidéalisant. Mais, loin d'exiger la première, il devient indispensuble à son digne établissement. La prépondérance actuelle de celle-ci n'est qu'un résultat empirique de l'élaboration objective qui dut préparer la positivité. Notre maturité rectitlera ces habitudes provisoires, en subordonnant toujours l'analyse à la synthèse, d après le vœu simultané du sentiment et de la raison. Alors les deux constitutions du dogme seront essentiellement destinées, suivant leur nature, Tune au culte, l'autre au régi ne. Or, ce partage équivaut au contraste entre rinstitution subjective et l'appréciation objective de la doctrine fondamentale. Gar^ le digme général de l'Himanité reste in livisible tant qu'il sertdebase directe à la morale; sa décomposition ne convient qu'en le considérant comme le résumé nécessaire de l'ordre universel.

t Une telle explication prouve que les seuls motifs plausibles pour maintenir l'ancien arrangement des trois parties

de la religion ne reposent que sur une vicieuse confusion entre la doctrine fondamentale et le dogme proprement dit. Celui-ci ne représente qu'une syatématisation analytique, indispensable à i'aclivitéf mais nécessairement subordonnée à la conslitution synthétique naturellement développée dans le culte, par lequel doit donc commencer l'étude rationnelle de l'unité positive. Toutefois, cette marche, seule pleinement normale, deviendrait impossible si le chapitre précédent n'avait point établi directement la théorie fondamentale du Grand-Être.

« Pour faire mieux ressortir Tirrationalité des motifs qui maintiendraient la position du culle après le dogme, il faul ajouter que, en les supposant valides, ils concluiraieni même à le placer après le régime, dont il exige aussi la notion générale, sous peine d'avortement. Mais il peut idéaliser les deux autres pariies de la. religion sans qu'elles aient encore reçu leur développement analytique, pourvu qu'elles soient assez caractérisées par la conception synthé-. tique qui doit diriger leur systématisation finale. Toutes les notions objectives, d'abord cosmologiques, puis biologiques, enfin et surtput sociologiques» qu'^exigeait la théorie du Grand-Être, ont élé suffisamment établies dans les trois volumes précédents, d'après l'ensemble de la science complétée. J'ai pu, dès lors, commencer le tome actuel (1), par l'accomplissement direct de cette construction décisive, où les trois parties de la religion se trouvent simultanément instituées, afin que leurs études respectives deviennent dignement séparables. Le dogme et le régime ne seront assez systématisés que d'après cette élaboration spéciale, quand l'analyse objective aura complété la synthèse subjective qui pouvait seule la guider. Néanmoins, leur ébauche générale suffît pour permettre ici la construction directe àe la princi-

(1) Tomeiy du Syitème de politique positive. Chapitre i»^, théorie fondamentale du Grand-Être, on tableau simultané de la religion uniyerselle et de Texistenoe normale. — P. L.

pale partie de la religion, où la conception et le sentiment de Tunité se développent le mieux. Bientôt le positivisme rectifiera partout les habitudes provisoires résultées de la si- * tuation, orgueilleusement révolutionnaire, qui pousse la raison individuelle à construire Ta synthèse universelle indépendamment de toute préparation collective. »

II. Le second pas capital accompli par Auguste Comte, depuis la publication du CatéchUme positiviste, est Tinstitution de la philosophie première^ Cest un perfectionnement considérable du dogme, qui apporte uu < grand développement à la hiérarchie des conceptions abstraites. De même que la morale a constitué le couronnement de celte hiérarchie, la philosophie première lui a donné une base puissante.

Sa conception. résulte de cette oonsidération qu'il y a des lois communes aux divers ordres de phénonaènes, par suite vraiment universelles, puisqu'elles sont indépendantes de la nature même des phénomènes. Auguste Comte avait déjà, en i842, à la fin du 6^ volume de la Philosophi» positive (cinquante-neuvième leçon. -^ Appréciation philosophique de Tensemble des résultats propres è l'élaboration préliminaire de la doctrine positive, pages 786*839>), indiqué quelquesunes de ces lois universelles, et en avait fait apprécier toute l'importance. Il en a» depuis, par de nouvelles méditations, augmenté le nombre, et, enfin, il a, de leur ensemble, constitué la philosophie première. Grâce à une nouvelle application de son principe de classification par ordre d'abstraction et de généralité décroissantes, il a fait de celte construction la base et le premier terme du dogme positif. Les considérations qui lui sont propres se trouvent dans le 4^ volume de la Politique positive (pages 173 à 181).

Je reproduis ici le tableau des lois de la philosophie pre* mière, ce qui donnera une idée suffisante de cette immense élaboration (Voir le tableau £. ci-après, p. 389.)

Il faut de plus remarquer que cette institution d'Auguste Comte dégage d'une manière explicite, des conceptions implici-

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tement contenues dans la Philosophie positive et que divers écrivains avaient signalées, faute d'avoir su les y trouver, comme manquant au dogme positif (1).

III. De la conception de Vespace. Auguste Comte a exposé dans introduction de sa Synthèse subjective un nouveau pas capital accompli dans Télaboration de sa vaste construction; c'est V incorporation du fétichisme à la religion universelle. 11 faut exposer ici cette grande théorie, qui a donné lieu à des appréciations en général aussi irrationnelles que malveillantes.

Le fétichisme s'est toujours spontanément conservé dans la raison concrète, qui apprécie les êtres, quelles que fussent les doctrines dominant la raison abstraite, qui recherche les lois des phénomènes. De là un profond défaut d'harmonie dans la mentalité humaine.

A partir du milieu du xvm^ siècle et au moment de l'épuisement final du théologisme en Occident, un mouvement croissant de retour vers le fétichisme s'est manifesté dans les esprits cultivés.

Ce mouvement a été d'abord apparent dans la langue elle-même/ qui est devenue de plus en plus fétichique ; cela est surtout caractéristique dans Diderot; et malgré les observations des critiques, des expressions vraiment fétichistes ont été universellement adoptées (2). J.-J. .Rousseau

(1) J'ai effectué dans an enseignement particulier le cours de ^^tlosophie première, en 1858 et 1859. — De 1869 à 1870, j'ai fait ce même cours, public et gratuit, 10, rue Monsieur-le-Prince, où il a été repris de 1873 à 1874.

(2) Un critique du xviii* siècle reproche à Diderot d'introduire dans la langue française des expressions telles que celles-ci : écrire des lignes pénibles, tristes et froides,,, être sous le charme, etc. , etc. Au commencement idu xix* siècle, on «a reproché à Chateaubriand d'introduire les expressions suivantes : le désert qui déroule devant les fugitifs ses solitudes démesurées; la patrie absente; des savanes qui se déroulent à perte de vue; la grande voix du fleuve; le vieux fleuve; etc., etc.; la lune répand dans les bois ce grand secret de mélancolie qu'elle aime à raconter aux vieux chénçs. — Un travail

a donné à ce mouvement une forte impulsion, qui eonstitue te principal titre de ce célèbre sophiste, A partir du oommencernent du xix« siècle ce mouvement s'est accentué; Gbateaubriand, V. Hugo, Lamartioe, etc., en ont été tas représentants. Cette évotutioD n'a pas été spéciale à la France : l'Angleterre y a fortement participé, et les lakistes en offirent un éminent spécimen ; l'Allemagne y a contribué k sa manière. Enfin, tous les autres arts ont été entraînés dana cette évo lution, et Tadmiraèle éeole de nos grands paysagistes ea est un monument remarquable. Il y a plus, la philosophie ellemême n'a pas été étrangère à cette révolution» et sous le nom de panthéisme, le fétichisme a pénétré dans le domaine des spéculations les plus abstraites. Ainsi donc, au HKkment où Auguste Comte était amené à compléter sa Synthè$e uni^ verselUf voici quelle était la situation : le. fétichisme conservait dans la raison concrète une place capitale, et depuis un siècle avait conquis dans la raison abstraite une importance croissante dans les œuvres des poètes, des peintres et des musiciens, et jusque dans les spéculations diea philosophes.

Était«ce dono là une aberration persistaoAe de la raison humaine, ou bien une nécessité de notre nature?

Auguste Comte a cru, avec raison, qu'un tel état de choses représentait, par sa persislaace môme, une condition fatale de notre nature, et, suivant le véritable esprit scientifique, il a régularisé le phénomène au lieu de le nier.

Il a donc opéré l'incorporation du fétichisme au positivisme en subordonnant les volontés aucs lois» U y % d'immenses avantages moraux et intellectueis à céder à cet entraînement qui nous pousse à animer toutes choses; et il n'y a là nul inconvénient, pour des esprits vraiment positif, qui savent que la conduite réelle des choses; repose» en défijnitive, sur la connaissance des lois de similitude elde sucttasion. Ce serait supprimer Part et les plus admirables excitants des

intéressant et utile pourrait étudier cette féHtkiiatton graduelle; et l'oB pourrait sans doute constater, en outre, que dans les langues occidentales la poésie est restée plus fétichique que la prose.

plus nobles sentiments que de repousser cette incorporation. Un peuple sera bien bas le jour où le sol de la patrie ne sera plus vraiment aimé par lui, et lorsque les dépouilles de nos pères ne seront plus à ses yeux que de simples détritus chimiques. Nos soldats républicains, qui ne croyaient pas en Dieu, n'en mouraient pas moins pour défendre le drapeau, signe sacré de la Patrie.

Mais il fallait faire un pas de plus et systématiser cette incorporation d'abord spontanée ; c^^est ce qu'a fait Auguste Comte (1).

La Terre, siège nécessaire de THumanitë, a été conçue par lui, d'après une fiction aussi morale qu'esthétique> comme à la fois active et bienveillante ; elle sera, comme la Patrie, l'objet sacré do notre affet^tion.

Ce n'était pas encore assez.

La systématisation finale de l'Humanité repose tout entière sur la connaissance des lois abstraites. Or, les lois relatives au monde inorganique manquent de siège. De là, une cause nécessaire de faiblesse dans les méditations abstraites, indispensables è Tètat normal et privées aînsî de Texcitant fétichique.

Auguste Comte a remédié à cet inconvénient par une puissante construction logique qui n'est que la généralisation de l'institution de Vespace, qui sert de base à la géométrie et à la mécanique.

Pour pouvoir penser aux formes et aux mouvements indépendamment des corps (condition de toute science abstraite), les géomètres ont imaginé Vespace.

Cela revient à concevoir le milieu aérien comme réduit à un minimum de densité tel, qu'on puisse lui donner toutes les formes possibles et y concevoir tous les mouvements imaginables.

Or, au lieu de regarder Vespace comme le siége^ unique des formes et des mouvements, on doit, d'après A. Comte,

(1) SyniKète subjective, Paris, 1856.

le considérer comme le siège de toutes les lois abstraites relatives au monde inorganique, et même comme le siège des formes des êtres végétaux et animaux.

Mais ceux qui comprennent la difficulté et l'importance croissante de la raison abstraite, concevront comment Auguste Comte a dû étendre jusque-là V incorporation fétichique, afin de prêter à la méditation abstraite le puissant appui du sentiment.

Aussi a-t-ii complété la construction logique de Vespace en le douant de la couleur positiviste, et y figurant des empreintes vertes sur un fond blanc. Enfin, il a conçu le siège immobile de la raison abstraite comme bienveillant, de manière à nous permettre envers lui ce profond sentiment d'affection qui donne une M haute valeur morale à l'amour sacré du sol natal.

Telle est rimmense construction par laquelle Auguste Gomie a coordonné un mouvement naturel et nécessaire de la nature humaine.

Par là même se trouvent réfutées les imputations d'esprits prévenus ou malveillants, auxquels du reste il a déjà été répondu (1).

Mais notre appréciation historique fait voir que le fondateur du positivisme, dans ce cas, comme dans tous les autres, fidèle à la vraie méthode scientifique, n'a fait que coordonner un mouvement naturel, et qu'il est arrivé ainsi à une synthèse vraiment universelle, la seule qui puisse être réelle et efficace^ en tenant compte de tous les aspects de notre nature dans sa coordination systématique.

(1) De Vunité de la vie et de la doctrine d'Auguste Comte, réponse aux critiques des derniers écrits de Comte, adressée à J. S. Mill par J. H. Bridges, traduit de l'anglais par M. Oebergae. Paris, 1867.

Paris, 8 janvier 1874.

(8 Moïse 86.)

P. Laffitte.

10, rue Monsieur-le-Prince.

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