DEUXIÈME PARTIE. M
puisque rhomme est toujours domiaé par rHumanité, Mais, d'une autre part^ il me semble que la science so» ciale a continuellement besoin des principales notions que doit procurer la science morale sur notre véritable nature.
Le Prêtre. Cet embarras très-légitime se dissipera, ma fille, en ayant égard aux connaissances spontanées qui partout précèdent et préparent les études systéma ^ tiques. La science constitue toujours un simple prolongement de la commune sagesse. Jamais elle ne crée réellement aucune doctrine essentielle. Les théories se bornent à généraliser et à coordonner les aperçus em-* piriques de la raison universelle, afin de leur procurer une consistance et un développement qu'ils ne pourraient autrement acquérir. Une telle connexité convient davantage aux études morales, qui, quoique ne pouvant être systématisées qu'en dernier lieu d'après leur com-plication supérieure, fournirent toujours, en vertu de leur importance prépondérante, le principal aliment des méditations communes, surtout féminines. De cette culture empirique surgirent bientôt des notions précieuses, malgré leur incohérence, qui ne furent jusqu'ici dédaignées par le génie systématique que faute de pouvoir les représenter assez dans ses théories théologiques ou métaphysiques. C'est à l'esprit positif, seul susceptible d'embrasser le point de vue social, qu'il était réservé de les généraliser et de les coordonner, après avoir fondé la dernière science préliminaire. Mais son aptitude à les systématiser lui permettant de les apprécier dignement malgré les préjugés philosophiques, il put
d'abord les utiliser assez pour construire enfin la sociologie. Si vous examinez comment la connaissance de la nature humaine est habituellement employée en sociologie, vous reconnaîtrez bientôt qu'on n'y fait vraiment usage que de cette étude spontanée, beaucoup plus réelle que toutes les spéculations morales des philosophes antérieurs. Cette ébauche empirique peut suflSre, en effet, aux conceptions sur Texistence collective, avant d'avoir encore subi la systématisation que la science finale doit seule lui procurer.
La Femme. Une telle explication, mon père, dissipe entièrement la confusion théorique que m'offraient accessoirement les deux aspects essentiels de l'ordre humain. Mon ignorance m'ayant préservée des dogmes classiques sur notre nature, j'ai pu mieux apprécier la réalité des notions morales employées par la sociologie, et reconnaître leur coïncidence avec les résultats spontanés dus à la raison commune.
Le Prêtre. Pour fonder directement la science finale, il suffit, ma fille, de systématiser convenablement la décomposition que cette sagesse universelle aperçut bientôt dans l'ensemble de l'existence humaine, en y distinguant le sentiment, l'intelligence, et l'activité. Appréciable, sous diverses formes^ chez les plus anciens poètes, cette analyse fondamentale s'y trouve complétée empiriquement par la division générale de nos penchants en personnels et sociaux. Quoique les théories Ihéologiques, et surtout métaphysiques, fussent spécialement incapables de représenter cette dernière notion, son évidence spontanée surmonta toujours les sophis-