ENSEMBLE DU RÉGIME
La Femme. Dans cette étude finale, je sens, mon père, que mon attitude doit rester presque aussi passive qu'envers le dogme, quoique je compte y trouver moins de difficultés. Le régime ne m'offre pas un domaine essentiellement affectif, comme rétait celui du culte, oti je pouvais quelquefois devancer spontanément vos explications. Ici le cœur ne peut plus suffire pour m'inspirer des vues qui supposent souvent Texpérience la plus complète et la réflexion la plus profonde, naturellement interdites au sexe dont les contemplations ne sauraient guère dépasser avec succès Tenceinte de la vie privée. Car il faut maintenant construire directement les règles générales qui doivent présider aux actes humains, sur-^
tout habituels, et même exceptionnels. Or, cette détermination exige une exacte appréciation de Fensemble de notre existence, tant collective qu'individuelle, afin de juger les vrais résultats propres à chaque système de conduite. Les aberrations du sentiment y doivent être d'autant plus évitées, que leur influence y deviendrait plus pernicieuse, comme immédiatement relative à la vie réelle et commune.
Le Prêtre. U ne faut pas, ma fille, que cette digne réserve vous dissimule jamais Toffice fondamental que l'ensemble du régime humain assigne à votre sexe. Toute l'étude du dogme positif conduit à conclure que notre véritable unité consiste surtout à vivre pour autrui. Le culte est ensuite destiné principalement à développer les sentiments qu'exige une telle disposition. D'après ce double fondement, le régime doit maintenant faire directement prévaloir, dans l'existence pratique, cet unique principe de l'harmonie universelle. Or, un tel but suppose nécessairement le concours intime et continu des deux sexes, parce qu'il dépend autant du cœur que de l'esprit. En passant ainsi de la morale théorique à la morale pratique, l'intelligence peut seule déterminer quelles habitudes doivent prévaloir, et même par quels moyens elles s'établissent. Mais cette double étude avorterait presque toujours si le sentiment ne poussait point à surmonter constamment ses hautes difficultés. De là résultent les parts respectives du sacerdoce et du sexe affectif dans notre régime moral. Tandis que le prêtre agit sur le cœur par l'esprit en appréciant chaque conduite, la femme doit agir sur l'esprit