‹ Catéchisme positiviste: ou, Sommaire exposition de la religion universelleChapitre 103 sur 136 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

tion senlimentale. Elle repose uniquement sur une exacte appréciation de la réalité, qui, dans Tordre humain, plus synthétique qu'aucun autre, concerne l'ensemble avant les parties.

Quoique chaque fonction humaine s'accomplisse nécessairement par un organe individuel, sa vraie nature est toujours sociale ; puisque la participation personnelle s'y subordonne constamment au concours indécomposable des contemporains et des prédécesseurs. Tout en nous appartient donc à l'Humanité; car tout nous vient d'elle, vie, fortune, talent, instruction, tendresse, énergie, etc. Un poète, qui ne fut jamais soupçonné de tendance subversive, fit proclamer par Titus celte sentence décisive, vraiment digne d'un tel organe :

So che tutto è di lutti ; e clie ne pure Di nascer meritô chi d'esser nato Crede solo per se.

On trouverait des pressentiments analogues dans les plus anciennes compositions. Ainsi, le positivisme, en réduisant toute la morale humaine àvivre pour autrui, se borne réellement à systématiser l'instinct universel, après avoir élevé l'esprit théorique jusqu'au point de vue social, inaccessible aux synthèses théologiques ou métaphysiques.

L'ensemble de l'éducation positive, tant intellectuelle qu'affective, nous rendra profondément familière notre entière dépendance envers l'Humanité, de manière à nous faire dignement sentir notre destination néces-

saire à son service conlinu. Dans l'âge préparatoire, incapable d'une utile activité, cbacun avoue sa propre impuissance envers ses principaux besoins, dont il reconnaît que la satisfaction habituelle lui vient d'ailleurs. Il s'en croit d'abord redevable à sa seule famille, qui le nourrit, le soigne, l'instruit, etc. Mais il ne tarde point à distinguer une plus haute providence, dont sa mère n'est envers lui que le ministre spécial et le meilleur représentant. La seule institution du langage suffirait pour la lui révéler. Car une telle construction surpasse tout pouvoir individuel, et résulte uniquement du concours accumulé de toutes les générations humaines, malgré la diversité des idiomes. D'ailleurs, l'homme le moins doté se sent continuellement redevable à l'Humanité d'une foule d'autres trésors matériels, intellectuels, sociaux, et même moraux.

Quand ce sentiment est assez net et vif dans l'âge préparatoire, il peut ensuite résister aux sophismes passionnés que suscite la vie réelle, théorique ou pratique. Nos efforts habituels tendent alors à nous faire méconnaître la vraie providence, en exagérant noire valeur personnelle. Mais la réflexion peut toujours dissiper cette ingrate illusion, chez ceux qui furent convenablement élevés. Car il leur sufQt de remarquer que le succès même de leurs travaux quelconques dépend surtout de l'immense coopération qu'oublie leur aveugle orgueil. L'homme le plus habile et le mieux actif ne peut jamais rendre qu'une minime portion de ce qu'il reçoit. Il continue, comme dans son enfance, à être nourri, protégé, développé, etc. , par l'Humanité. Seu-

Page 1