DEUXIÈME PARTIE
L'ordre résulté partout de l'ensemble des lois réelles porte le titre général de destin ou de hasard, suivant qu'elles nous sont connues ou inconnues. Cette distinction conservera toujours une grande importance pratique ; puisque Tignorance de ces lois équivaut, pour notre conduite, à leur non-existence, en nous interdisant toute prévision rationnelle, et dès lors toute intervention régulière. On peut, néanmoins, espérer de trouver, envers chaque cas essentiel, des règles empiriques, qui, malgré leur insuffisance théorique, nous préservent assez d'une activité désordonnée.
Au milieu de cette diversité croissante, le dogme de l'Humanité fournit à l'ensemble de nos conceptions ipéelles la seule unité qu'elles comportent, et l'unique lien dont nous avons besoin. Pour en concevoir la nature et la construction, il faut d'abord distinguer trois sortes de lois, physiques, intellectuelles, et morales. Les premières appartiennent spontanément au sexe actif, et les dernières au sexe affectif, tandis que l'ordre inlermédiaire constitue le domaine propre du sacerdoce, qui, devant systématiser le concours des deux sexes, participe inégalement à leur double vie. C*est pourquoi les deux études extrêmes furent empiriquement cultivées de tout temps pour les besoins correspondants, mais avec un succès très différent. En effet, les lois physiques étant, au fond, indépendantes des lois morales, les hommes purent y fonder isolément des convictions stables quoique incohérentes. Au contraire, les lois morales se trouvant dépendre nécessairement des lois physiques, les femmes ne purent y construire au-
CUQ6 doctrine inébranlable, et leurs efforts ne comportèrent qu'une précieuse réaction affective. La saine culture théorique dut donc surgir de Tordre physique, en s'y dégageant assez des spécialités actives. Mais^ comme le terme nécessaii-e de nos méditations réelles réside dans Tordre moral, Tunité logique et scientifique ne pouvait s'établir que d'après une suffisante liaison de ces deux domaines extrêmes. Or, ils ne peuvent être réunis que par le domaine intermédiaire, qui se lie naturellement à chacun d'eux. C'est ainsi que la construction d'une véritable unité théorique dépend finalement d'une suffisante élaboration des lois propres à l'entendement.
La Femme. Quoique cette conclusion me semble difficile à trouver, son admission immédiate ne m'offre, mon père, aucun embarras. Mes méditations morales m'ont souvent fait sentir combien la connaissance des lois intellectuelles serait indispensable à leur active consistance; puisque les règles propres à la fonction appréciatrice se mêlent toujours à celles de chaque fonction appréciée. Toutefois, les hommes doivent moins sentir une telle connexité envers les lois physiques dont ce sexe est surtout préoccupé. Vous pouvez donc procéder, sans aulre préambule, à l'exposition directe de ces lois mentales, d'où dépend toute unité systématique.
Le Prêtre. Je dois, ma flilc, les distinguer d'abord, comme partout ailleurs, en statiques et dynamiques^ suivant qu'elles concernent les dispositions immuables ou les variations essentielles de l'objet correspondant. Ces deux termes connexes sont devenus indispensables