‹ Catéchisme positiviste: ou, Sommaire exposition de la religion universelleChapitre 48 sur 136 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

autrement, le dehors ne pourrait jamais régler le dedans.

D'après ce double principe statique, nos conceptions quelconques résultent nécessairement d'un commerce continu entre le monde qui en fournit la matière et l'homme qui en détermine la forme. Elles sont profondément relatives, à la fois au sujet et à l'objet, dont les variations respectives les modifient nécessairement. Notre principal mérite théorique consiste à perfectionner assez cette subordination naturelle de l'homme au monde, pour que notre cerveau devienne le fidèle miroir de l'ordre extérieur, dont les résultais futurs peuvent dès lors être prévus d'après nos opérations intérieures. Mais cette représentation ne comporte ni n'exige une exactitude absolue. Son degré d'approximation se trouve réglé par nos besoins pratiques, qui mesurent la précision convenable à nos prévisions théoriques. Cette limite nécessaire laisse ordinairement à notre intelligence une certaine liberté spéculative, dont elle doit user pour mieux satisfaire ses propres inclinations, soit scientifiques, soit même esthétiques, en rendant nos conceptions plus régulières, et même plus belles, sans être moins vraies. Tel est, mentalement, le positivisme, qui, poursuivant toujours l'élude des lois, chemine sans cesse entre deux voies également dangereuses, le mysticisme qui veut pénétrer jusqu'aux causes, et l'empirisme qui se borne aux faits.

La Femme. Cette théorie statique de notre intelligence me semble" laisser, mon père, une grave lacune, en ce qu'elle paraît concerner seulement l'étal de rair

son proprement dit, sans pouvoir s'étendre jusqu'à la folie, qu'elle devrait pourtant expliquer aussi. La vie réelle offre journellement tant de nuances intermédiaires entre ces deux situations mentales que tous ces cas doivent suivre les mômes lois essentielles, avec de simples différences de degré, comme envers nos fonctions corporelles.

Le Prêtre. Il vous suffira, ma fille, de considérer plus attentivement la doctrine précédente pour reconnaître qu'elle contient, en effet, la yraie théorie de la folie et de l'idiotisme. Ces deux états opposés constituent les (deux extrêmes de la proportion normale que l'état de raison exige entre les impulsions objectives et les inspirations subjectives. L'idiotisme consiste dans l'excès d'objectivité, quand notre cerveau devient trop passif; et la foHe proprement dite dans l'excès de subjectivité, d'après l'activité démesurée de cet appareil. Mais le degré moyen, qui constitue la raison, suit lui-même les variations régulières qu'éprouve toute Texistence humaine, tant sociale que personnelle. L'appréciation de la folie devient ainsi d'autant plus délicate qu'il y faut avoir égard aux temps et aux lieux, en général aux situations, comme le fait si bien sentir l'admirable composition du grand Cervantes. C'est le cas où Ton saisit le mieux combien Tétude statique de rinteiligence demeure insuffisante sans son complément dynamique.

La Feume. D'après cette réflexion frappante, je Voudrais, mon. père, si vous le jugez convenable, commencer déjà cette appréciation complémentaire, qui peut seule permettre à mes propres méditations de

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