DEUXIÈME PARTIE
avec certitude et précision, sur des cas nettement appréciables. Ceux qui sentent le mieux que tout art doit s*apprendre par le seul exercice^ écoutent encore les sophistes qui lui enseignent a raisonner, ou même à parler, en ne raisonnant ou parlant que sur le raisonnement ou la parole. Mais, quoiqu'on vous ait appris la grammaire, et peut-être la rhétorique, on vous a du moins épargné la logique, la plus ambitieuse des trois études scolastiques. Dès lors, votre propre raison, heureusement cultivée sous votre cher Molière, a bientôt apprécié les deux autres puérilités classiques. Fortifiée maintenant par des convictions systématiques, vous n'hésiterez point à railler convenablement les Trisso* tins qui voudraient vous enseigner l'art déductif, sans en avoir jamais fait eux-mêmes le moindre usage mathématique. Chaque partie essentielle de la méthode positive devra toujours s'étudier surtout dans la doctrine scientifique qui la fit d'abord surgir.
La Femme. Cette première appréciation ne m'olTrant, heureusement, aucune difficulté, puisque je ne vois là que du bon sens, je vous prie, mon père, de passer immédiatement à la seconde propriété générale de votre série encyclopédique.
Le Prêtre. Elle consiste, ma fille, dans la conception systématique de Tordre universel, comme vous l'indique le second titre de notre tableau. Depuis l'ordre ma^ tériel jusqu'à l'ordre moral, chaque ordre s'y superpose au précédent, suivant cette loi fondamentale, suite né* cessaire du vrai principe hiérarchique : Les plus nobles phénomènes sont partout subordonnés aux plus gros*
siers. C'est la seule règle véritablemeDt uDiverselleque puisse nous dévoiler Tétude objective du monde et de rtiomme. Ne pouvant aucunement dispenser de lois moins étendues, elle ne saurait suffire pour constituer jamais la stérile unité extérieure que cherchèrent vainement tous les philosophes, depuis Thaïes jusqu'à Descartes.
Mais, en renonçant à cette frivole stimulation^ que remplace beaucoup mieux la destination morale de tous nos efforts théoriques, nous sommes heureux de saisir, entre toutes nos doctrines abstraites, un lien objectif inséparable de leur coordination subjective. La pratique sociale doit surtout utiliser une telle appréciation de l'ensemble des fatalités réelles. Notre dépendance et notre dignité devenant ainsi connexes, nous serons mieux disposés à sentir le prix de la soumission volontaire, dans laquelle consiste la principale condition de notre perfectionnement moral, et même intellectuel.
Remarquez, en effet, pour compléter cette grande loi, que, sous l'aspect pratique, elle présente Tordre réel comme de plus en plus modifiable à mesure qu'il régit des phénomènes plus compliqués. Le perfectionnement suppose toujours l'imperfection, qui partout augmente avec la complication. Mais vous voyez aussi que la providence humaine devient alors plus efficace, en disposant d'agents plus variés. Une telle compensation reste, sans doute^ insuffisante; en sorte que l'ordre le moins compliqué demeure ordinairement le plus parfait, quoiqu'il soit aveuglément gouverné. Néanmoins,