‹ Catéchisme positiviste: ou, Sommaire exposition de la religion universelleChapitre 68 sur 136 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

seurs du positivisme, le sage Fonlenelle, en fit admirablement sentir à votre sexe la portée philosophique, autant qUUl convenait alors, dans lin charmant opuscule, que son apparente frivolité ne priva point d'une juste immortalité.

C'est, en effet, d'après le mouvement terrestre que le dogme positif est devenu directement incompatible avec tout dogme thcologique, en rendant profondément relatives nos plus vastes spéculations, qui jusqu'alors pouvaient conserver un caractère absolu. La découverte de notre gravitation planétaire en constitua bientôt la suite scientifique et le complément philosophique. Quoique l'empirisme académique ait beaucoup entravé la réaction encyclopédique de cette double théorie, le positivisme Térige finalement en première base générale de rétude directe de l'ordre matériel, ainsi liée immédiatement au fondement mathématique du dogme total.

Dans un tel début, cet ordre est, en effet, apprécié seulement sousTaspectgéométrico-mécanique, en écartant les recherches, non moins absurdes qu'oiseuses, sur la température des astres ou leur constitution intérieure. Mais, en passant de l'astronomie à la physique proprement dite, ce qui s'opère presque insensiblement d'après la mécanique planétaire, on étudie la nature inerte d'une manière plus approfondie. Toutefois, pour mieux caractériser celte nouvelle appréciation, il faut d'abord concevoir la plus haute science cosmologique, dont le caractère plus tranché doit ensuite rendre mieux saisissable celui de la simple physique, trop peu pro-

nonce directement. Cette marche vous permet de remarquer Tun des principaux préceptes logiques du positivisme, qui prescrit partout de ne concevoir les cas intermédiaires que d'après les deux extrêmes dont ils doivent instituer la liaison. La chimie fut, en effet, introduite, comme science distincte, tant en Orient qu'en Occident, plusieurs siècles avant la physique, que Galilée fonda spontanément afin d'établir une transition réelle entre l'astronomie et la chimie, chimériquemenl rapprochées jusqu'alors.

Pour abréger et simplifier cette double explication, regardez la chimie et la physique comme essentiellement soumises aux mêmes influences générales, qui n'y diffèrent, au fond, que par les modifications plus ou moins intenses qu'éprouve ainsi la constitution matérielle. Mais cette seule diversité ne laisse jamais d'équivoque sur la vraie nature de chaque cas, malgré la confusion académique. Avec une pleine intensité, les états de chaleur, d'électricité, de lumière même, modifient assez la constitution matérielle pour changer l'intime composition des substances. L'événement appartient alors à la chimie; c'est-à-dire à l'élude des lois générales de la combinaison et de la décomposition. Ces actions peuvent et doivent être conçues toujours comme purement binaires. Elles comportent rarement plus de trois complications successives, l'union devenant plus difficile et moins durable à mesure qu'elle se complique. À de moindres degrés, les mêmes influences modificatrices changent tout au plus l'état des corps sans altérer jamais leur substance. En ce cas, l'ordre

matériel est seulement étudié sous l*aspect physique proprement dit. Malgré Tégale universalité de ces deux sciences, le décroissement de généralité est aussi sensible que l'accroissement de complication quand on passe de l'une à l'autre. Car, la physique, étudiant Tensemble des propriétés qui constituent toute existence matérielle, considère pareillement tous les corps, avec de simples différences de degré. Ses diverses branches doivent donc correspondre aux divers sens qui nous révèlent le monde extérieur. Au contraire, la chimie considère toutes les substances comme essentiellement distinctes; et son principal objet consiste à déterminer CCS dilTérences radicales. Quoique les phénomènes qu'elle étudie soient toujours possibles dans un corps quelconque, ils ne s'y réalisent jamais que sous des conditions spéciales, dont le concours rare et difficile exige souvent l'intervention humaine.

De ces deux sciences voisines, la physique est plus importante logiquement et la chimie scientifiquement, quand on compare leur poids encyclopédique, après avoir d'abord reconnu l'indispensable nécessité, théorique et pratique, de chacune d'elles; C'est surtout de la physique qu'émane l'essor décisif du génie inductif, par le développement de l'observation, trop spontanée en astronomie; et ensuite de l'expérimentation, trop équivoque partout ailleurs. Mais la chimie l'emporte quant à l'influence encyclopédique des notions qu'elle procure. Son extrême imperfection théorique, qui ne peut cesser que sous la discipline positive, ne l'a point empêchée d'exercer une lumineuse réaction sur l'en-

semble de la raison occidentale. Celte précieuse efficacité résulte surtout de l'analyse générale de noire milieu terrestre, gazeux, liquide, et solide, complétée par celle, non moins indispensable, des substances végétales et animales. On peut ainsi concevoir enfin l'économie fondamentale de la nature, jusqu'alors inintelligible, faute d'avoir constaté, chez tous les êtres réels, tant vivahls qu'inertes, des éléments matériels essentiellement identiques. *

Vous concevez donc comment la chimie proprement dite institue seule une transition normale entre la cosmologie et la biologie, suivant votre juste vœu de continuité totale. Cette grande condition encyclopédique, aussi favorable finalement aii cœur qu'à l'esprit, vous offrirait encore plus de prix si je vous indiquais la vraie distribution intérieure de l'astronomie, de la physique et de la chimie, comme je l'ai d'abord fait envers la mathématique. Mais il faut réserver ces développements pour des entretiens plus spéciaux, qui ne sont pas religieusement indispensables aujourd'hui. Ce type initial doit ici suffire pour vous faire sentir la possibilité générale d'une ascension vraiment graduelle de la mathématique à la morale, en appliquant, avec une précision et une spécialité croissantes, notre immuable principe hiérarchique.

En complétant cette appréciation subjective ou logique par une équivalente appréciation objective ou scientifique, la succession générale de ces trois études abstraites commence à vous manifester une véritable échelle concrète, sinon des êtres, au moins Jes exis-

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