TROISIÈME PARTIE
par le cœur en faisant spontanément prévaloir la meilleure disposition. Ce concours nécessaire convient également à rège préparatoire et à Texistence réelle.
Là Femme. Rassurée par ce préambule, je dois d'abord vous demander, mon père, quel est le véritable champ de cette troisième partie de notre religion. Quoique le régime concerne toujours la vie active, comme le dogme se rapporte à la vie spéculative et le culte à la vie affective, je comprendrais difficilement que ses prescriptions religieuses s'étendissent à une activité quelconque. Cependant je n'aperçois pas sur quoi reposerait la distinction correspondante.
Le Prêtre. Le domaine pratique de la religion se borne, ma fille, aux dispositions vraiment universelles, sans pénétrer dans l'accomplissement spécial de chaque office. Elle doit pourtant apprécier exactement les diverses fonctions sociales, mais seulement pour y prescrire les règles propres à conserver et développer Tharmonie générale. Tout ce qui concerne l'exécution particulière appartient aux différents modes ou degrés du gouvernement proprement dit, soit privé, soit public, et jamais au sacerdoce.
Afin de mieux préciser celte distinction fondamentale, il faut maintenant étendre au progrès la division générale que l'étude du dogme vous a rendue familière envers l'ordre. Puisque nous avons d'abord décomposé Tordre universel en ordre extérieur et ordre humain, nous devons semblablement apprécier les perfectionnements qu'il comporte. On distingue ainsi deux sortes de progrès, l'un extérieur, l'autre humain. Quoique
tous deux se rapporlent finalement à nous-mêmes, le dernier concerne seul notre propre nature, et le premier se borne à notre situation, qu'il améliore en réagissant sur toutes les existences capables d'affecter la nôtre. C'est pourquoi ce progrès extérieur reste habituellement qualifié de matériel, bien qu'il s'étende à l'ordre vital proprement dit, mais simplement envers les espèces qui nous servent de provisions ou d'instruments. Le point de vue du progrès étant nécessairement plus subjectif que celui de Tordre, l'uniformité du lan^ gage n'y saurait toujours correspondre à l'identité des notions.
Cettedistinction suffit pour introduire convenablement la division fondamentale entre les domaines pratiques du gouvernement et du sacerdoce. En concevant toutes les forces sociales comme également vouées au perfectionnement universel, il faut ainsi les distinguer suivant qu'elles améliorent l'ordre extérieur ou l'ordre humain. Telle est la meilleure source élémentaire de la séparalion normale entre l'action temporelle et l'action spirituelle. La dignité supérieure de celle-ci résulte alors de la prépondérance naturelle du progrès correspondant. Ainsi, le domaine pratique de la religion consiste a perfectionner l'ordre humain, d'abord physique, puis intellectuel, enfin et surtout moral. Malgré la diversité de ces trois aspects, ils doivent toujours rester inséparables, d'après leur intime connexité, qu'il faut encore plus respecter pour l'action que pour la spéculation. Quant à l'ordre extérieur, son amélioration directe et spéciale ne concerne point la religion : elle constitue le