‹ Catéchisme positiviste: ou, Sommaire exposition de la religion universelleChapitre 97 sur 136 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

constatent encore la possibilité de conserver jusqu'au mariage une véritable pureté. Une existence laborieuse, et surtout Tessor continu des affections domestiques, suffisent ordinairement pour prévenir de tels dangers, qui ne deviennent vraiment insurmontables que dans des cas très exceptionnels, trop érigés en types par des docteurs étrangers aux luttes morales. Nos jeunes adeptes seront habitués, dès Tenfance, à regarder le triomphe de la sociabilité sur la personnalité comme la principale destination de Tbomme. Ils se prépareront à surmonter un jour Tinstinct sexuel en luttant, de bonne heure, contre Tinstinct nutritif, qui d'ailleurs s'y lie naturellement d'après la contiguïté des organes respectifs. Vous savez enfin qu'une profonde tendresse constitua toujours le meilleur préservatif du libertinage. Ainsi, la mère achèvera de garantir son fils contre les vices que vous redoutez, en le disposant à placer dignement les affections personnelles qui doivent ensuite fixer sa destinée domestique, au lieu d'attendre qu'elles surgissent brusquement de contacts fortuits.

L\ Femme. Cette précieuse explication ne me laisse, mon père, à désirer, envers l'ensemble de l'éducation positive, d'autre éclaircissement essentiel que sur ce qui concerne spécialement mon sexe. Je sens déjà que, pour permettre aux mères de diriger l'initiation domestique, elles-mêmes doivent avoir participé dignement à l'instruction encyclopédique, d'où personne ne doit être exclu, sauf de rares exceptions individuelles. Sans cette pleine universalité, la foi positive ne saurait obtenir l'ascendant systématique qu'exige sa destina-

tioD sociale. D*ailleurs, la mère ne pourrait assez conserver la surintendance morale de Téducation humaine si sa propre ignorance l'exposait aux dédains mal déguisés d'un fils souvent gonflé d'orgueil théorique. Mais je doute néanmoins que les femmes doivent suivre les mêmes études que les hommes et sous les mêmes maîtres, quoique avec les leçons séparées.

Le Prêtre. Le grand Molière vous répond d'avance ma fille, en prescrivant à yotve sexe des clartés de tout. Car, notre instruction encyclopédique n'a point, en effet, d'autre but. Elle est entièrement dégagée du caractère spécial qui vous répugne justement dans les études actuelles, aussi peu convenables, d'ordinaire, aux hommes qu'aux femmes. De ce fonds commun, chaque praticien on théoricien doit ensuite tirer spontanément les développements propres à sa destination, sans avoir ordinairement besoin d'aucun enseignement particulier, à moins qu'il n'ait mal subi l'initiation universelle.

Notre plan général du noviciat systématique ne comporte réellement, envers votre sexe, d'autre réduction que celle du doublement hebdomadaire qui distingue ses deux premières années. Dispensées de la vie active, les femmes doivent se borner, en mathématique, à une étude plutôt logique que scientifique, à laquelle suffit une seule leçon par semaine, comme dans tout le reste du cours septennaire. Cette simplification exige seulement plus d'efforts philosophiques chez le professeur.

Quant à la diversité des fonctionnaires, elle tendrait à discréditer également les maîtres et les élèves. Elle

serait d'ailleurs contraire à la nature profondément synthétique qui doit caractériser le sacerdoce positif. Afin de mieux exclure les tendances dispersives, il importe que chaque prêtre enseigne successivement les sept degrés encyclopédiques. Do là doit résulter, en outre, le précieux avantage social de développer, pendant cette longue initiation, des relations continues avec les mêmes élèves, qui lui seront ainsi redevables de toute leur instruction théorique. Une telle permanence facilitera beaucoup Taction ultérieure de notre sacerdoce sur l'ensemble de la vie réelle.

Or, des motifs semblables exigent aussi que les deux sexes puisent aux mêmes sources teur initiation systématique. Si le Grand-Prêtre de l'Humanité ne change pas trop les résidences sacerdotales, tous les conflits domestiques se trouveront mieux apaisés par cette subordination personnelle des divers membres de la famille à des maîtres identiques. Des prêtres qui ne parleraient qu'à Tun des sexes deviendraient socialement insuffisants, outre qu'ils le seraient d'abord intellectuellement.

La Femme. Maintenant, mon père, je conçois assez l'influence sociale que le sacerdoce positif puisera naturellement dans le digne accomplissement de son office fondamental. Néanmoins, je ne sais si cette seule base pourra lui procurer une suffisante autorité. Je vous prie donc de caractériser directement ses divers moyens généraux pour faire toujours prévaloir, autant que possible, l'harmonie universelle.

Le Prêtre. Tous doivent résulter, ma fille, de l'en-

semble de l'éducation. Afin de les mieux apprécier, il faut considérer que le noviciat positif se termine par une année entièrement consacrée à la morale. Cette instruction finale sera toujours divisée en deux parties égales, Tune théorique, l'autre pratique. Dans la première, toutes les lois essentielles de notre nature se trouveront solidement fondées sur l'ensemble des nolions relatives au monde, à la vie, et à la société. Cette base permettra d'établir définitivement de véritables démonstrations envers les règles générales de conduite propres à chaque cas, personnel, domestique, ou civique. On y spécifiera tous les devoirs de chacune des quatre puissances nécessaires à la providence humaine. Ces déterminations finales, qui résument l'éducation positive, comportent une grande efficacité, d'après la disposition morale des initiés, encore préservés, des déviations inhérentes à la vie active.

L'ensemble de ces règles pratiques présente à chacun la double destination de diriger sa propre conduite et de juger celle d'autrui. Cette seconde application est mieux garantie que la première contre les passions perturbatrices, qui nous empêchent rarement d'apprécier les torts des autres, quelque aveuglement qu'elles nous inspirent envers les nôtres. Nul n'est moins disposé qu'un égoïste à tolérer l'égoïsme, qui partout lui suscite d'intraitables concurrents.

Il faut ainsi distinguer deux modes généraux dans la discipline spirituelle, l'un direct, l'autre indirect. Le sacerdoce s'efforce principalement de modifier le coupable, en agissant d'abord sur son co&ur, puis sur son

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