ALFRED
Charles-Mailrl,
Le Cid iuHv.
, Richard, . . Sahulni.
, Jeannc-d'Arc. |
Albuquerque. . . l^nlhr lin/eiyh.i
Uayard.
GODEFROl.
Marc^ÂJirèle, . . . Ulpicn.
Saint-RcnoU, . . Saini-^Anloine.
Sainl-Boniface. . Saint- Austin.
Sl-Isidorc-dc-S6vilIe. St-Bruno,
Lanfranc Saint-Anselme.
Héloïse Béatrice^
Les archil.du moyen ègc,S,-BcneT<jt.
SAiniT-DERNARO.
St-I-'rançois Xav. Ignace de Loyola.
Sl-Charlcs-Borrom. F7'éd. Borrom, Sle-Ihévùse.Ste'Catftcr.-de-Sienne, St-Vinc.-de-Paulc.X'aiterfcr^/jce.
Bourdaloue. . . . Clovde Fleuri/,
W. Penn G. Fox.
DOSSUET.
Saint-Léoo^le-Grand. . L<f<m
Gerbert Pierre Dan
Pierre-l'Erniile.
Snger .' . . Sainl-Ehi.
Alexaudre 111. . . Thomas Berhct.
Sl-i'rauçois-d'Ass.. St-Douiitu INNOCENT tll.
Sainle-Clolilde.
Siii'liaihWdc. StC'Math.'de-Ti'Sfn
St-Êlienne-de-Hong. Math.Corx
Saintc-ËIisabcth-dc-Hongric.
Utanchc de caslille.
Sainl-FcrdinanJ IH. Alphonse X.
SAlNT-I.OtlS.
nombreuses populations. Mais cette lacune inévitable tient seulement à la nature concrète de ce tableau , incapable d'embrasser une phase historique qui ne fit surgir aucun nom durable. Le fétichisme ne peut être dignement célébré que dans notre culte abstrait, où vous savez combien nous l'honorerons.
Son efficacité mentale consiste surtout à fonder spontanément la méthode subjective , qui, d'abord absolue . dirigea l'ensemble de la préparation humaine. et qui, devenue relative, présidera de plus en plus à notre état normal La vraie logique, où les sentiments dominent les images et les signes, a donc une origine fétichique. Quand une passion quelconque nous pousse à chercher les causes des phénomènes dont nous ignorons les lois, afin de les modifier après les avoir prévus, nous attribuons directement aux êtres correspondaits des aflTeclions humaines , au lieu de les assujettir à des volontés extérieures. Le fétichisme est donc plus naturel que le polythéisme.
On ne peut contester son aptitude morale, d'après sa tendance à faire partout prévaloir spontanément le type humain. Il nous rend profondément sympathiques envers toutes les existences , même les plus inertes , en nous les représentant toujours comme essentiellement analogues à la nôtre. Aussi ce premier état de l'humanité détermine-l-il plus de regrets qu'aucun autre chez ceux qui s'y trouvent brusque-
'iliU CATÉCHISME rOSniMSTK.
ment soustraits ; suivant l'expérience jounialière des malheureux Africains transportés au loin par la barbarie occidentale.
Même sous l'aspect social , moins favorable au fétichisme, on lui doit d'importants services, que le culte positif glorifiera dignement. Tant que l'existence reste nomade , il modère , par sa tendance à l'adoration matérielle , les immenses destructions , d'ailleurs nécessaires quoique aveugles , que les peuples chasseurs ou pasteurs exercent alors sur les animaux ou les végétaux, pour préparer le théâtre humain. Mais son principal bienfait consiste à diriger spontanément la première des révolutions sociales , celle qui sert de base à toutes les autres , le passage à l'étal sédentaire. Cette grande transformation , dont la difficulté n'est pas moins méconnue que 1 importance, appartient certainement au fétichisme, d'après le profond attachement qu'il nous inspire pour le sol natal.
La principale imperfection de ce régime spontané consiste à ne laisser surgir que très-tardivement un sacerdoce quelconque, propre à régler ensuite l'essor humain. Car, ce culte, quoique très-développé. n'exige d'abord aucun prêtre , vu sa nature essentiellement privée, qui permet à chacun d'adorer sans intermédiaire des êtres presque toujours accessibles. Toutefois, le sacerdoce finit par y surgir, quand les
asircs, longtemps dédaignés, deviennent les principaux fétiches, dès lors communs à de vastes populations. Leur nature inaccessible étant assez reconnue, elle suscite une classe spéciale, destinée à transmettre les hommages el commenter les volontés. Mais, dans cet état final, le fétichisme touche au po lythéisme, qui partout provint de l'astrolatrie; commo l'indiquent encore les noms des grands dieux, toujours empruntés aux astres les plus propres à perpétuer la synthèse fictive.
La Femme. Quoique ce passage se soit accompli sans effort, il me semble, mon père, constituer la plus difficile des révolutions préliminaires de notrr intelligence. Car nous devons alors substituer brusquement l'inertie à l'activité dans notre conception générale de la matière, pour motiver l'influence divine.
Le Prêtre. Toutefois, ma fille, les agents extérieurs s'introduisent spontanément quand l'esprit humain, atteignant sa seconde enfance, s'élève de la contemplation des êtres à celle des événements, seule base possible des méditations scientifiiiues. En prolongeant la méthode initiale, les phénomènes, considérés simultanément chez beaucoup de corps, sont alors attribués à des volontés plus générales, nécessairement émanées du dehors. Cette transfor mation intellectuelle devrait nous devenir familière.
o'oQ) CATÉCHISME POSITIVISTL.
d'après les fréquents exemples que nous pouvons eu observer, à l'âge correspondant de révolution individuelle.
Quoi qu'il eu soit, c'est principaleuient du polylliéisuie que dépend l'ensemble de la préparation humaine, surtout sociale, et même mentale. D'abord, il complète seul lu philosophie initiale, en l'étendant à nos plus hautes fonctions, qui suscitent bientôt l'occupation favorite des dieux. Car, le fétichisme, essentiellement relatif au monde matériel, ne pouvait distinctement embrasser notre existence intellectuelle et iiiorale, d'où procédaient, au cohtraire, toutes ses explications physiques, Mais, en introduisant des êtres surnaturels, on peut les adapter à cette nouvelle destination, qui ne tarde point à prévaloir. En même temps , le polythéisme suscite nécessairement un sacerdoce proprement dit, ou plutôt consolide et développe celui que l'astrolatrie avait fondé.
Au milieu des variétés que présente le régime correspondant, on remarque deux institutions connexes, qui sont communes à tous ses modes : la confusion radicale des deux puissances spirituelle et temporelle; l'esclavage de la population laborieuse.
Tous les motifs, même intellectuels, et surtout sociaux, concourent spontanément à l'explication de la première. D'abord, on ne peut se borner à conseiller quand ou parle au nom d'une autorité sans limites.
dont toutes les inspirations deviennent naturellement des commandements absolus. En second lieu, notre récrime préliminaire devait surtout développer les diverses forces humaines, en réservant à l'ordre final leur sage régularisation d'après l'ensemble d'un tel apprentissage. Tous les pouvoirs devaient donc s'y trouver profondément combinés, afin de surmonter assez l'indiscipline naturelle de l'homme primitif. La division des deux puissances humaines eût radicalement entravé la destination active de ce régime, en s'opposant à l'essor des conquêtes. Enfin, l'intime discordance entre les conceptions théoriques et les notions pratiques exigeait alors que ces deux ordres de pensées occupassent également chaque cerveau, pour que leurs vices respectifs pussent s'y neutraliser assez. D'une autre part, cette indispensable concentration s'accomplit spontanément; comme le témoigne l'impuissance de concevoir alors une vraie séparation entre le conseil et le commandement, même chez les philosophes les mieux disposés.
Une semblable remarque convient à l'esclavage antique, toujours jugé nécessaire à l'ordre social, jusqu'aux temps voisins d'une irrévocable émancipation. L'esclave, comme le rappelle encore l'étymo- Icgie latine, fut d'abord unprisonnierde guerre, épargné pour le travail, au lieu d'être détruit ou dévoré. D'après la nature conciliante du polylliéisme, il pou-
"..'S CAIlCTIISME l'OSITIVISIK.
vait conserver son propre culte, en le subordonunnt à la religion du vainqueur, devenu son chef spirituel et temporel. Celle condition sociale, à laquelle personne n'était entièrement soustrait, vu les vicissitudes de la guerre, se trouvait alors assez naturelle pour être souvent acceptée indépendamment de sa source militaire, qui pourtant prévalut toujours.
L'institution de l'esclavage forma doublement la base de la civilisation ancienne, d'abord comme indispensable ù l'essor des conquêtes, puis afin d'habituer l'homme au travail, ainsi devenu le seul moyen d'amélioration personnelle, après avoir été le gage de la vie. Sous tous ces aspects, on ne peut aucunement la comparer à l'éphémère monstruosité que suscita la colonisation moderne.
La Femme. Après cet aperçu général du régime polythéique, j'aurais besoin, mon père, de connaître sommairement ses principaux modes.
Le Prêtre. Le plus fondamental consiste, ma lille, dans la théocratie proprement dite. Ce polythéisme conservateur constitue le seul ordre vraiment complet que comporte l'ensemble de la préparation humaine, dont toutes les autres phases n'offrent que des modifications dissolvantes de ce régime primitif, unique source de leur consistance partielle.
Il repose sur deux institutions connexes, l'hérédité des professions quelconques, et l'universelle pré-
pondérance de la caste sacerdotale. La première fournit le seul moyen de conserver les progrès accomplis, et de permettre lentement des modifications secondaires; tant que l'éducation s'opéra plutôt par imitation que par enseignement, faute de séparation entre la théorie et la pratique. Mais ce régime nécessaire décomposerait la population en castes profondément indépendantes, si l'uniforme prépondérance du sacerdoce n'y venait constituer l'état, en fournissant h toutes un lien vénéré, qui comporte spontanément une vaste extension.
Cette constitution initiale est tellement naturelle qu'elle subsiste encore, chez les plus nombreuses nations d'aujourd'hui 5 malgré d'immenses perturbations. Quoique surgie partout, elle ne put prévaloir à ce point que dans les lieux où l'intelligence et le travail se développèrent avant l'activité militaire. En effet, celle-ci devient toujours le dissolvant spontané d'nn tel régime, en tendant à faire prévaloir les guerriers sur les prêtres. Malgré les immenses efforts de la politique sacerdotale pour détourner l'ardeur belliqueuse vers des expéditions lointaines, toujours suivies d'irrévocables colonisations, la théocratie aboulit partout à la domination du patriciat militaire, mais en conservant les mœurs anciennes. Cette dernière aptitude, irrécusable confirmation de la ténacité d'un tel régime, permet aujourd'hui de létu-
3^lO CAIÉCHISME POSITIVISTE.
dier directement , quoique très-alléré, iiièine à la Cliinc et dans l'Inde , pour mieux comprendre l'antique Ég'î'ptc, vénérable mère de toute la civilisation occidentale. On peut alors apprécier, sur une grande échelle, l'oifice social du sacerdoce, ii la fois conseiller, consécrateur, régulateur, et finalement juge. Mais on y voit aussi combien cette attribution fondamentale se trouvait profondément compromise d'après le commandement et la richesse qui souillaient nécessairement l'intervention initiale de l'intelligence dans le domaine du sentiment et de l'activité.
Vous devez être surprise qu'un tel régime soit si peu représenté parle tableau que je vous ai proposé. Cela tient surtout, comme pour le fétichisme, à la nature concrète de cette composition historique, plus esthétique que scientifique. Toutefois, envers un régime qui laisse tant de monuments de tous genres, une telle explication générale a besoin d'un développement spécial. Il consiste à remarquer l'un des plus nobles caractères de la vraie théocratie , où le gouvernement humain réside chez des corporations immenses et perpétuelles, sans que les services rendus puissent se rattacher presque jamais à des noms particuliers. Faute d'une telle tendance à l'absorption des individus , les divers collèges sacerdotaux auraient été souvent troublés par les rivalités naturelles
des divinités polylliéiques. C'est seulement quand la théocratie , suivant une exception heureusement unique, se fonde sur le monothéisme, qu'une extrême concentration y fait ressortir les noms suprêmes. Aussi la nature concrète de notre tableau força-t-elle d'y choisir 3loïse comme le type personnel du régime initial, quoiqu'il représente très-imparfaitement une constitution essentiellement propre au polythéisme.
La Femme. Cette admiration réfléchie pour la théocratie me fait mieux apprécier, mon père, la profonde injustice des aveugles imputations dont elle est encore l'objet chez la plupart des hommes qui se croient avancés. Il semblerait ainsi que le régime d'où tout émane , et qui dura plus qu'aucun autre , fut toujours oppressif et dégradant ; ensorte qu'on ne comprendrait plus d'où purent surgir les progrès accomplis.
Le Prêtre. Toutes ces critiques de la théocratie doivent être regardées, ma fille, comme aussi frivoles que les reproches de saint Augustin envers l'ensemble du polythéisme et les récriminations de Voltaire contre le catholicisme. Aucun régime ne put mériter de telles censures que pendant sa décadence. Il n'eût jamais surgi ni prévalu si la majeure partie de sa domination n'avait été suffisamment conforme à notre nature, et même assez favorable à nos progrès.
ùU'l CATÉCrilSME POSniViSTE.
Les tendances oppressives à l'inimobililé ne se développent réellement que dans la dernière phase de la théocratie. Elles y résultent de l'inévitable dégradation du caractère sacerdotal par le commandement et la richesse. Mais on a d'ailleurs exagéré beaucoup l'immuabilité théocrutique, d'après le contraste émané de la rapidité supérieure qui distingue la marche occidentale. Indépendamment de toute perturbation étrangère, des indices décisifs et multipliés manifestent, depuis longtemps, le mouvement spontané d'une telle civilisation. Par exemple, le bouddhisme, quoique comprimé dans son centre, y produisit bientôt au Tibet de profondes modifications, développées en Chine d'après l'institution des examens.
Quand le positivisme devra pénétrer chez ces immenses populations, le temps sera venu d'étudier avec soin la progression naturelle qui les eût ultérieurement amenées d'elles-mêmes au niveau final de l'Occident, suivant une marche distincte mais équivalente. Car, c'est à ces tendances spontanées qu il faudra sagement rattacher l'accélération systématique, en écartant toutes les perturbations violentes introduites par le monothéisme , d'abord musulman, puis chrétien. Néanmoins , en réservant cette importante appréciation, nous devons maintenant concentrer nos études historiques sur les ancêtres immédiats de la civilisation occidentale. On est ainsi conduit à
CONCLUSIOIN. 343
faire prévaloir 1" examen des populations où rétablissement théocratique se trouva prévenu par un essor précoce de l'activité militaire.
Mais ce polythéisme progressif présente deux modes très-diflférents, l'un essentiellement intellectuel, l'autre éminemment social. Le premier a lieu quand les circonstances locales et politiques ne permettent point à l'activité militaire, quoique très-développée , d'instituer un véritable système de conquêtes. Alors sa réaction latente pousse tous les hommes supérieurs vers la culture mentale, devenue aussi le principal objet de l'attention publique , et dégagée ain^i de la discipline sacerdotale. Quand , au contraire , la guerre peut tendre librement à la domination universelle, l'intelligence se subordonne «'i l'activité, et tous les citoyens sont ordinairement absorbés par les sollicitudes sociales, au dedans comme au dehors. Ces deux modes du polythéisme progressif furent également nécessaires , chacun selon sa nature et dans son temps , au grand mouvement occidental qui suivit la rupture spontanée du joug théocratique.
Aucune théocratie n'échappe finalement à l'ascendant social des guerriers sur les prêtres. Celle même de la Judée , malgré sa concentration exceptionnelle , subit aussi cette révolution, quand les i ois succédèrent aux juges , six siècles après sa fondation. Mais il importe de distinguer entre les cas ofi ce changement
ZUl\ CATÉCHISME POSITIVISTE.
ne s'accomplit ({ue lorsque les mœurs théocratiques ont acquis une pleine consistance, et ceux où son rapide avènement précède une telle constitution , dès lors essentiellement avortée. Notre évolution occidentale dépendit surtout de cette dernière impulsion, qui toutefois n'eût jamais suffi sans les germes heureusement empruntés aux pures théocraties.
Les temps chantés par Homère marquent nettement le début d'une telle série. Car il s'était alors écoulé deux générations au plus depuis que les guerriers commencèrent à dominer les prêtres chez nos ancêtres helléniques. La théocratie primitive s'y manifeste encore par des oracles nombreux et respectés, quoique dispersés, qui persistèrent en Grèce plus qu'ailleurs.
La Femme. A partir de cette ère occidentale, vous m'avez annoncé, mon père, que l'évolution humaine constitue réellement une Immense transition, sans comporter aucun véritable régime. On sent assez l'exactitude d'une telle appréciation, quand on oppose la courte durée des divers états sociaux qui dès lors se succèdent, soit à la persistance antérieure de la théocratie précédée du fétichisme , soit à l'incomparable avenir de l'ordre positif. Mais je voudrais concevoir maintenant la marche générale de cette transition nécessaire.
Le Prêtre. Une telle préparation, exactement re-
présentée par notre tableau concret, se rappor e, ma fille, comme l'ensemble de la nature humaine, d'abord à l'intelligence, puis à l'activité , pour aboutir enfin au sentiment. La théocratie initiale cultivait simultanément ces trois faces de notre existence, ainsi soumise à des règles complètes , quoique trop peu favorables à nos progrès continus. Mais celte discipline était si bien la seule qui convînt au théologisme qu'on ne put jamais lui rien substituer de durable tant que prévalut la synthèse fictive. On n'accéléra la marche qu'en brisant une telle harmonie, pour développer successivement chaque partie de l'existence humaine aux dépens des deux autres. Ce caractère profondément incomplet distingue nettement d'abord l'élaboration grecque, puis la préparation romaine, enfin l'initiation catholico-féodale. L'ordre de ces trois évolutions partielles résulte aussitôt de leur commune destination. Car alors il fallait surtout développer les forces humaines, sans aspirer encore à les discipliner, autrement que d'après leur antagonisme spontané. Tout effort prématuré pour régler l'ensemble de notre existence tendait à rétablir une théocratie toujours imminente, et devenait contraire à l'essor spécial qu'on voulait seconder. Voilà pourquoi le sentiment, principale source de la discipline humaine, dut être longtemps dédaigné, de manière à ne prévaloir que quand le dévelop-