PREFACE. IX
primée que bien pensée, n'offre pourtant rien d'éminent sous l'aspect intellectuel. Il n'est vraiment recommandable que d'après une rare combinaison des trois qualités pratiques, l'énergie, la prudence, et la persévérance. 31ais le point de vue organique tend aujourd'lnii tellement à grandir les conceptions, qu'il suffit , dans une situation favorable , pour inspirer cl un esprit superficiel un principe vraiment profond, que le positivisme adopte et développe systématiquement.
Quoi qu'il en soit , la nature rétrogj;ade des doctrines épuisées que nos conservateurs emploient provisoirement doit les rendre essentiellement impropres à diriger la politique réelle au milieu d'une anarchie primitivement due à l'impuissance finale des anciennes croyances. La raison occidentale ne peut plus se laisser conduire par des opinions évidemment indémontrables , et même radicalement chimériques , comme toutes celles qu'inspire une théologie quelconque , restât -elle réduite à son dogme fondamental. Tous reconnaissent aujourd'hui que notre activité pratique doit cesser de se consumer en hostilités mutuelles, pour développer paisiblement notre commune exploitation de la planète humaine. Mais nous pouvons encore moins persister dans cet état d'enfance intellectuelle et morale où notre conduite ne repose que sur des motifs absurdes
X (.ATÉCHlSMi; POSITlMSTt:.
et dégradants. Sans répéter jamais le dix-liuilièuie siècle , le dix-neuvième doit toujours le continuer, en réalisant enfin le noble vœu d'une religion démontrée dirigeant une activité pacifique.
Depuis que la situation écarte toute tendance purement négative , il n'y a de vraiment discréditées , parmi les écoles philosophiques du dernier siècle , que les sectes inconséquentes, dont la prépondérance dut être éphémère. Les démolisseurs incomplets , comme Voltaire et Rousseau , qui croyaient pouvoir renverser l'autel eu conservant le trône ou réciproquement, sont irrévocablement déchus, après avoir dominé, suivant leur destinée normale, les deux générations qui préparèrent et accomplirent l'explosion révolutionnaire. Mais, depuis que la reconstruction est à l'ordre du jour, l'attention publique retourne de plus en plus vers la grande et immortelle école de Diderot et Hume, qui caractérisera réellement le dix-huitième siècle, en le liant au précédent par Fontenelle et au suivant par Condorcet. Également émancipés en religion et en politique, ces puissants penseurs tendaient nécessairement vers une réorganisation totale et directe , quelque confuse qu'en dût être alors la notion. Tous se rallieraient aujourd'hui à la seule doctrine qui , fondant l'avenir sur le passé , pose enfin les bases inébranlables de la régénération occidentale. C'est d'une telle école
PRÉFACE. Xr
que je m'honorerai toujours de descendre immédiatement, par mon précurseur essentiel, l'éminent Condorcet. Au contraire, je n'attendis jamais que lies entraves, spontanées ou concertées, cliez les débris arriérés des sectes superficielles et immorales émanées de Voltaire et de Rousseau.
Mais, à cette grande souche liislorique , j'ai constamment rattaché ce qu'offrirent de vraiment émiuent nos derniers adversaires, soit théologiques, soii métaphysiques. Tandis que Hume constitue mou principal précurseur philosophique, Kant s'y trouve accessoirement lié ; sa conception fondamentale ne fut vraiment systématisée et développée que par le positivisme. De même, sous l'aspect pqUtiquç, Condorcet dut être, pour moi, complété par De Maistre,' dont je m'appropriai, dès mon déhut, tous les principes essentiels, qui ne sont plus appréciés maintenant que dans l'école positive. Tels sont, avec Bichat et Gall comme précurseurs scientifiques, les six prédécesseurs immédiats qui me rattacheront toujours aux trois pères systématiques de la vraie philosophie moderne. Bacon, Descartes, et Leibnitz. D'après cette noble filiation , le moyen âge, intellectuellement résumé par Saint-Thomas d'Aquin, Roger Bacon, et Dante , me subordonne directement au prince éternel des véritables penseurs, l'incomparable Aristote.
Xir CATÉCHISME POSITIVISTE.
Eli remontant jusqu'à cette source normale , on sent profondément que , depuis la suffisante extension de la domination romaine, les populations d'élite cherchent vainement la religion universelle. L'expérience a pleinement démontré que ce vœu final ne peut être satisfait par aucune croyance surnaturelle. Deux monothéismes incompatibles aspirèrent également à cette universalité nécessaire, sans laquelle l'humanité ne pourrait suivre sa destinée naturelle. Mais leurs efforts opposés n'aboutirent qu'à se neutraliser mutuellement , de manière à réserver un tel attribut aux doctrines démontrables et discutables. Depuis plus de cinq siècles, l'islamisme renonce à dominer l'Occident, et le catholicisme abandonne à son éternel antagoniste jusqu'à la tombe de son prétendu fondateur. Ces vaines aspirations spirituelles n'ont pu même embrasser tout le territoire de r ancienne domination temporelle, réparti presque également entre les deux monothéismes inconciliables,
L'Orient et l'Occident doivent donc chercher, hors de toute théologie ou métaphysique, les bases systématiques de leur communion intellectuelle et morale. Cette fusion tant attendue, qui doit ensuite s'étendre graduellement à l'ensemble de notre espèce , ne peut évidemment émaner que du positivisme, c'est-à-dire d'une doctrine toujours caracté-