‹ Catéchisme positiviste ou, Sommaire exposition de la religion universelle, en onze entretiens systématiques entre une femme et un Prêtre de l'humanitéChapitre 56 sur 110 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Mais l'union habituelle des grandes cités deviendra plus féelle et plus efficace en prenant le caractère normal d'un concours volontaire. La foi positive fera convenablement sentir la solidarité, et môme la continuité, qui doivent finalement régner entre toutes les régions quelconques de la planète humaine.

La Femme. D'après l'ensemble de vos indications sur la théorie de la société , je me sens , mon père , assez préparée maintenant pour m'asseoir enfin au sommet de l'édifice encyclopédique dont vous m'avez fait successivement apprécier chaque étage. Quoique la science morale doive être la plus difficile de toutes, sa culture empirique est trop familière à mon sexe pour qu'il puisse s'en efTrayer autant que des autres. Je suis donc satisfaite d'arriver convenablement à l'étude systématique de l'homme individuel.

Le Prêtre. En effet, ma fille, ce terme nécessaire de toute la préparation encyclopédique peut seul remplir l'esprit comme le cœur. La science morale est plus synthétique qu'aucune autre, et sa connexité directe avec la pratique y consolide cet attribut naturel. C'est uniquement là que tous les aspects abstraits se réunissent spontanément pour construire le guide générai de la raison concrète. Depuis Thalès jusqu'à Pascal , chaque vrai penseur cultivait à la fois la géométrie et la morale, par un secret près-

sentiment de la grande hiérarchie qui devait enfin, les combiner. Le nom de petit monde que les anciens donnaient à l'homme indiquait déjà combien son élude paraissait propre à condenser toutes les autres. Elle constitue naturellement la seule science qui puisse être vraiment complète, sans écarter aucun point de vue essentiel, comme le fait nécessairement chacune de celles qui lui servent de base. Car, en considérant celles-ci comme déterminant les lois correspondantes de l'homme, elles n'y parviennent qu'en négligeant à dessein toutes les propriétés supérieures à leurs domaines respectifs, où elles incorporent seulement les attributs inférieurs. Par ces abstractions décroissantes, l'esprit théorique se trouve assez préparé pour aborder enfin Tunique étude qui ne l'oblige plus à rien abstraire d'essentiel dans l'objet commun de nos diverses spéculations réelles. C'est seulement ainsi que la méditation masculine s'unit irrévocablement à la contemplation féminine , pour constituer l'état final de la raison humaine.

La cosmologie établit d'abord les lois de la simple matérialité. Puis, la biologie construit sur cette base la théorie de la vitalité. Enfin, la sociologie subordonne à ce double fondement l'étude propre de l'existence collective. Mais, quoique cette dernière science préliminaire soit nécessairement plus complète quel es précédentes, elle n'embrasse point en-

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-core tout ce qui constitue la nature humaine. Car, nos principaux attributs ne s'y trouvent point assez appréciés. Elle considère essentiellement dans l'homme l'intelligence et l'activité, combinées avec toutes nos propriétés inférieures, mais sans être directement subordonnées aux sentiments qui les dominent. Ce développement collectif fait surtout ressortir notre essor théorique et pratique. Nos sentiments ne figurent, en sociologie, même statique, que pour les impulsions qu'ils exercent sur la vie commune ou les modifications qu'ils en reçoivent Leurs lois propres ne peuvent être convenablement étudiées que parla morale , où elles acquièrent la prépondérance due à leur dignité supérieure dans l'ensemble de la nature humaine. C'est ce qui dispose souvent les esprits peu systématiques à méconnaître la plénitude synthétique qui caractérise cette science finale, qu'ils restreignent trop à ce pi incipal domaine, autour duquel doivent enfin se concentrer tous les autres.

La Femme. L'enchaînement théorique entre la sociologie et la morale m'offre encore quelques nuages, que je vous prie, mon père, de dissiper avant que vous exposiez directement la conception positive de la nature humaine. Je n'ai point oublié les motifs incontestables qui , dans notre entretien fondamental , me firent sentir la subordination objective de la mo-

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raie à, la sociologie ; puisque l'homme est toujours dominé par l'Humanité. Mais, d'une autre part* il me semble que la science sociale a continuellement besoin des principales notions que doit procurer la science morale sur noire véritable nature.

Le Prêtre. Cet embarras très- légitime se dissipera, ma fille , en ayant égard aux connaissances spontanées qui partout précèdent et préparent les études systématiques. La science constitue toujours un simple prolongement de la commune sagesse. Jamais elle ne crée réellement aucune doctrine essentielle. Les théories se bornent à généraliser et à coordonner les aperçus empiriques de la raison universelle, afin de leur procurer une consistance et un développement qu'ils ne pourraient autrement acquérir. Une telle connexité convient davantage aux études morales, qui, quoique ne pouvant être systématisées qu'en dernier lieu d'après leur complication supérieure , fournirent toujours, en vertu de leur importance prépondérante , le principal aliment des méditations communes, surtout féminines. De cette culture empirique surgirent bientôt des notions précieuses , malgré leur incohérence, qui ne furent jusqu'ici dédaignées par le génie systématique que faute de pouvoir les représenter assez dans ses théories théologiques ou métaphysiques. C'est à l'esprit positif, seul susceptible d'embrasser le point de vue social , qu'il était réservé de

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