‹ Catéchisme positiviste ou, Sommaire exposition de la religion universelle, en onze entretiens systématiques entre une femme et un Prêtre de l'humanitéChapitre 73 sur 110 · TROISIÈME PARTIE. 2Ui · texte numérisé non relu

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par le cœur et complétée par l'esprit, quoique tous deux y participent toujours.

La première phase, qui s'étend jusqu'à la puberté, doit être divisée en deux autres d'égale durée, que sépare la dentition normale. Jusqu'à ce ternie, la mère dirige seule une éducation entièrement spontanée , à la fois physique, intellectuelle, et morale. Quoique le développement corporel y doive prévaloir, le cœur y prend bientôt une part décisive, qui se fera sentir pendant toute l'existence. L'essor des affections domestiques y conduit déjà l'enfant à la première ébauche du culte positif, par l'adoration de sa mère, qui lui représente nécessairement l'Humanité, dont la prépondérance distincte lui devient pourtant appréciable d'après l'institution du langage. En même temps, l'esprit recueille empiriquement des notions de tous genres, qui fourniront eusuite les matériaux de la vraie systématisation. Si Ton utilise assez ces exercices naturels des sens et des muscles, sans altérer jamais leur spontanéité, la vie spéculative et la vie active se trouveront heureusement ébauchées, en se subordonnant toujours à la vie affective. Mais la mère peut seule combiner dignement ces trois aspects. Elle invitera l'enfant, surtout patricien, à l'accomplissement habituel de quelques opérations matérielles, afin qu'il apprécie mieux la difficulté de conduire le moindre travail

jusqu il sa destination usuelle , et qu'il sympathise davantage avec les classes correspondantes» Ces exercices rendront l'esprit plus précis et plus net, comme le cœur plus tendre et plus humble.

Depuis la dentition jusqu'à la puberté, l'éducation domestique commence à se systématiser , par l'introduction graduelle d'une suite d'études régulières. Néanmoins, elle reste toujours dirigée par la inère, qui peut aisément guider des travaux putenient esthétiques, quand elle-même a convenablement reçu l'éducation universelle. Jusqu'alors, on a dû soigneusement interdire toute élude proprement dite, même de lecture et d'écriture, sauf les acquisitions vraiment spontanées. Mais ici naît l'habitude du travail intellectuel, par l'essor réglé des facultés d'expression, dont la culture convient éminemment à cette seconde enfance. Une telle étude, essentiellement exempte de préceptes quelconques^ consiste seulement eu exercices esthétiques, où les lectures poétiques sont sagement combinées avec le chant et le dessin. Tandis que l'essor moral s'y continue spontanément, le culte s'y développe bientôt, à mesure que l'enfant acquiert de nouveaux moyens pour mieux exprimer ses affections. 11 doit, en effet, résumer l'ensemble de ses exercices par un chant et un portrait consacrés à sa mère. Ën même temps, îl acquiert un sentiment plus complet de l'Humanité,

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en se familiarisant avec; les principaux chefe-d'œiure de tous les arts ; pourvu qu'aucun mélange de productions médiocres, n'altère à la fois son goût et sa

moralité.

La Femme. Ces deux Ages de L'éducation domestique ne me font éprouver, mon père, de difficultés sérieuses qu'envers la religion. Quoiqu'on puisse? alors y disposer beaucoup l'enfant par le cœur, ou ne saurait tenter de lui rien enseigner dogmatiquement, faute des bases scientifiques, réservées à sa dernière pïéparation. On ne peut cependant éviter qu'il s'en occupe et s'en informe.

Le Prêtre. Rappelez-vous, ma fille y que chaque évolution individuelle doit spontanément reproduire* toutes les phases essentielles de l'initiation collective. Vous concevrez ainsi qu'il faut, à cet égard, laisser r enfant suivre librement les lois générales de notre essor intellectuel.. Il sera naturellement fétichiste jusqu'^ la dentition, et puis, polythéiste jusqu'à la puberté. Ces deux états philosophiques le dispose* ront, comme l'espèce, à mieux développer d'abord l'esprit d'observation, ensuite lesfacultés esthétiques.

Quant aux questions qu'il pourra soumettre & ses parents, s^il s'aperçoit qu'ils pensent autrement que lui, le caractère profondément relatif du positivisme leur permettra toujours d'y répondre sans hypocrisie. Il leur suffira de lui déclarer loyalement que

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ses opinions actuelles sont celles qui conviennent à son âge, mais en l'avertissant qu'il en changera bientôt, suivant la loi qu'eux-mêmes subirent jadis. Kn lui faisant remarquer qu'il a déjà passé spontanément du fétichisme au polythéisme, il croira sans peine à de nouvelles transformations, qu'on ne doit pas d'ailleurs hâter artificiellement. Son esprit se trouve ainsi détourné de l'absolu , tandis que son cœur sympathise mieux avec les populations qui représentent ces états préliminaires.

La Femme. Un tel éclaircissement me permet > mon père, de passer à l'appréciation de l'éducation systématique. Quoiqu'elle doive être toujours dirigée par le sacerdoce, l'ascendant continu que le positivisme accorde au cœur sur l'esprit m'annonce déjà qu'elle ne soustraira jamais l'adolescent à ses relations de famille. Leur réaction journalière lui devient même plus nécessaire lorsque ses préoccupations théoriques vont tendre à le dessécher et l'enorgueillir. Je connais la profonde aversion que vous inspirent nos cloîtres scolastiques, où la corruption se développe encore davantage que la stupidité.

Le Prêfrc. C'est, en effet, ma fille, sous la constante surintendance de sa mère que l'adolescent, après avoir reçu le sacrement de l'initiation, va ? chaque semaine, dans l'école annexée au temple

de l'Humanité, entendre , du sacerdoce, uue ou deux leçons de dogme. Le fruit principal de cet enseignement extérieur dépend d'ailleurs du travail intérieur correspondant. Car la véritable influence didactique dispose à mieux méditer, au lieu d'en dispenser.

Le plan général de cette étude systématique du dogme positif est naturellement indiqué par la hiérarchie encyclopédique qui caractérise l'ordre universel. A ses sept degrés fondamentaux , correspondent autant d'années du noviciat théorique, en réservant le quart de chacune d'elles pour l'examen et le repos. Le nombre des leçons annuelles se trouve ainsi réduit à quarante, avec une seule par semaine, ce qui suffit à l'étude philosophique de chaque science. Seulement l'étendue et la difficulté spéciales de l'initiation mathématique, dont l'importance théorique prévaudra toujours, exigent deux séances hebdomadaires pendant les deux premières années, où l'apprentissage pratique occupe moins. C'est ainsi que, depuis la géométrie jusqu'à la morale, chaque adolescent doit systématiquement accomplir, en sept ans, l'ascension objective qui demanda tant de siècles à l'essor spontané de l'humanité.

Pendant cette élaboration théorique, un monothéisme graduellement simplifié lui procure, comme

à l'espèce, une transition générale vers le positivisme final. L'uniformité normale du sacerdoce occidental rendra de telles études pleinement concittables avec les précieux voyages de nos prolétaires Tandis qu'elles s'accompliront , le prolongement naturel de la culture esthétique secondera l'influence maternelle pour prévenir ou réparer leur dégénéra tion morale. Bornées d'abord à nos langues vivantes , les lectures poétiques des occidentaux embrasseront alors les sources gréco -romaines de notre essor intellectuel et social , mais toujours sans aucun maître spécial.

Après avoir développé son culte intime , et déjà senti le culte domestique, le fulur citoyen commence directement l'adoration systématique du vrai Grand- Être, dont il peut alors apprécier dignement les principaux bienfaits. L'ensemble de ces préparations conduit le jeune positiviste à mériter le sacrement de l'admission , quand son esprit peut enfin servir la Famille, la Patrie, et l'Humanité, sans que son cœur cesse de les aimer.

La Femme. Pendant cette dernière initiation, la surintendance maternelle me semble , mon père , devoir être gravement préoccupée des déviations passionnées auxquelles l'adolescent se trouve alors ex> posé. Les discours des médecins m'ont souvent effrayée à cet égard , en me faisant craindre qae les

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