TROISIÈME PARTIE* 27Î
discipline corporelle avait tellement annulé les solitaires delà Thébaïde que leurs abbés furent enfin obligés de les autoriser à prier assis , ou même couchés , faute de pouvoir rester assez longtemps à genoux.
Le Prêtre, Outre que nous ennoblissons la juste satisfaction des instincts personnels en la subordonnant toujours à sa destination sociale , remarquez , ma fille, que cette subordination nécessaire y devie»* la seule base possible de prescriptions vraiment inébranlables. Sans cet unique principe, Les moindres règles envers l'existence personnelle restent nécessairement flottantes, à moins de les rattacher arbitrairement aux ordonnances surnaturelles, qui ne comportent qu'une validité temporaire et partielle, désormais épuisée.
Quand notre sobriété ne repose que sur la prudence personnelle , elle demeure souvent exposée aux sophismcs de la gourmandise , qui deviennent même irréfutables envers beaucoup d'individus , capables de supporter longtemps tes orgies avec une véritable impunité corporelle. Mais l'appréciation sociale dissipe aussitôt toute incertitude, en prescrivant à chacun une alimentation presque toujours moindre que celle qui serait pour lui sans danger matériel. Car, au delà de la mo. me très -modérée qu'exige notre service envers la Famille , la Patrie , et l'Humanité, nous consommons ainsi des provisions
que l'équité morale destinait à d'autres. En même temps, la réaction cérébrale d'un tel régime corporel tend nécessairement à dégrader notre faible intelligence, scientifique, esthétique, ou technique. Les images deviennent habituellement plus confuses, l'induction et la déduction plus difficiles et moins rapides : tout se trouve atténué , jusqu'aux talents d'expression.
Mais la réaction morale de la moindre intempérance journalière en constitue le principal danger, comme moins évitable et plus corruptrice. Car, en étendant ainsi l'acte le plus personnel au delà de ce qu'exige notre vraie conservation , nous cultivons , autant que possible, légoïsme aux dépens de l'altruisme ; puisque nous surmontons même noire sympathie involontaire envers ceux qui manquent alors d'aliments. D'ailleurs, l'intime rapprochement cérébral entre les divers instincts égoïstes propage bientôt à tous les autres la forte excitation, même passagère, de l'un quelconque d'entre eux. L'admirable peintre de la nature humaine auquel nous devons l'incomparable poëme de Y Imitation, sentit profondément cette connexité normale, quand il nous dit : Frena gulam, et omnem carnis inclinationem faciliùs frenabis. Si vous relisez journellement ce trésor inépuisable de la vraie sagesse, en y remplaçant Dieu par l'Humanité, vous sentirez bien-