TROISIÈME PARTIE
patible d'ailleurs avec la plus profonde tendresse. Si cette condition lui semble rigoureuse, il doit l'accepter d'abord en vue de l'ordre général, puis comme une juste conséquence de son erreur primitive. * La Femme. Je connais déjà, mon père, la sainte loi du veuvage éternel, par laquelle le positivisme complète enfin la grande institution du mariage. Mon sexe ne fera jamais d'objection à cet égard, et vous m'avez appris à réfuter les divers sophismes même scientifiques, qui pourraient encore . émaner du vôtre. Sans un tel complément, la monogamie devient illusoire, puisque les nouvelles noces produisent toujours une polygamie subjective, à moins que la précédente épouse ne soit oubliée, ce qui doit peu rassurer l'autre. La seule pensée d'une telle mutation sufïitpour altérer beaucoup l'union actuelle, d'après une éventualité toujours possible. Ce n'est que par l'assurance d'une inaltérable perpétuité que les liens intimes peuvent acquérir la consistance et la plénitude indispensables à leur efficacité morale. La plus .méprisable des sectes éphémères que suscita l'anarchie moderne me paraît être celle qui voulut ériger l'inconstance en condition de bonheur, comme l'instabilité des occupations en moyen de perfectionnement. J'ai lu, dans la Politique positive, une remarque qui m'a beaucoup frappée à cet égard : « Entre » deux êtres aussi complexes et aussi divers que
» l'homme et la femme, ce n'est pas trop de toute la » vie pour se bien connaître et s'aimer dignement. » Loin de taxer d'illusion la haute idée que deux vrais épouxse forment souvent l'undel'autre, je l'ai presque toujours attribuée à l'appréciation plus profondé que procure seule une pleine intimité, qui d'ailleurs développe des qualités inconnues aux indifférents. On doit même regarder comme très-honorable pour notre espèce cette grande estime que ses membres s'inspirent mutuellement quand ils s'étudient beaucoup. Car la haine et l'indifférence mériteraient seules le reproche d'aveuglement qu'une appréciation superficielle applique à l'amour. Il faut doue juger pleinement conforme à la nature humaine l'institution qui prolonge au delà du tombeau l'identification de deux dignes époux. Aucune intimité n'est comparable à la leur; puisque, entre la mère et le fils, l'inégalité d'âge, et même une juste vénération, empêchent toujours une entière harmonie.
Le Prêtre. Outre cela, ma fille, le veuvage peut seul procurer à l'influence féminine sa principale efficacité. Car, pendant la vie objective, les relations sexuelles altèrent beaucoup la réaction sympathique de l'épouse, en y mêlant une grossière personnalité. Voilà pourqui la mère reste alors notre principal ange gardien. Les anges n'ont pas de sexe, puisqu'ils sont éternels»