TROISIÈME PARTIE
doit disparaître du domaine politique , comme la notion de cause du domaine philosophique. Car toutes deux se rapportent à des volontés indiscutables. Ainsi, les droits quelconques supposent nécessairement une source surnaturelle, qui peut seule les soustraire à la discussion humaine. Quand ils furent concentrés chez les chefs, ils comportèrent une véritable efficacité sociale, comme garanties normales d'une indispensable obéissance, tant que dura le régime p réliminaire , fondé sur le théologisme et la guerre. Mais depuis que la décadence du monothéisme les dispersa parmi les gouvernés, au nom, plus ou moins distinct, du même principe divin, ils sont devenus autant anarchiques d'un côté que rétrogrades de l'autre. Dès lors, ils n'aboutissent, des deux parts, qu'à prolonger la confusion révolutionnaire; en sorte qu'ils doivent entièrement disparaître, du commun accord des hommes honnêtes et sensés d'un parti quelconque
Le positivisme n'admet jamais que des devoirs, chez tous envers tous. Car son point de vue toujours social ne peut comporter aucune notion de droit , constamment fondée sur l'individualité. Nous naissons chargés d'obligations de toute espèce, envers nos prédécesseurs, nos successeurs, et nos contemporains. Elles ne font ensuite que se développer ou s'accumuler avant que nous puissions rendre aucun
service Sur quel fondement humain pourrait donc s'asseoir l'idée de droit, qui supposerait raisonnablement une efficacité préalable ? Quels que puissent être nos efforts, la plus longue vie bien employée ne nous permettra jamais de rendre qu'une portion imperceptible de ce que nous avons reçu. Ce ne serait pourtant qu'après une restitution complète que nous serions dignement autorisés à réclamer la réciprocité des nouveaux services. Tout droit humain est donc absurde autant qu'immoral. Puisqu'il n'existe plus de droits divins, cette notion doit s'effacer complètement, comme purement relative au régime préliminaire, et directement incompatible avec l'état final, qui n'admet que des devoirs, d'après des fonctions.
La Femme. Maintenant, mon père, je voudrais savoir si , outre la relation générale entre le régime public et le régime privé, celui-ci ne suscite pas des dispositions qui puissent nous préparer personnellement à l'autre.
Le Prêtre. Celles qui résultent de l'existence individuelle consistent surtout, ma fille, dans le culte intime qui lui correspond. Il n'est pas seulement propre à consolider et développer toutes les vertus privées. Sa principale application concerne la vie publique, oii notre triple ange-gardien doit à la fois nous détourner du mal et nous pousser au bien, d'après de courtes invocations spéciales envers les