‹ Catéchisme positiviste ou, Sommaire exposition de la religion universelle, en onze entretiens systématiques entre une femme et un Prêtre de l'humanitéChapitre 97 sur 110 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

suffirait pourtant de décomposer en appartements la yente ordinaire des maisons , comme on le voit en quelques villes, pour que chaque famille populaire, après un léger surcroît de loyer pendant quelques années, possédât irrévocablement son logement.

Le culte et le régime privés déterminent assez l'étendue normale d'un tel domicile, et caractérisent l'importance de sa fixité , sans laquelle on peut dire que la première révolution humaine , le passage de la vie nomade à l'état sédentaire, demeure inachevée. Elle doit même réagir sur la stabilité matérielle des relations industrielles, en supprimant spontanément on funeste vagabondage. Tout en consacrant la pleine liberté du concours humain , la religion positive impose à chacun le devoir de ne jamais changer sans de graves motifc ni ses inférieurs ni ses supérieurs. La capricieuse mutation des fournisseurs habituels devient elle-même blâmable, puisqu'elle tend à troubler l'économie générale de leurs opérations, qui suppose une suffisante fixité dans leur clie nielle.

Quant au salaire périodique , il doit être normalement composé de deux parties inégales, l'une indépendante du travail effectif et propre à l'office correspondant , l'autre subordonnée aux résultats journaliers. C'est le seul moyen de garantir les ouvriers contre les chômages qui ne leur sont pas im-

pulables, sans cesser pourtant de permettre aux chefs un juste essor des divers perfectionnements industriels, surtout mécaniques. L'extension des machines, qui relève la dignité morale du travailleur humain et augmente son efficacité matérielle, pourra dès lors s'accomplir librement , à l'abri de tout reproche social. Mais la proportion entre la partie fixe et la partie mobile du salaire des ouvriers doit varier parmi les différentes industries, suivant des lois que le patriciat peut seul déterminer.

La Femme. Malgré la salutaire influence de cet ordre normal, je sens, mon père, que l'instinct destructeur, sollicitant les autres penchants égoïstes , suscitera toujours des conflits quelconques chez les occidentaux régénérés. Je dois donc vous demander quelle sera l'intervention du sacerdoce dans ces inévitables débats.

Le Prêtre. Il s'efforcera d'abord , ma fille , de les prévenir autant que possible, d'après un sage emploi de sa discipline spirituelle. Elle diffère surtout de la règle temporelle en ce qu'elle excite les bons penchants plutôt que de combattre les mauvais. Sa marche est donc plus positive que négative , corrigeant davantage par comparaison que par compression , en récompensant les uns au lieu de punir les autres ; quoiqu'elle sache sévir au besoin , comme je vous l'expliquai déjà.

L'ensemble de ces moyens préviendra souvent , ou réparera bientôt , les conflits civiques résultés de l'activité pratique , sous le jeu naturel des passions égoïstes. Toute la religion positive tend à faire sentir que, la société reposant toujours sur un libre cou * cours, il n'existe de transactions durables et de modifications légitimes que celles qui résultent d'un assentiment volontaire des divers coopérateurs. La plus grande des révolutions sociales, l'abolition graduelle de l'esclavage occidental, s'accomplit, au moyen âge, sans une seule insurrection.

Toutefois, comme notre imperfection cérébrale ne permettra point au sacerdoce de faire toujours respecter assez les volontés humaines, il devra finalement s'attacher à modérer les conflits qu'il ne pourra pas empêcher. Sa règle général conforma à la nature de la civilisation moderne , consiste à flétrir radicalement, comme également anarchique et rétrograde, tout procédé militaire des supérieurs ou des inférieurs. Dans l'association industrielle, les luttes matérielles, quand on ne peut les éviter, doivent reposer sur la richesse, concentrée ou dispersée, et jamais sur la violence personnelle, qu'il faut réserver contre les malfaiteurs proprement dits. Car on ne doit réprimer par la force que les actions unanimement réprouvées, môme de leurs propres aueurs.

L'instinct destructeur peut toujours admettre une telle transformation , presque complète mainteiant envers les infractions chroniques, même collectives, et qu'il reste seulement à systématiser en l'étendant aux perturbations aiguës. Déjà les persécutions habituelles , qui jadis attentaient à la vie , respectent même la liberté , pour se borner à la fortune , de manière à devenir plus évitablcs et mieux réparables; comme, chez les criminels, les vols ont remplacé les meurtres. On peut donc espérer que la religion positive déterminera les hommes à vider leurs plus violents débats sans aucune guerre proprement dite, même civile. La restriction normale des républiques partielles doit beaucoup faciliter cette transformation finale, en augmentant à la fois puissance du patriciat et l'indépendance du prolétariat.

la Femme. Quelque précieuse que soit une telle conversion des luttes matérielles, elle me semble, mon père, plus avantageuse aux supérieurs qu'aux inférieurs. En renonçant à tout usage habituel de la force proprement dite, pour se borner à des confits pécuniaires , les travailleurs me paraissent faire un grand acte de générosité sociale , d'ailleurs pleinement motivé. Mais je crains qu'en laissant ainsi transporter les débats sur le domaine propre aux entrepreneurs , ils ne deviennent souvent victimes

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